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Comment la vidéoconférence a sauvé mon réseau ?

Auteur de la fiche : Gatien Bataille
Licence de la fiche : Creative Commons BY-SA
T√©moignage : Membre d'un r√©seau de structure d'√©ducation √† l'environnement, j'ai vu au cours des ann√©es, la fr√©quence et la participation √† nos r√©unions de coordination diminuer sans cesse.

Ce sont principalement les temps de trajets qui plombaient nos réunions. Le plus souvent, le temps passé sur la route dépassait le temps de réunion...
Ceci a fini par décourager les plus motivés d'entre-nous...
Les réunions étaient de moins en moins fréquentées. Les décisions prises en séance étaient de moins en moins représentatives ...
La fréquence des réunions s'est mise à diminuer quasiment jusqu'à l'extinction.

J'ai proposé aux autres membres de relancer nos réunions mais en incluant deux réunions "virtuelles" entre chaque réunion "en présence" (trimestrielle).
Pour ce faire, j'ai formé soit en direct soit par petit tutoriel vidéo mes collègues à l'utilisation des vidéobulles de Google.

Depuis plus d'un an et demi, nous utilisons ce moyen de communication pour réaliser nos réunions. Le résultat fut sans appel !
Le taux de participation est redevenu proche des 100 % et la fréquence de nos réunions est redevenue mensuelle.
La dynamique de réseau est de nouveau en marche.
Nos réunions durent 2h et les dates sont fixées de commun accord pour l'année.
Le changement majeur réside dans la durée de la réunion elle-même. Alors qu'auparavant pour cette même réunion de 2h, il aurait fallu à chacun d'entre nous au moins 3 à 4h de trajet, maintenant la durée de réunion est de 2h montre en main et chacun reprend ses activités dans les 5 minutes qui suivent.

Quelques remarques tirées de cet exemple :
  • Il est important de rassurer les participants en expliquant en pr√©sence le fonctionnement de l'outil.
  • Les tutoriels vid√©o sont d'une grande aide. Le fait que je les ai r√©alis√©s moi-m√™me aide beaucoup. En effet, contrairement aux tutoriels "officiels" reprenant une situation "classique", mes tutoriels, comment√©s avec ma voix, montre la situation pr√©cise qui sera v√©cue par les participants. C'est une vraie marche √† suivre, pas √† pas.
  • Il est important de ne pas sous-estimer les petits soucis techniques de d√©part. Il a bien fallu 4 √† 5 r√©unions pour que chacun trouve ses marques. J'ai √©t√© fort pr√©sent et soutenant au d√©but.
  • Il est important que l'animateur ma√ģtrise bien l'outil afin de d√©jouer tous les petits tracas qui surviennent (le plus souvent li√©s aux configurations diff√©rentes des PC des participants).
  • Il n'est pas inutile de pr√©voir 15 minutes en d√©but de r√©union pour bien caler le son et l'image de chacun (en g√©n√©ral 3 minutes suffisent).
  • Il arrive que la connexion trop faible d'un participant cr√©√© de dr√īles de bruits en r√©union (sorte de chasse d'eau).
  • Il est arriv√© quelques fois que des "participants cach√©s" s'invitent dans nos r√©unions. Bien que pas "dramatique" (puisque c'√©tait des coll√®gues des participants √† la r√©union), ces invit√©s "non d√©clar√©s" (√©vitant bien de se montrer sur la vid√©o ou de parler) ont cr√©√© une "g√™ne" dans le bon fonctionnement de la r√©union. Nous avons demand√© √† ces "invisibles" de se d√©clarer ou de quitter la r√©union.
  • Le langage non verbal n'est pas simple √† saisir dans ce genre de r√©union m√™me si la vid√©o de chaque participant est visible. Ceci demande un surcro√ģt de vigilance de la part de l'animateur de r√©union. J'ai pour ma part, rapidement instaur√© l'utilisation de signe de la main pour permettre √† chaque participant de faire conna√ģtre son "humeur" sur des paroles en cours. Ces signes me permettaient aussi de plus facilement distribuer la parole.
- Ce n'est pas parce que la réunion est en ligne qu'il ne faut pas un animateur de réunion... Peut-être même plus que dans une réunion classique !
  • il est n√©cessaire d'√™tre attentif au ton employ√© dans les r√©unions "virtuelles". Nous avons constat√© que la "distance" nous faisait parfois employer un "ton" de parole que nous ne nous serions pas permis si nous avions √©t√© en pr√©sence !
  • Dans les Vid√©obulles de Google, il est facile de mettre en place un espace de co-√©criture (Google Docs). Ceci offre une plus-value suppl√©mentaire √† l'outil car en plus de permettre des r√©unions √† distance, il initie √† la r√©daction de PV √† plusieurs mains !

Deux limites :
  • L'outil pr√©sente une limite qui peut √™tre g√™nante. Seuls 10 personnes peuvent prendre part √† la r√©union, tout au moins en vid√©o. Il est possible d'accueillir 5 personnes suppl√©mentaires mais avec la voix seulement.
  • Il faut que les participants poss√®dent un compte Google (adresse Gmail)

Globalement, à l'usage, tous les participants ont trouvé cet outil super et je n'ai même plus à initier les réunions, chaque membre s'y étant mis !
Lien internet : http://www.crie.be

bf_imageecrire_FonnaTacha_Flickr_CCbySA.jpg

Comment produire un document à plusieurs centaines de personnes ? (1ère partie)

Auteur de la fiche : Jean-Michel Cornu
Licence de la fiche : Creative Commons BY-SA
Description :

Comment passer du café du commerce à l'intelligence collective ?

