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Cartographier pour donner une vision d'ensemble

Auteur de la fiche : Jean-Michel Cornu
Licence de la fiche : Creative Commons BY-SA
Description :

Vive les antagonismes !

1Que ce soit lors d'une discussion collective avec des points de vue diff√©rents, ou a fortiori lors d'un conflit, chacun d√©fend sa position et la r√©p√®te sans cesse pour √™tre s√Ľr qu'elle soit bien prise en compte ou m√™me qu'elle s'impose face aux autres. Ce biais emp√™che en g√©n√©ral chacun d'avoir une vue d'ensemble des points propos√©s : chacun cherche ce qui justifie sa position et √©ventuellement ce qui discr√©dite la position de l'autre. La discussion "tourne en rond".

A y regarder de plus pr√®s, il se joue deux choses dans ce type d'√©changes : les participants cherchent √† atteindre ensemble une v√©rit√© ou une solution, mais en rempla√ßant bien souvent la d√©marche rationnelle par une justification a posteriori.. des positions prises 2 ; et d'un autre cot√© se joue un jeu le plus souvent inconscient o√Ļ chacun cherche √† ne pas √™tre mis en d√©faut mais plut√īt √† obtenir l'estime des autres. Le plus souvent, il existe √©galement un pr√©suppos√© qu'une seule solution est vraie ou au moins est la meilleure. Cette situation emp√™che fr√©quemment les participants de chercher d'autres propositions que celles qui sont donn√©es au d√©but par eux. Les techniques de cr√©ativit√©s permettent de sortir de ce cercle vicieux en conservant l'ensemble de ce qui est dit et en proposant aux participants de trouver des solutions nouvelles.

Un antagonisme est "une situation dans laquelle deux phénomènes ou leurs conséquences s'opposent dans leurs effets 3". Dans la fable des aveugles et de l'éléphant 4 , chaque aveugle touche une partie différente de l'animal et en tire une conclusion différente qui semble s'opposer aux autres. Mais un opposé n'est pas un contraire qui lui, est totalement incompatible avec la proposition de départ. Ainsi, on oppose souvent réussir et échouer. Mais ces deux opposés ne sont pas si incompatibles qu'ils le semblent au premier abord. Ceux qui ont réalisé des projets savent bien que dans la vie on rencontre à la fois des réussites et des échecs... Sauf à ne rien faire du tout ce qui permet ni de réussir ni d'échouer.5

Il est donc important de ne pas exclure des propositions dès le départ dans une discussion, mais au contraire de chercher de nouvelles idées pour enrichir la "carte" des possibles avant de chercher à faire un choix. 6

Les limites du discours

Prenons une image pour repr√©senter le discours d'une personne. Il comprend un point de d√©part - souvent une question - un cheminement et un point d'arriv√©e qui en est la conclusion. En cela, il ressemble √† une promenade par exemple dans une for√™t, avec son point de d√©part, son cheminement et son point d'arriv√©e. Mais si nous cherchons √† nous promener √† plusieurs sans que tous acceptent de suivre une seule et m√™me personne, alors les choses commencent √† se g√Ęter. Le conflit pourrait √™tre repr√©sent√© par un m√™me point de d√©part et deux cheminements dans des sens oppos√©s. Comment repr√©senter ce conflit sous la forme d'un seul et m√™me discours ? Nous pouvons pr√©senter les cheminements l'un apr√®s l'autre, mais il n'est plus possible de pr√©senter un seul point de d√©part, un seul cheminement et un seul point d'arriv√©e comme lorsque nous raisonnons √† l'aide de la parole... De m√™me l'intelligence collective peut √™tre repr√©sent√©e comme plusieurs points de d√©part (plusieurs points de vue) pour un m√™me point d'arriv√©e (l'objet √† observer). Comme dans le cas des aveugles et de l'√©l√©phant, il n'est plus possible √©galement de repr√©senter cela sous la forme d'un discours unique. La cr√©ation pour sa part consiste √† relier deux id√©es entre elles pour en cr√©er une nouvelle. L√† aussi, un discours unique ne permet pas de partir des nombreux points de d√©part potentiels vers les nombreux points d'arriv√©e possibles. Le discours est donc limit√© dans sa capacit√© √† repr√©senter certains domaines 7. Parfois m√™me nous tournons en rond ! Jacques Monod 8 a montr√© que c'est notre langage symbolique et notre capacit√© √† former des discours qui constitue notre intelligence. Ainsi, nous les humains disposons d'une intelligence qui nous permet de faire des discours parfois rationnels. Elle nous a permis de d√©velopper des civilisations et m√™me d'envoyer des hommes sur la Lune. Mais cette forme d'intelligence ne nous permet ni de r√©soudre les conflits, ni de traiter l'intelligence collective, ni de faire de la cr√©ativit√© ! C'est sans doute pour cette raison que nous sommes les seuls animaux √† avoir √©t√© capable de ma√ģtriser l'atome mais que nous avons √©t√© assez b√™te pour nous envoyer des bombes atomiques sur nous m√™me...