La parabole des aveugles et de l'éléphant 1

Six hommes d'Inde, tr√®s enclins √† parfaire leurs connaissances, all√®rent voir un √©l√©phant (bien que tous fussent aveugles) afin que chacun, en l'observant, puisse satisfaire sa curiosit√©. Le premier s'approcha de l'√©l√©phant et perdant pied, alla buter contre son flanc large et robuste. Il s'exclama aussit√īt : "Mon Dieu ! Mais l'√©l√©phant ressemble beaucoup √† un mur!". Le second, palpant une d√©fense, s'√©cria : "Oh ! qu'est-ce que cet objet si rond, si lisse et si pointu? Il ne fait aucun doute que cet √©l√©phant extraordinaire ressemble beaucoup √† une lance !". Le troisi√®me s'avan√ßa vers l'√©l√©phant et, saisissant par inadvertance la trompe qui se tortillait, s'√©cria sans h√©sitation : "Je vois que l'√©l√©phant ressemble beaucoup √† un serpent !". Le quatri√®me, de sa main f√©brile, se mit √† palper le genou. "De toute √©vidence, dit-il, cet animal fabuleux ressemble √† un arbre !". Le cinqui√®me toucha par hasard √† l' oreille et dit : "M√™me le plus aveugle des hommes peut dire √† quoi ressemble le plus l'√©l√©phant ; nul ne peut me prouver le contraire, ce magnifique √©l√©phant ressemble √† un √©ventail !". Le sixi√®me commen√ßa tout juste √† t√Ęter l'animal, la queue qui se balan√ßait lui tomba dans la main. "Je vois, dit-il, que l'√©l√©phant ressemble beaucoup √† une corde !". Ainsi, ces hommes d'Inde discut√®rent longuement, chacun faisant valoir son opinion avec force et fermet√©. M√™me si chacun avait partiellement raison, tous √©taient dans l'erreur.

Du café du commerce 2 ...

Habituellement, nous consid√©rons que si une id√©e est vraie, alors l'id√©e contraire est fausse. C'est ce que l'on appelle le principe de non-contradiction qui est √† la base de notre logique telle que l'a d√©finie Aristote. Cependant Eubulide de Millet, qui en √©tait un adversaire a montr√© gr√Ęce au paradoxe du menteur 3 que cela n'√©tait pas n√©cessairement juste : "Un homme disait qu'il √©tait en train de mentir. Ce que l'homme disait est-il vrai ou faux ?". Cette phrase ne peut √™tre ni vraie... ni fausse ! De m√™me, comme dans la parabole de l'√©l√©phant, il y a des affirmations qui peuvent sembler contradictoire mais sont toutes vraies 4 . On parle alors d'antinomie. C'est particuli√®rement le cas, lorsque l'on cherche √† avoir plusieurs points de vue diff√©rents sur un sujet.

Comment produire un doc
Eric Grelet - CC By Sa


Arm√© du principe de non-contradiction, nous passons beaucoup de temps, non pas √† chercher ce qui est vrai ou faux, mais √† justifier ce que nous avons dit pr√©c√©demment ... Et donc que les autres qui proposent des arguments diff√©rents sont dans l'erreur. Une tr√®s grande majorit√© du temps de discussion est ainsi consacr√© pour chacun √† r√©p√©ter sa propre affirmation pour √™tre s√Ľr qu'elle soit bien prise en compte et √† la justifier. Le fond de la discussion bien souvent, ne consiste plus √† chercher ce qui est vrai, mais √† ne pas √™tre mis en d√©faut et m√™me si possible √† obtenir la reconnaissance des autres pour avoir dit quelque chose consid√©r√© comme vrai.

...A l'intelligence collective

Pour sortir du "café du commerce", il est nécessaire de chercher dans un premier temps non pas ce qui est vrai mais les différents points de vue sur un sujet. Plus le nombre de personnes qui proposerons un point de vue sera grand, plus la vision aura des chances d'être plus complète. A ce stade, la discussion peut s'accommoder de visions approximatives, voire apparemment fausses, l'objectif étant de rassembler le plus grand nombre de point de vue différents et d'en susciter de nouveaux pour compléter ceux déjà rassemblés.

Mais nous devons également composer avec nos propres limitations cognitives. Ainsi, nous ne pouvons garder à l'esprit que les trois derniers éléments d'une discussion 5. Lorsque nous prenons du recul par rapport au discours, nous pouvons avoir une vue d'ensemble des différents affirmations ou arguments, mais là encore nous sommes limités et ne pouvons conserver à l'esprit qu'entre 5 et 9 idées 6. Pour permettre de traiter un sujet par l'intelligence collective, nous allons donc devoir avoir une méthode pour travailler avec un très grand nombre de personnes, cartographier l'ensemble des idées proposées tout en s'interdisant dans un premier temps de sélectionner certaines idées et d'en éliminer d'autres.

Les trois principes pour construire des idées à plusieurs

Pour arriver à lever les difficultés de la discussion collective, il est nécessaire de prendre en compte trois principes de l'intelligence collective qui sont assez contre intuitifs mais qui vont servir de base à la construction d'une méthode qui permet de produire des idées et des contenus avec plusieurs centaines de personnes.

La taille des groupes et les r√īles des membres 7

Dès qu'un groupe dépasse le nombre d'une douzaine de membres, chaque personne prend une posture proactive, réactive, d'observateur ou inactive et peut en changer en fonction d'un certain nombre de critères. On observe de façon assez contre-intuitive que le pourcentage d'actifs reste remarquablement constante (principe du 90-9-1) : les proactifs sont entre un et quelques pour cent et les réactifs entre dix et quelques dizaines de pour cent.

On peut en déduire différents types de groupes distingués par le nombre de leurs membres :
Les petits groupes jusqu'à une douzaine de personnes qui peuvent être gérés de façon contrainte (en attendant une action de chacun des différents membres) ;
Les groupes intermédiaires entre une douzaine et une centaine de personnes qui nécessitent plus d'efforts d'animation pour obtenir des réactions ;
Les grands groupes entre une centaine et un ou deux milliers de personnes qui permettent de produire de façon collaborative... à condition de se focaliser sur les réactifs ;
Les tr√®s grands groupes interm√©diaires de plusieurs milliers de personnes o√Ļ le groupe que forme les membres proactifs devient plus difficilement coh√©rent ;
Les tr√®s grands groupes au-del√† de quelques dizaines de milliers o√Ļ les proactifs sont suffisamment nombreux pour rendre l'animation moins contrainte.

Les grands groupes entre une centaine et un ou deux milliers de personnes pr√©sentent un int√©r√™t particulier : ils sont un passage oblig√© pour les groupes qui ont vocation √† devenir tr√®s grands, et surtout ils repr√©sentent une taille qui correspond bien au nombre de personnes que l'on peut rassembler sur beaucoup de th√®mes assez pr√©cis. Ils n√©cessitent cependant de bien prendre en compte les membres qui ont adopt√©s une attitude r√©active (que l'on peut atteindre dans les syst√®me en ligne par des outils push comme le mail, Facebook ou Twitter plut√īt que par des outils pull comme le web ou les forums) et pas seulement les proactifs qui dans ce cas ne sont pas assez nombreux.

Le choix a posteriori 8

Il existe plusieurs stratégies en fonction de l'environnement dans lequel on se situe :
La planification : dans une situation pr√©visible mais o√Ļ les ressources sont rares, il faut pr√©voir pour optimiser les ressources et ne pas les g√Ęcher ;
La négociation : lorsque les ressources sont rares mais que la situation n'est pas prévisible, la négociation permet de faire un choix au présent à défaut de pouvoir le faire à l'avance ;
Le choix a posteriori : lorsque l'on peut disposer d'une abondance de ressources (grand groupe, information abondante) mais que la situation n'est pas prévisible, alors il vaut mieux susciter une abondance de choix et ne choisir qu'a posteriori, parmi toutes les possibilités ;
Souvent nous ne choisissons pas notre strat√©gie mais utilisons celle que nous ma√ģtrisons, quelque soit le contexte. Il est important de s'adapter √† notre environnement pour choisir la meilleure strat√©gie. Parfois, la situation peut √™tre pr√©visible pour certaines choses et impr√©visible pour d'autres, certaines ressources peuvent √™tre abondante et d'autres rares. Dans ce cas, il faut pouvoir s'adapter et m√™me jongler avec les strat√©gies.

Par exemple, dans un grand groupe au-del√† de cent personnes, il est possible, gr√Ęce au nombre suffisant de membres adoptant un r√īle r√©actif, de faire ressortir le maximum de points de vue et de ne choisir qu'a posteriori ceux que l'on souhaite conserver : "√Čtant donn√© suffisamment d'observateurs, toutes les pistes applicables √† un probl√®me donn√© sautent aux yeux". Mais si le groupe est plus petit que un ou deux milliers de personnes, le nombre de membres qui adoptent une attitude proactive et a fortiori le nombre de personnes qui participent √† la coordination du groupe est faible. La coordination de groupes inf√©rieur √† quelques milliers doit donc faire appel √† des strat√©gies de planification et/ou de n√©gociation.

Cartographier pour donner une vision d'ensemble 9

Dans un √©change √† plusieurs, et plus encore dans un conflit, chacun √† tendance √† d√©fendre sa position et √† la r√©p√©ter sans cesse pour √™tre s√Ľr qu'elle soit bien prise en compte. Dans les faits, tr√®s souvent les diff√©rents points de vue ne s'excluent pas mais au contraire se compl√®tent pour donner ensemble une vision plus globale. Pour d√©passer cette difficult√©, il faut prendre en compte nos deux modes de pens√©e qui utilisent chacun une m√©moire de travail diff√©rente.

Le premier, basé sur le discours consiste à placer les idées les unes à la suite de l'autre, un peu comme nous plaçons un pas devant l'autre pour avancer depuis un point de départ jusqu'à un point d'arrivée en suivant un cheminement. Ce mode de pensée permet en particulier l'approche rationnelle mais il prend très difficilement en compte le conflit (un point de départ, deux directions), l'intelligence collective (plusieurs points de vue sur le même point d'arrivée) ou encore la créativité (trouver de nouveaux chemins entre plusieurs points de départ et plusieurs points d'arrivée) qui utilisent tous les trois un autre mode complémentaire.

Le deuxi√®me mode de pens√©e est bas√©e sur la cartographie. Il consiste √† disposer toutes les id√©es en fonction de leur proximit√© sur une m√™me carte mentale, sans chercher √† les s√©lectionner a priori pour obtenir une vision la plus compl√®te des id√©es et des chemins possibles. Les sch√©mas heuristique (mind mapping en anglais) co-construits et projet√©s √† la vue de tous lors de s√©ances sont tr√®s performants pour donner une vision globale aux membres du groupe et ainsi permettre de chercher de nouvelles id√©es et de nouveaux points de vue plut√īt que chacun ne se focalise que sur une ou quelques id√©es d√©j√† propos√©es.

Pour aller plus loin, deux approches sont possibles :
L'art de la m√©moire : Lors de rencontres synchrones (en ligne ou en pr√©sentiel), il est possible de coupler la carte d'id√©e avec une autre carte souvent territoriale que chacun peut conserver plus facilement dans sa m√©moire √† long terme. Il peut s'agir d'un lieu connu de tous (leur cath√©drale pour les moines du Moyen √āge) ou √† d√©faut d'un lieu co-construit (il est plus facile de m√©moriser √† long terme un territoire que des id√©es) ;
Les cartes textuelles : dans les échanges asynchrones en ligne, les personnes qui adoptent une attitude réactive (dix fois plus nombreux que les proactifs) et les "observateurs" (encore plus nombreux) utilisent des outils qui gèrent mal le mode graphique (mail, Facebook, Twitter). Proposer une carte dessinée nécessite alors de fournir un lien vers une page web qui contient la carte. Mais dans ce cas, une moitié seulement environ des participants vont voir la carte. Il est cependant possible d'utiliser les possibilités de présentation des textes pour permettre une carte textuelle qui ne nécessite pas d'être lue en entier comme un texte mais peut être parcourue comme une carte : listes à points et à sous points, formulation courte des idées tenant sur maximum une ligne, gras, soulignés, italique pour mettre en valeur certains mots clés ;

Appliquer ces principes pour produire de l'intelligence collective

A partir des principes présentés dans les parties précédentes, nous pouvons commencer à poser quelques règles pour permettre de produire des idées et des contenus avec plusieurs centaines de personnes. Nous traiterons ici plus particulièrement d'échanges en ligne asynchrones qui peuvent être enrichis ponctuellement par des rencontres synchrones en présentiel ou en ligne.