Une carte pour ne pas tourner en rond

Heureusement, nous n'avons pas que le discours et le langage classique pour d√©velopper notre intelligence. Les sciences cognitives ont montr√© que nous avons plusieurs m√©moires de travail 9 qui nous permettent de conserver ces concepts √† l'esprit. Or penser consiste √† relier des id√©es entre elles. Nous faisons cela avec celles que nous avons "√† l'esprit", pr√©sentes dans nos m√©moires de travail. La "boucle phonologique" est une m√©moire de travail qui s'int√©resse aux id√©es qui s'encha√ģnent comme c'est le cas dans notre discours ou, pour reprendre notre analogie, comme les diff√©rents pas de notre cheminement durant notre promenade. Nous disposons √©galement d'un "calepin visuo-spatial", une autre m√©moire de travail qui elle s'int√©resse aux diff√©rents concepts non reli√©s entre eux. Si nous reprenons notre analogie de la promenade dans la for√™t, cette m√©moire nous permet de constituer un plan rassemblant diff√©rents √©l√©ments pour nous orienter. Dans ce cas, il est possible de conserver √† l'esprit plusieurs id√©es oppos√©es ou bien simplement diff√©rentes. De m√™me que de disposer d'une carte pour notre promenade collective permet de se situer et de situer les autres, il est possible de constituer une carte d'id√©es pour se situer dans un d√©bat. Cette forme de pens√©e particuli√®rement adapt√©e √† la r√©solution de conflit, √† l'intelligence collective ou √† la cr√©ativit√©, nous l'avons nomm√©e "pens√©e-2" en reprenant le terme de Edward de Bono 10. La carte permet de voir tous les chemins en m√™me temps et √©ventuellement d'en chercher de nouveaux non encore explor√©s. Nous pouvons la coconstruire en y mettant toutes les id√©es et les cheminement de chacun au cours d'un √©change. Des outils tels que les sch√©mas heuristiques (mind mapping en anglais) permettent justement de cartographier les d√©bats avec une grande efficacit√©.

Mais nos m√©moires de travail, contrairement √† nos m√©moires √† long terme sont tr√®s limit√©es. La boucle phonologique qui nous permet de conserver l'encha√ģnement des id√©es ne permet de conserver √† l'esprit que trois concepts 11. Cette limite nous appara√ģt lorsque nous cherchons √† "remonter" le fil d'une discussion que nous venons juste d'avoir. Nous retrouvons facilement les trois derni√®res id√©es mais avons du mal √† aller au-del√†. Avec cette limite, nous devrions √™tre incapable de construire un discours de plus de trois id√©es. C'est effectivement le cas dans le langage animal. Mais nous les humains, avons r√©ussit √† d√©passer cette barri√®re gr√Ęce √† une augmentation... culturelle. L'invention du langage symbolique nous a permis de stocker dans une de nos m√©moire √† long terme 12 plusieurs milliers de concepts sous la forme de mots symboliques. Nous puisons dans cette m√©moire √† long terme pour alimenter notre petite m√©moire √† court terme en encha√ģnant les mots les uns √† la suite des autres pour constituer des discours. Ainsi, gr√Ęce √† cette alimentation en continue de concepts pr√©-empaquet√©s dans des mots, nous pouvons constituer des discours sans limite. Nous sommes tellement fiers de cette avanc√©e majeure que nous n'arr√™tons plus de parler... M√™me notre inconscient parle nous dit Jacques Lacan !