1. Le groupe doit avoir au minimum une centaine de membres.
Ceux-ci ne vont plus contribuer systématiquement comme dans un petit groupe. Tant que le groupe ne dépasse pas plusieurs milliers, voir plusieurs dizaine de milliers il est important de se focaliser sur les personnes qui adoptent une attitude réactive (cette taille de groupe est la plus courante. Même dans les très grands groupes de dizaine de milliers de personnes, seul un sous-groupe va s'intéresser à un contenu spécifique). Selon la règle des 90-9-1, les réactifs seront au moins une dizaine ce qui est suffisant pour démarrer une dynamique et éventuellement encourager d'autres participations.

2. Le ou les animateurs ont un r√īle particuli√®rement critique.
En effet les animateurs doivent √™tre par d√©finition proactifs. Or ceux-ci, dans un groupe entre une centaine et un ou deux milliers de membres, ne repr√©sentent que quelques personnes. Les erreurs ou le manque de proactivit√© d'un animateur peuvent entra√ģner une inaction de tout le groupe. Dans un groupe jeune (en g√©n√©ral moins de deux ans), l'animateur ou le petit groupe d'animation a un r√īle central. On parle m√™me dans le logiciel libre de "dictateur bienveillant". Pour un groupe plus mature, il est possible d'avoir des personnes diff√©rentes qui, suivant les th√®mes abord√©s, prennent un r√īle d'animation. Dans ce cas si l'animation d'une discussion est toujours un r√īle contraint, il l'est moins pour l'ensemble du groupe qui pourra avoir des discussions qui aboutissent et d'autres non.

3. Laisser exprimer toutes les idées sans faire choix dans un premier temps.
Il faut au contraire "ouvrir les possibles" pour identifier toutes les id√©es qui pourraient √™tre ajout√©es, plut√īt que de supprimer celles d√©j√† √©mises. Des id√©es qui semblent a priori moins int√©ressantes peuvent se r√©v√©ler extr√™mement riches bien qu'a priori contre intuitives. M√™me si une id√©e propos√©e se r√©v√®le effectivement stupide, elle peut en susciter d'autres tout √† fait int√©ressantes.

4. Une synthèse sous forme de carte donne une vision d'ensemble des échanges.
Dans le cas des échanges en ligne asynchrone, il vaut mieux utiliser une "carte textuelle" qui peut être reçu par pratiquement tout le monde. Elle ne nécessite pas d'être lue en entier comme un texte mais peut être parcourue comme une carte (avec des listes à points et sous points, des gras et des soulignés pour faire ressortir des mots...). C'est ce point qui demande le plus de travail d'animation. Des outils et des méthodes doivent permettre de réduire ce temps au mieux.

5. Au moins quelques informations doivent être envoyés en "push".
Pour toucher les réactifs il faut fournir au moins certaines information en push (l'information est envoyée directement sur un compte que lit la personne régulièrement : mail, Facebook ou Twitter). Mais suivant le nombre de membres, l'activité de la discussion et l'acceptation plus ou moins grande pour chacun de recevoir directement des informations, il faut également pouvoir offrir l'accès à l'ensemble de l'information avec des outils pull pour ceux qui le veulent (la personne va chercher elle même l'information en allant sur un forum, les archives mail ou d'autres pages web). Il faut donc trouver le juste équilibre entre ce qui est envoyé à tout le monde et ce qui n'est pas envoyé mais doit aller être cherchée par ceux qui le veulent (depuis la liste de discussion ou tout est reçu par tout le monde jusqu'à l'envoi des seules synthèses, en passant par l'envoi en plus d'une sélections de quelques contributions stimulantes incitant les lecteurs à réagir).

6. Ce sont les itérations de contributions/synthèses qui apportent l'intelligence collective 10.
La cartographie des différents points de vue permet d'obtenir une meilleure vision d'ensemble (comme dans la parabole des aveugles et de l'éléphant). Mais l'intelligence collective commence réellement lorsque les participants s'appuient sur ce qu'ont dit les autres (ou plus précisément sur la cartographie d'ensemble de ce qui a été dit) pour proposer des idées nouvelles qu'ils n'auraient pas eu autrement. Ainsi chaque cycle de contributions puis de synthèse augmente le niveau d'intelligence collective et permet d'arriver à des propositions qui pour certaines sont particulièrement innovantes et pertinentes.

Méthode pour produire un texte collectif jusqu'à quelques milliers de participants

L'objectif de cette m√©thode est de produire du contenu de fa√ßon collaborative, non seulement en y int√©grant les contributions initiales de chacun mais aussi et surtout les contributions issues des √©changes. Elle s'appuie sur des synth√®ses r√©guli√®res sous la forme de cartographies textuelles (un texte qui peut √™tre parcouru comme une carte plut√īt que lu de bout en bout avec des listes √† point et √† sous point, des gras et des soulign√©s pour faire ressortir des mots, etc.). Il s'agit de donner une vision d'ensemble de ce qui a √©t√© d√©j√† propos√© pour concentrer les contributions sur des id√©es nouvelles.

Cette méthode se concentre sur les "grands groupes" en ligne, suffisamment grands pour avoir des réactions sans trop d'effort (une centaine ou plus de membres) tout en n'atteignant pas la taille suffisante pour pouvoir se concentrer uniquement sur les proactifs (au-delà de plusieurs milliers). Cela représente une très grande partie des groupes en ligne souhaitant produire en commun des contenus sur un thème plus particulier. Dans ce cas, l'accent est mis sur les personnes ayant adoptés une attitude réactive qui sont en général dix fois plus nombreux que ceux qui ont adoptés une attitude proactive.

Les deux premi√®res parties pr√©sent√©es ci-apr√®s, se concentrent sur les outils et la constitution du groupe pour ceux qui cr√©ent leur groupe ou bien qui ont des groupes encore trop petits. La partie suivante sur la veille, la compr√©hension commune et l'id√©ation constitue le coeur de la m√©thode pour constituer une vision d’ensemble structur√©e d’id√©es collectives. Les deux derni√®res parties sur le choix dans les id√©es et la r√©daction permettent d’obtenir un texte qui peut √™tre lu facilement par des personnes n’ayant pas particip√© au sujet et le connaissant peu.