Notre deuxième mémoire de travail, le calepin visuo-spatial qui nous permet de constituer des cartes d'idées que nous pourrons chercher à relier par la suite, est limitée également. Son "empan mnésique", la taille de ce que nous pouvons conserver en tête à un moment donné, est compris entre cinq et neuf 13. Nous pouvons nous rendre compte de cette limite si on nous présente une photo avec plusieurs personnes et qu'une fois seulement la photo retirée, on nous demande combien de personnes s'y trouvaient. Si le nombre est peu élevé, jusqu'à environ sept, nous pouvons recompter à partir de l'image mentale que nous avons conservée de la photo. Mais si le nombre de personnes est plus important, nous sommes incapable de les compter a posteriori. Une fois de plus, nous avons une limite commune avec la plupart des animaux. Mais sans outils cognitifs nous permettant de la dépasser, nous sommes incapable de nous souvenir de plus de cinq à neuf idées dans un échange et nous perdons toute la richesse du débat. L'humain du XXIe siècle est même désavantagé car il est tout le temps sollicité et doit conserver en mémoire plusieurs choses. Bien souvent, nous ne réagissons plus dans un débat que par rapport à une ou deux idées qui nous ont marquées en oubliant toutes les autres...

Augmenter notre capacité à cartographier les débats

Tout comme nous avons pu augmenter notre capacité à construire des discours en stockant dans notre mémoire à long terme des mots symboliques, il est possible d'augmenter notre capacité de construire des cartes mentales. "L'art de la mémoire" consiste à stocker dans sa mémoire à long terme des lieux symboliques - appelés Loci - puis à les associer aux idées qui apparaissent dans les échanges (il est plus facile de mémoriser à long terme un territoire que des idées). Nous pouvons ainsi conserver dans notre mémoire à long terme suffisamment de concepts pour dépasser les limitations de notre mémoire à court terme.

L'art de la mémoire14

Dans le cas de la pensée-2, nous avons vu que nous étions limités par la taille de notre mémoire de travail à court terme. Pour dépasser cela, nous pourrions utiliser une carte déjà conservée dans notre mémoire à long terme (par exemple, un plan de ville) pour y stocker les différents concepts qui seront reliés à un des lieu sur notre carte.

C'est exactement ainsi que fonctionne l'art de la m√©moire 15 dont Cic√©ron attribue l'origine aux Grecs 16. Lors d'un banquet, raconte-t-il, le po√®te Simonide de C√©os fut invit√© comme il √©tait de tradition pour faire l'√©loge du ma√ģtre des lieux. Mais il y inclut un passage √† la gloire de Castor et Pollux. Scopas, le ma√ģtre de c√©ans, dit alors √† Simonide qu'il ne lui paierait que la moiti√© de son d√Ľ et qu'il n'avait qu'√† demander le solde aux dieux jumeaux. Un peu plus tard au cours du repas, une personne appelle Simonide pour lui dire que deux jeunes gens l'attendent dehors. √Ä peine sorti de la maison, il voit le toit s'effondrer sur l'ensemble des convives. Les corps sont √©cras√©s √† tel point qu'ils sont m√©connaissables pour leurs proches venus les identifier. Le po√®te est alors capable de reconna√ģtre la totalit√© des victimes en se rappelant les places qu'ils occupaient lors du banquet fatal.

Progressivement, d'un simple syst√®me mn√©motechnique, l'art de la m√©moire s'est transform√© en un syst√®me qui ambitionnait de cat√©goriser l'ensemble de la pens√©e humaine sur un plan spatial. Bien au-del√† du simple proc√©d√© mn√©motechnique, ce syst√®me dessinait un art de cr√©er de la pens√©e 17. Mais l'utilisation m√™me de l'expression "art de la m√©moire" a sans doute pouss√© √† oublier ces techniques au moment o√Ļ l'imprimerie, puis l'ordinateur se substituaient √† nos capacit√©s de m√©moire. Pourtant ce type de m√©thode, utilis√© d√®s le Moyen √āge par les moines, permet de penser avec un tr√®s grand nombre de concepts simplement en les associant √† des parties d'un lieu connu, conserv√© quant √† lui dans notre m√©moire √† long terme.

On retrouve des traces de ces méthodes de pensée alliant concepts et lieux symboliques -pas toujours des lieux physiques mais des cartes apprises et conservées en mémoire- dans de nombreux domaines : l'utilisation des psaumes 18, les contes oraux 19, les griots africains, le Yi King, la calligraphie chinoise...

Quelle type de carte pour l'intelligence collective ?

Pour permettre le d√©veloppement de l'intelligence collective par exemple dans la production d'un document collectif ou la r√©solution des conflits, nous pouvons donc utiliser des cartes afin de montrer les diff√©rents cheminements des participants et en d√©couvrir de nouveaux. L'utilisation des sch√©ma heuristiques (mind mapping) est particuli√®rement puissant. Lors de r√©unions en pr√©sentiel il est possible de projeter la carte sur un mur √† la vue de tous afin de permettre √† chacun d'avoir une vue d'ensemble et ainsi de changer totalement la fa√ßon dont les participants proposent de nouvelles pistes plut√īt que de ne r√©p√©ter que celles dont ils se souviennent... G√©n√©ralement la leur.

Mais il existe des limitations √† cette approche : la carte heuristique devient vite complexe. Quelqu'un qui arrive en cours de route aura du mal √† s'y retrouver. Ceux qui suivent la construction de la carte depuis le d√©but, peuvent l'utiliser de fa√ßon plut√īt tr√®s efficace... jusqu'√† ce que le projecteur soit √©teint. Le nombre d'id√©es pos√©es sur la carte d√©passe le plus souvent les limites de notre m√©moire de travail et d√®s la fin de la s√©ance nous arr√™tons de penser et ne conservons plus que quelques conclusions refl√©tant mal la richesse de la discussion. Nous avons test√© avec succ√®s la superposition d'une carte d'id√©e sur un territoire suivant la m√©thode de l'art de la m√©moire. La biblioth√®que francophone du metaverse a cr√©√© une √ģle virtuelle 20 contenant les diff√©rents concepts de notre livre Prospectic 21 sur les sciences et technologies √©mergentes (Nanotechnologies, Biotechnologies, Sciences de la complexit√©, Informatique, Neurosciences, Cognition...). Par ailleurs, dans le cadre d'un d√©bat public sur la biologie de synth√®se organis√© par Vivagora sur 6 s√©ances r√©parties sur un an, nous avons cartographi√© en temps r√©el les id√©es et opinions sur une ville imaginaire 22.