Mise en place des outils en ligne

Les outils de la discussion
La première étape est de faire le choix des outils push (l'information est apportée jusqu'au participant : mail, Facebook, Twitter...) et pull (le participant va chercher l'information : forum, pages web...). Pour un groupe relativement petit jusqu'à quelques centaines de personnes qui utilisent toutes le mail, une simple liste de discussion mail suffit. Les archives de la liste permettent aux proactifs d'aller retrouver les informations anciennes et facilitent le travail des animateurs qui doivent faire des cartographies.

Mais de plus en plus souvent, les participants lisent régulièrement leurs messages à l'aide d'outils qui ne sont pas les mêmes pour chacun : certains suivent Facebook mais ne lisent plus leurs mails très régulièrement, d'autres suivent Twitter mais ne vont plus sur Facebook. Certains ne suivent qu'un de ces trois outils parfois deux mais rarement les trois. D'autres groupes utilisent un réseau social général (Linkedin, Viadeo) ou spécifique à leur communauté (basé sur les logiciels Elgg, Diaspora, Movim, Daisychain...). Il faut donc pouvoir s'adapter aux différents outils utilisés par les membres du groupe... ou réduire celui-ci aux seuls membres utilisant fréquemment tel ou tel outil.

De plus, lorsqu'un groupe devient grand, le nombre de contributions grandit √©galement et peut d√©passer le taux acceptable pour un participant. Dans un mode en ligne ou la plupart souffrent de "l'infob√©sit√©" (trop d'information), m√™me pour un groupe relativement peu nombreux, certains peuvent √™tre g√™n√©s par les mails suscit√©s par la discussion. Pour √©viter des d√©sabonnement ou des d√©saffections (des mails class√©s automatiquement sans √™tre lus, voire class√©s comme spam...), il est n√©cessaire de n'envoyer √† tout le monde ou √† ceux qui le souhaitent que les informations les plus importantes : cartographies r√©guli√®res des discussions, s√©lection de quelques contributions group√©es dans un m√™me message pour stimuler la participation, etc. Dans ce cas, il est encore plus important que l'ensemble des contributions soit disponible (de fa√ßon pull) pour permettre √† ceux qui le souhaitent et bien s√Ľr aux animateurs qui font la cartographie, de retrouver le d√©tail des contributions. C'est donc par une alliance entre des outils push et pull que la discussion peut permettre d'envoyer certains messages √† tout le monde (pour toucher les r√©actifs) tout en gardant le nombre de messages re√ßu raisonnable (pour √©viter la surinformation).


Pour en savoir plus : la Fing, lien entre le mail et un réseau social sous Elgg 11
Après avoir testé de nombreux outillages en ligne pour ses travaux collaboratifs (listes mail, blogs, forums), la Fing a mis progressivement en place depuis 2010 son réseau social, une plateforme Elgg qui permet d'unifier les environnements collaboratifs de ses contributeurs : certains, en effet, s'intéressent à plusieurs sujets d'affilés et la gestion de nombreuses inscriptions sur des plateformes et listes mail éparses était un problème.

Dans un premier temps, le choix a été fait de combiner la plateforme web (pour publier) et le mail (pour échanger). Au lancement de Questions numériques, mi-2012, la Fing a choisi d'interfacer les deux modes. Chaque forum de son réseau permet l'interaction web ou mail : par exemple, un sujet de forum est publié sur le web, et notifié par mail aux 260 inscrits du groupe Questions numériques, qui peuvent y réagir indifféremment par retour de mail ou en se connectant à la plateforme. Il semble que les utilisateurs choisissent le mail pour des réponses rapides, le web pour les réponses plus élaborées.

Cette modalité permet aussi de mener, comme sur tout forum, plusieurs fils de discussion en parallèle, à condition de prendre soin des titres. Elle facilite l'accès aux nouveaux entrants et le travail à ciel ouvert, et baisse les barrières à l'entrée. Activée sur les forums, cette fonctionnalité est aussi activable facilement sur les commentaires d'autres publications : blogs, partage de documents, événements...



Pour en savoir plus : groupe ADEO, utilisation des Google groups en push et en pull 12
Groupe ADEO est une entreprise de 70000 personnes réparties dans 13 pays et 27 Business Units (BU). Très décentralisé, orienté vers le partage du Savoir et du Pouvoir, ADEO s'est lancé depuis près de 20 ans dans de nombreuses démarches de Vision partagée avec l'ensemble des collaborateurs de certaines de ses BU.

La Communauté Produit, Achat et Supply-Chain (PAS), regroupant les Centrales d'Achats et département logistiques des BU et la Direction PAS Groupe, a initié mi 2011 une démarche transverse : VisionPAS 2023, la Vision de la Coopération PAS de Groupe ADEO en y associant ainsi plus de 2000 collaborateurs. Différentes techniques collaboratives ont été utilisées pour extraire la "substantifique moelle": groupes de travail, séminaire de créativité, prototypes en mode Design Thinking, ... mais aucune n'impliquant plus de 150 personnes ensemble.

Afin de réaliser l'écriture de notre cible à 10 ans, nous avons décidé de découper notre réflexion suivant 8 grands axes et avons fait travailler chaque équipe BU, Centrale d'Achat ou Logistique, et chaque synergie Produit sur un des 8 sujets selon la structure suivante: Benchmark, MOFF (Menaces, Opportunités, Forces, Faiblesse), Vision à 10 ans. Ce sont ainsi près de 50 groupes de travail d'une quinzaine de personnes qui nous ont permis de constituer une matière très riche et complémentaire (cf: La parabole des aveugles et de l'éléphant) . Nous avons ensuite réalisé une 1ère synthèse sur chaque thème. L'important était alors de trouver un moyen de faire réagir l'ensemble de la Communauté sur cette V0 pour profiter de l'intelligence Collective. Mais très vite dans un groupe international sans langue de référence, la problématique linguistique se posait à nous. Nous ne disposions pas non plus d'outil de CRM, d'annuaire enrichi, ni de réseau social d'entreprise. Nous avons donc mis en place un Débat Numérique sur 6 semaines sur une cible de 1500 personnes, à l'aide des Google Groups.

Le besoin :
  • Forum multilingue pour favoriser l'expression individuelle.
  • Possibilit√© d'envoyer des messages du Forum vers les bo√ģtes mails en masse avec option de r√©ponse directe du mail vers le Forum sans n√©cessairement devoir y entrer (ce crit√®re nous a fait exclure l'outil Nabble qui ne permet pas de faire des envois en masse).
La solution :
  • 7 Forums = 7 Google Groups (1 par langue: fran√ßais, anglais, espagnol, italien, polonais, portugais, russe) faisant appel √† un ensemble de traducteurs.
  • Traitement intense d'un th√®me sur une dur√©e d'une semaine avec des push diff√©rents et coh√©rents, suivant un sch√©ma identique d'un th√®me √† un autre :
  • 1. Lancement du d√©bat par envoi d'une synth√®se sur le th√®me
  • 2. Envoi d'inspirations sur le m√™me th√®me : ouverture d'esprit, proposition de perspectives ext√©rieures
  • 3. Publication des derni√®res contributions : le message que l'on veut faire passer : "le d√©bat avance, tes coll√®gues participent, il y a de nouvelles id√©es, n'attends plus pour contribuer !"
  • 4. Publication d'une nouvelle synth√®se enrichie gr√Ęce au d√©bat : les contributeurs retrouvent leur "patte" dans la r√©daction du livrable final et constatent bien l'enrichissement de la synth√®se initiale gr√Ęce au d√©bat collectif.
  • Syst√®me simple pour contribuer : r√©ponse par mail et la r√©ponse vient automatiquement alimenter le fil de discussion du forum OU contribution directement sur le forum en postant un commentaire. Sur le forum, on voit de fa√ßon indiff√©renci√©e toutes les contributions faites sur un sujet.

Les points forts :
  • Des sujets strat√©giques abord√©s dans 7 langues : richesse des contributions car facilitation de l'expression individuelle.
  • Des traducteurs "volontaires" en interne a rendu les op√©rations de traductions r√©actives et flexibles, indispensables pour coller √† nos d√©lais assez courts.
  • Pas de sch√©ma hi√©rarchique : toutes les id√©es sont conserv√©es et exploit√©es de la m√™me fa√ßon dans l'√©criture du livrable final. D'ailleurs, les contributions mises en avant dans les mails "Flash" reprennent seulement le pr√©nom du contributeur, pas son nom.
  • push par mail quotidien : sollicitation des collaborateurs via le canal qu'ils utilisent le plus aujourd'hui. Les contributions sont, elles, stock√©es en un m√™me endroit : le Google Group (1 groupe par langue). Chacun re√ßoit donc "obligatoirement" l'information mais est libre ensuite de suivre le fil de discussion sur un outil annexe, dans notre cas le Google Group. Pour ne pas manquer les "meilleures contributions", nous "pushons" une s√©lection de ces derni√®res par mail √† tous.

Les difficultés :
  • Un forum par langue mais pas de transversalit√© entre les 7 forums : ce qui est post√© dans le forum Polonais n'√©tait pas visible pour les Espagnols. SAUF : La diffusion des "meilleurs commentaires" dans les flash pouvait provenir des 7 forums et les synth√®ses √©taient communes dans toutes les langues.
  • Pour que les participants re√ßoivent les mails de synth√®se mais pas les diff√©rentes contributions, seul la coordinatrice √©tait abonn√© au Google Group. En l'absence de CRM, les envois √©taient fait depuis un compte Gmail avec une adresse de retour qui √©tait celle du Google Group. Le Google Group lui-m√™me √©tait ouvert pour que les participants puissent y acc√©der s'ils le d√©siraient, sans avoir besoin d'avoir un compte Gmail pour acc√©der aux Google Groups.
  • Besoin d'outils adapt√©s (annuaire enrichis, CRM, ...) pour ce volume d'envois.
  • La n√©cessit√© pas toujours facile √† mettre en oeuvre de la participation de "complices" permettant d'activer les d√©bats.

Les résultats et quelques chiffres :
  • Un d√©bat vivant de 6 semaines autour de 8 th√®mes strat√©giques.
  • Un taux de participation d'environ 13% avec plus de 400 commentaires multi-lingues, qui ont enrichi la base des cahiers de Vision.
  • Des contributions faites dans les 7 langues : "seulement" 55% des commentaires sont en fran√ßais.
  • 8 Cahiers Vision V1 en input de notre Rencontre Internationale r√©unissant en f√©vrier 2013 700 managers de la Communaut√© PAS de Groupe ADEO pendant 3 jours pour notamment en faire une relecture collective 13 .

En conclusion, ce premier Débat Numérique à grande échelle chez ADEO a été très riche d'enseignements. Il nous a permis de suivre les principales étapes évoquées dans la partie "Appliquer ces principes pour produire de l'intelligence collective". Il nous a permis de valider cette méthode participative et en appellera certainement d'autres.


Les outils de capture et de cartographie textuelle
Pour créer une synthèse sous la forme de cartographie virtuelle afin de donner une vision d'ensemble au groupe, il faut dans un premier temps "capturer" les contributions intéressantes dans les différents messages (il peut y en avoir deux ou plusieurs dans un même message), éventuellement leur donner un titre plus court (moins d'une ligne) et plus explicite, et ordonner les contributions sous la forme d'une hiérarchie. Cette dernière action peut nécessiter de créer une nouvelle entrée dans la hiérarchie pour rassembler plusieurs idées qui peuvent s'y trouver.


Pour en savoir plus : réorganiser les niveaux au fur et à mesure de la discussion
Imaginons une discussion sur la mise en place de cette m√©thode o√Ļ la vision actuelle est d√©crite par la carte textuelle suivante :
  • Outils de discussion
  • Mail (outil push : information envoy√©e directement aux participants)
  • Prendre en compte ceux qui pr√©f√®rent Facebook au mail
  • Forum (outil pull : le participant va chercher lui-m√™me l'information si il le souhaite)

Des contributeurs proposent d'y ajouter l'idée d'utiliser également Twitter ainsi que d'autres réseaux sociaux. La carte pourrait alors être réorganisée sous la forme suivante :
Outils de discussion
  • Outils push (information envoy√©e directement aux participants)
  • Mail
  • Facebook
  • Twitter
  • Autres r√©seaux sociaux
  • Permettre plusieurs outils push pour laisser le choix aux participants ?
  • Outils pull (le participant va chercher lui-m√™me l'information si il le souhaite)
  • Forum
  • Autres ?