Cette m√©thode utilisant des cartes heuristiques coupl√©es √† un territoire construit au fur et √† mesure s'est r√©v√©l√© particuli√®rement puissante lors de s√©ances en pr√©sentiel ou m√™me lors de r√©unions en ligne (rencontres synchrones). Pour les √©changes en ligne asynchrones, lorsque chacun r√©agit √† la discussion au moment qu'il choisit, il en va diff√©remment. En effet, dans ce cas, le niveau d'attention des participants est tr√®s variable depuis les plus proactifs jusqu'aux observateurs √©pisodiques23. Il devient difficile de co-construire progressivement une carte en gardant l'attention de chacun. Par ailleurs, il est √©galement difficile de trouver des lieux suffisamment connus de tous pour servir de base pour y placer une ou deux centaines de concepts. Nos maisons et notre environnement sont bien m√©moris√©s dans nos t√™tes et peuvent servir de support √† l'art de la m√©moire. Mais ils sont diff√©rents pour chacun et ne peuvent √™tre utilis√©s qu'individuellement. La carte du monde pourrait √©ventuellement servir de base car nous en avons d√©j√† m√©moris√© une partie, mais il est d√©licat de placer des id√©es souvent subjectives sur des pays ou des territoires habit√©s. O√Ļ placer par exemple la notion de d√©viance ? Le meilleur candidat semble encore la carte du corps humain o√Ļ une personne m√™me non instruite sait situer des dizaines de lieux diff√©rents. Vivian Labrie a exp√©riment√© cette approche avec des "sculptures humaines" constitu√©e de plusieurs participants lors de d√©bats sur la pauvret√© au Qu√©bec 24. Par ailleurs, lors d'un d√©bat en ligne, les participants qui adoptent une attitude r√©active, environ dix fois plus nombreux que les proactifs, re√ßoivent les contributions et les synth√®ses dans un outil qu'ils lisent r√©guli√®rement plut√īt orient√© texte (mail, Facebook, Twitter) 25 et ne vont bien souvent pas faire l'effort d'aller chercher sur une page particuli√®re la carte heuristique pr√©sent√©e sous forme graphique. Demander de cliquer sur un lien dans un texte envoy√©, r√©duira √† environ la moiti√© le nombre de personnes qui pourront r√©agir.

Pour les débats en ligne, il est donc plus intéressant d'avoir une carte constituée exclusivement de texte (même si dans le cas de Twitter, il est toujours nécessaire de cliquer sur un lien si on veut proposer plus de 144 caractères). Le texte, lorsqu'il est formaté, propose effectivement ce type de possibilité avec les listes à point structurée (qui constituent une arborescence comme les schémas heuristiques) et différents artifices qui permettent de naviguer sur le texte comme sur une carte, sans avoir besoin de lire le texte du début à la fin (gras, soulignés...). Si on conserve la "carte heuristique textuelle" courte, de la taille d'un écran moyen d'ordinateur, alors on peut permettre aux participants d'avoir une vision d'ensemble des échanges et d'utiliser la pensée 2 pour produire de l'intelligence collective.