Dans ce cas, non seulement l'id√©e de "Mail" se d√©cale d'un niveau pour avoir une cat√©gorie "outils push" comprenant √©galement Facebook, Twitter et d'autres r√©seaux sociaux, mais la personne qui fait la cartographie a eu l'id√©e d'y ajouter la possibilit√© de mixer les outils et a √©galement proc√©d√© √† la m√™me r√©organisation pour les outils pull pour laisser la place √† d'autres choix. En cela, il ne s'agit pas v√©ritablement d'une synth√®se de la discussion mais plut√īt de la cartographie de la compr√©hension actuelle du probl√®me. R√©organiser une carte donne tr√®s souvent des id√©es suppl√©mentaires et m√™me le cartographe peut ajouter des id√©es, qui peuvent √™tre compl√©t√©es ou corrig√©es par les participants lors de l'it√©ration suivante.


La cartographie des échanges peut se faire à la main avec éventuellement des post-it collés sur un mur pour plus facilement réorganiser le tout. Mais lorsque la discussion est importante, une seule itération de la cartographie peut demander environ 5 heure et cela se reproduit une à deux fois par semaine pendant la phase d'idéation... L'animation d'une telle discussion demande alors un temps assez important pour les animateurs et particulièrement pour celui ou ceux qui font les cartographies et les complètent.

Pour réduire la durée de cartographie et ainsi permettre l'animation de groupes y compris par des personnes dont cela ne fait pas parti du travail "officiel 14", il faut réduire ce temps à une ou maximum deux heures par semaine. L'objectif de l'application Assembl développée par Imagination for People en partenariat avec l'Institut du Nouveau Monde au Québec, est de faciliter la capture des contributions pertinentes, d'aider à les renommer et à les réorganiser facilement malgré la taille réduite d'un écran d'ordinateur.

Pour en savoir plus : Assembl un outil pour cartographier les contributions 15
Assembl est un système de discussion en ligne qui s'adresse aux groupes de personnes ayant à produire collectivement un livrable (opinion, consensus, document, modèle, alternatives, etc.) autour d'un sujet quelconque. Bien qu'à l'ère des réseaux sociaux il soit "relativement" facile de mobiliser de grands groupes sur un enjeu, pour une multitude de raisons la qualité du livrable n'augmente pas souvent avec le nombre de participants. C'est principalement à ce problème qu'Assembl s'attaque.

Tout d'abord en combinant la discussion chronologique (nécessaire pour faciliter l'implication, le sentiment d'appartenance et la dynamique de groupe) et une présentation plus structurée et résumée de la discussion (nécessaire pour permettre à chaque participant, quelque soit le niveau de temps et d'attention qu'il peut y consacrer, d'avoir une vision d'ensemble des échanges et propositions)

Assembl permet √† des humains de jouer le r√īle de facilitateurs en √©quipe. Avec l'aide d'outils qui rendent ces t√Ęches productives, ils identifient les id√©es cl√©s, les communiquent de fa√ßon synth√©tique et guident les participants vers des pratiques de discussion constructives.

Assembl tente de ne pas répéter ce que nous percevons comme des faiblesses des systèmes précédents, ainsi, Assembl:
  • Ne force pas les participants √† √©crire leur contributions dans un format quelconque (la structure doit servir la discussion, pas la remplacer)
  • Reconna√ģt que certains participants pr√©f√©reront toujours un mod√®le push (ex: listes de diffusion) et d'autres un mod√®le pull (ex: forums web, groupes Facebook), et leur permet de discuter ensemble en brisant ces "√ģlots" de discussion 16.
  • Ne brise pas les communaut√©s existantes en for√ßant des migrations. Il peut par exemple √™tre implant√© progressivement sur la liste de diffusion existante d'une communaut√© d√©j√† active.
  • Ne "d√©connecte" pas les repr√©sentations cartographiques des discussions qui y ont donn√© naissance. Les r√©actions √† la discussion sont accessibles √† partir de la repr√©sentation synth√©tique et vice-versa.
  • N'impose pas une structure de discussion (de nombreux syst√®mes sont centr√©e sur un d√©bats polaris√© pour/contre) et impose beaucoup moins de contraintes aux m√©thodes d'animation.


La suite de ce texte est disponible ici : http://ebook.coop-tic.eu/francais/wakka.php?wiki=CommentProduireUnDocumentAPlusieursCentai2