  • 1 Ces id√©es ont √©t√© pr√©sent√©es √† l'origine dans Cornu Jean-Michel, ¬ę Modes de pens√©e et conflit d’int√©r√™t ¬Ľ [en ligne], in Nouvelles technologies, nouvelles pensées ?, Innovation, ISSN 1961-8328, 1 vol., Limoges, France, FYP √©ditions, 2008, disponible sur <http://www.cornu.eu.org/files//ProspecTIC_pensee2.pdf>.
  • Disponible dans l'article : ¬ę Nous avons non pas un mais deux modes de pens√©e ¬Ľ [en ligne], Le blog de Jean-Michel Cornu, disponible sur <http://www.cornu.eu.org/news/nous-avons-non-pas-un-mais-deux-modes-de-pensee>, (consult√© le 4 f√©vrier 2014).
  • 2 La d√©marche rationnelle consiste √† √©mettre une hypoth√®se et ensuite √† chercher √† la r√©futer. En effet, depuis Aristote, nous savons qu'il n'est pas possible de d√©montrer qu'une th√©orie g√©n√©rale - Aristote parle de "proposition universelle"- est vraie (une phrase du type tous les lapins ont une queue ne peut pas √™tre v√©rifi√©e totalement car on est jamais s√Ľr d'avoir pu observer tous les lapins...). La d√©marche rationnelle consiste donc √† chercher √† d√©monter que la th√©orie est fausse. Si on n'y arrive pas alors la th√©orie est consid√©r√©e suffisamment bonne pour √™tre consid√©r√©e comme vraie provisoirement... jusqu'√† ce qu'une r√©futation l'invalide (voir la th√©orie v√©rificationniste de la signification de Karl Popper). La d√©marche scientifique s'appuie sur la d√©marche rationnelle mais en tentant de tirer des pr√©visions v√©rifiables de la th√©orie, qui permettent de la r√©futer... ou non.
  • 3 ¬ę Antagonisme ¬Ľ [en ligne], Wikip√©dia, disponible sur <http://fr.wikipedia.org/wiki/Antagonisme>, (consult√© le 4 f√©vrier 2014).
  • 4 Voir "Comment produire un document √† plusieurs centaines de personnes" - la parabole des aveugles et de l'√©l√©phant
  • 5 Pour en savoir plus, voir le carr√© s√©miotique ("square of opposition" en anglais) : ¬ę Le carr√© S√©miotique ¬Ľ [en ligne], Le blog de Jean-Michel Cornu, disponible sur <http://www.cornu.eu.org/news/le-carre-semiotique>, (consult√© le 4 f√©vrier 2014).
  • 6 Voir "Le choix a posteriori"
  • 7 Cela est d√Ľ au fait que nous utilisons un langage oral ou √©crit mais qui se d√©roule de fa√ßon s√©quentielle. D'autres formes de langage pourraient permettre de montrer simultan√©ment deux ou plusieurs notions. C'est le cas par exemple de la danse. Les abeilles utilisent cette forme de langage (sans cependant avoir un langage symbolique √©labor√© comme le n√ītre). De m√™me la langue des signes pour les sourds et malentendants, permet certaines choses qui sont impossible avec le langage oral, par exemple dire avec la main gauche une chose et autre chose, m√™me oppos√©e avec la main droite !
  • 8 Monod Jacques, Le hasard et la nécessité: essai sur la philosophie naturelle de la biologie moderne, Points. S√©rie Essais, ISSN 1264-5524 43, 1 vol., Paris, France, √Čd. du Seuil, 1970.
  • 9 Baddeley Alan D., Hitch G.J., ¬ę Working memory ¬Ľ, in G. H. Bower (√©d.), The psychology of learning and motivation : Advances in research and theory Volume 8, vol. 8, New York, Academic Press, 1974, p. 47‑90.
  • 10 Bono Edward De, Conflits: comment les résoudre, trad. Terrier Anne, 1 vol., Paris, France, Eyrolles, 2007.
  • 11 Braddeley, A. D., Hitch, G. J. et Bower, G. ibid.
  • 12 Appel√©e "m√©moire s√©mantique"
  • 13 Miller George A., ¬ę The magical number seven, plus or minus two: some limits on our capacity for processing information. ¬Ľ, Psychological review 63 (1956/2), p. 81.
  • 14 Extrait de Jean-Michel Cornu, Nouvelles technologies, nouvelles pensées ?, ibid.
  • 15 Yates Frances Amelia, L’art de la mémoire, trad. Arasse Daniel, Biblioth√®que des histoires, ISSN 0768-0724, 1 vol., Paris, France, Gallimard, impr. 1987, 1987.
  • 16 Cic√©ron, De l’orateur, trad. Courbaud Edmond √Čditeur scientifique, Collection des universit√©s de France, ISSN 0184-7155, 1 vol., Paris, France, Les Belles Lettres, 1966.
  • 17 Carruthers Mary J., Machina memorialis: méditation, rhétorique et fabrication des images au Moyen Age, trad. Durand-bogaert Fabienne, Biblioth√®que des histoires, ISSN 0768-0724, 1 vol., Paris, France, Gallimard, 2002.
  • 18 Carruthers, Mary J. ibid.
  • 19 ¬ę Des cartes pour d√©crire des contes : rencontre avec Vivian Labrie ¬Ľ [en ligne], Le blog de Jean-Michel Cornu, disponible sur <http://www.cornu.eu.org/news/des-cartes-pour-decrire-des-contes>, (consult√© le 4 f√©vrier 2014).
  • 20 ¬ę Ile Prospectic ¬Ľ [en ligne],  ProspecTIC, disponible sur <http://prospectic.fing.org/texts/ile-prospectic>, (consult√© le 4 f√©vrier 2014).
  • 21 Cornu Jean-Michel, Nouvelles technologies, nouvelles pensées ?, Innovation (Limoges), ISSN 1961-8328, 1 vol., Limoges, France, FYP √©ditions, 2008.
  • 22 ¬ę Biosynth-ville : la ville de la biologie synth√©tique ¬Ľ [en ligne], Vivagora, disponible sur <http://web.archive.org/web/20130619184123/http://www.vivagora.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=436:biosynth-ville-la-ville-d-ela-biologie-synthetique&catid=21:nos-actions&Itemid=111>, (consult√© le 4 f√©vrier 2014).
  • 23 Voir "La taille des groupes et les r√īles des membres"
  • 24 ¬ę Collectif pour un Qu√©bec sans pauvret√© ¬Ľ [en ligne], disponible sur <http://www.pauvrete.qc.ca/>, (consult√© le 4 f√©vrier 2014).
  • 25 Voir "La taille des groupes et les r√īles des membres"

En résumé

Dans un √©change √† plusieurs, et plus encore dans un conflit, chacun √† tendance √† d√©fendre sa position et √† la r√©p√©ter sans cesse pour √™tre s√Ľr qu'elle soit bien prise en compte. Dans les faits, tr√®s souvent les diff√©rents points de vue ne s'excluent pas mais au contraire se compl√®tent pour donner ensemble une vision plus globale. Pour d√©passer cette difficult√©, il faut prendre en compte nos deux modes de pens√©e qui utilisent chacun une m√©moire de travail diff√©rente.

Le premier, basé sur le discoursconsiste à placer les idées les unes à la suite de l'autre, un peu comme nous plaçons un pas devant l'autre pour avancer depuis un point de départ jusqu'à un point d'arrivée en suivant un cheminement. Ce mode de pensée permet en particulier l'approche rationnelle mais il prend très difficilement en compte le conflit (un point de départ, deux directions), l'intelligence collective (plusieurs points de vue sur le même point d'arrivée) ou encore la créativité (trouver de nouveaux chemins entre plusieurs points de départ et plusieurs points d'arrivée) qui utilisent tous les trois un autre mode complémentaire.

Le deuxi√®me mode de pens√©e est bas√©e sur la cartographie. Il consiste √† disposer toutes les id√©es en fonction de leur proximit√© sur une m√™me carte mentale, sans chercher √† les s√©lectionner a priori pour obtenir une vision la plus compl√®te des id√©es et des chemins possibles. Les sch√©mas heuristiques (mind mapping en anglais) co-construits et projet√©s √† la vue de tous lors de s√©ances sont tr√®s performants pour donner une vision globale aux membres du groupe et ainsi permettre de chercher de nouvelles id√©es et de nouveaux points de vue plut√īt que chacun ne se focalise que sur une ou quelques id√©es d√©j√† propos√©es.
Pour aller plus loin, deux approches sont possibles :
  • L'art de la m√©moire : Lors de rencontres synchrones (en ligne ou en pr√©sentiel), il est possible de coupler la carte d'id√©e avec une autre carte souvent territoriale que chacun peut conserver plus facilement dans sa m√©moire √† long terme. Il peut s'agir d'un lieu connu de tous (leur cath√©drale pour les moines du Moyen √āge) ou √† d√©faut d'un lieu co-construit (il est plus facile de m√©moriser √† long terme un territoire que des id√©es) ;
  • Les cartes textuelles : dans les √©changes asynchrones en ligne, les personnes qui adoptent une attitude r√©active (dix fois plus nombreux que les proactifs) et les "observateurs" (encore plus nombreux) utilisent des outils qui g√®rent mal le mode graphique (mail, Facebook, Twitter). Proposer une carte dessin√©e n√©cessite alors de fournir un lien vers une page web qui contient la carte. Mais dans ce cas, une moiti√© seulement environ des participants vont voir la carte. Il est cependant possible d'utiliser les possibilit√©s de pr√©sentation des textes pour permettre une carte textuelle qui ne n√©cessite pas d'√™tre lue en entier comme un texte mais peut √™tre parcourue comme une carte : listes √† points et √† sous-points, formulation courte des id√©es tenant sur maximum une ligne, gras, soulign√©s, italique pour mettre en valeur certains mots cl√©s.


Mot clé : #cartographier


Cr√©dits photographiques : By วาดโดยบุญศิริ เทพภูธร สพอ. นครหลวง จ.พระนครศรีอยุธยา [Public domain], via Wikimedia Commons