  • 1 Parabole du Ja√Įnisme, rendue c√©l√®bre par le po√®te am√©ricain John Godfrey Saxe au milieu du XIXe si√®cle. Source, G√©rard Huet, The Sanskrit Heritage Dictionary http://sanskrit.inria.fr/DICO/index.html cit√© par Wikip√©dia http://fr.wikipedia.org/wiki/Anekantavada
  • 2 L'expression √©quivalente en anglais pourrait √™tre "bar-room politics" ou mieux "armchair philosophy" pour renvoyer √† des personnes cultiv√©es mais d√©sŇďuvr√©es, parlant beaucoup mais agissant peu (plut√īt qu'√† des personnes ayant trop bu et ne sachant plus ce qu'elles disent) : http://forum.wordreference.com/showthread.php?t=70335&highlight=comptoir
  • 3 Un paradoxe qui aurait √©t√© invent√© par Eubulide de Millet (IVe si√®cle) √† partir du paradoxe du cr√©tois de Epim√©nide. Source Wikip√©dia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Paradoxe_du_menteur
  • 4 Alfred Korzybski, auteur de la s√©mantique g√©n√©rale, a pris conscience au cours de la premi√®re guerre mondiale que les m√©canismes de pens√©e qui avaient provoqu√©s cette guerre reposaient sur les postulats de la logique d'Aristote (principe d'identit√©, de non contradiction et de tiers exclu). Il formula alors une nouvelle logique, non-aristot√©licienne, bas√©e sur de nouveaux postulats correspondants √† l'√©volution scientifiques du XXe si√®cle : http://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9mantique_g%C3%A9n%C3%A9rale
  • 5 Il s'agit d'une limitation d'une de nos m√©moire de travail appel√©e boucle phonologique, qui ne permet de "conserver en t√™te" que trois items dans une cha√ģne d'id√©e. Pour le mod√®le des diff√©rentes m√©moires de travail, voir A. D. Baddeley and G. Hitch, Working Memory, in G. H. Bower (ed), The psychology of learning and motivation: Advances in research and theory, vol. VIII, Academic Press, New York, 1974
  • 6 Cette deuxi√®me m√©moire de travail concerne l'ensemble des objets ou des id√©es que nous pouvons conserver √† l'esprit √† court terme. Elle porte le nom de calepin visuo-spatial. Elle nous permet par exemple de compter a posteriori les fen√™tres d'une maison alors que nous n'en avons plus l'image devant les yeux... √† condition que leur nombre soit limit√©. C'est √©galement cette m√™me m√©moire de travail qui nous permet de cr√©er de nouvelles id√©es en reliant deux id√©es anciennes que nous avons √† l'esprit. Georges A. Miller, The Magical Number Seven, Plus or Minus 2: Some limits on our Capacity for Processing Information, The psychological review, vol. III, 1956, http://www.musanim.com/miller1956/
  • 7 Pour en savoir plus, voir le texte complet "La taille des groupes et les r√īles des membres" : http://ebook.coop-tic.eu/LaTailleDesGroupesEtLesRolesDesMembres
  • 8 Pour en savoir plus, voir le texte complet "Le choix a posteriori" : http://ebook.coop-tic.eu/LeChoixAPosteriori
  • 9 Pour en savoir plus, voir le texte complet "Cartographier pour donner une vision d'ensemble" : http://ebook.coop-tic.eu/CartographierPourDonnerUneVisionDensemble . Ces id√©es ont √©t√© pr√©sent√©es √† l'origine dans Jean-Michel Cornu, Prospectic, nouvelles technologies nouvelles pens√©es, FYP √©dition 2008 - chapitre 9 modes de pens√©e et conflit d'int√©r√™t. Disponible dans l'article : Nous avons non pas un mais deux modes de pens√©e : http://www.cornu.eu.org/news/nous-avons-non-pas-un-mais-deux-modes-de-pensee
  • 10 Voir √©galement la m√©thode Delphi qui permet d'am√©liorer la pr√©vision de personnes ayant une connaissance du sujet par une approche it√©rative qui met en √©vidence les domaines de convergence et d'incertitude : Harold A. Linstone & Murray Turoff, The Delphi Method, Techniques and applications, New Jersey Institute of Technology 2002, http://is.njit.edu/pubs/delphibook/
  • 11 Cette partie a √©t√© r√©dig√©e par Jacques-Fran√ßois Marchandise de la Fing
  • 12 Cette partie a √©t√© r√©dig√©e par Victoria Masson et Jean Duclos de groupe ADEO
  • 13 Voir la partie "R√©daction du texte : relecture collective"
  • 14 L'animation d'une discussion doit pouvoir √™tre faite par des b√©n√©voles mais aussi par des personnes professionnelles qui vont trouver un int√©r√™t √† √™tre au cŇďur de la discussion pour mieux en saisir toutes les id√©es et les subtilit√©s, sans que ce travail d'animation soit pris en compte officiellement dans leur temps de travail
  • 15 Cette partie a √©t√© √©crite par Beno√ģt Gr√©goire de Imagination for People
  • 16 Voir la partie "La taille des groupes et les r√īles des membres" sur la diff√©rence entre participant proactif et participant r√©actif : http://ebook.coop-tic.eu/LaTailleDesGroupesEtLesRolesDesMembres


Dessin : √Čric Grelet - CC By-Sa

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Comment produire un document à plusieurs centaines de personnes ? (2ème partie)

Auteur de la fiche : Jean-Michel Cornu
Licence de la fiche : Creative Commons BY-SA
Description : La premi√®re partie de ce texte est disponible ici

Constitution du groupe

Invitation à participer
Pour constituer un groupe il faut commencer par y inviter des personnes. Cela peut se faire de façon collective et de façon individuelle. Les deux sont complémentaires. Une invitation n'est pas une inscription, il faut demander l'autorisation à une personne pour l'inscrire au groupe. Par contre, si celle-ci est intéressée, son inscription doit être la plus simple possible : cliquer sur un simple lien dans un mail en n'ayant à remplir qu'un minimum d'information (en général le prénom et le nom, parfois l'organisation. Le mail peut souvent être détecté directement). Il est possible de proposer en plus de cette première méthode, de répondre simplement au mail envoyé afin d'abaisser encore le seuil de passage à l'acte17. La réponse peut être traitée soit manuellement, soit mieux de façon automatique avec une adresse de retour qui pointe vers un robot qui permette d'inscrire directement la personne (en détectant dans l'adresse d'envoi son mail ou son compte sur le réseau social, ainsi que son nom).

Pour l'invitation collective, il faut tout d'abord choisir les cr√©neaux de diffusion de l'information : listes mails de discussion ou de diffusion, r√©seaux sociaux, newsletters... Il faut prendre garde de ne pas spammer des groupes o√Ļ une telle invitation ne ferait pas partie de l'objet. Des endroits naturels o√Ļ une telle invitation peut √™tre envoy√©e seraient la liste des membres, les newsletters et les r√©seaux sociaux de la ou des organisations qui animent le nouveau groupe. Avec un CRM (Customer Relationship Management, syst√®me de gestion des profils et des envois dans une organisation), il est m√™me possible de personnaliser le message d'invitation avec en particulier le pr√©nom et/ou le nom de la personne.
Pour ceux que l'on souhaite particulièrement avoir dans le groupe
Pour la partie individuelle, il faut tout d'abord constituer une liste des personnes que l'on souhaiterait avoir dans le groupe. Cela peut √™tre fait par exemple avec un tableur o√Ļ on trouve pour chaque personne √† inviter une champ au format "Pr√©nom Nom" <adresse_mail> (format qui permet un envoi facile avec non seulement le mail mais aussi le nom). D'autres colonnes peuvent comprendre l'organisation, un champ commentaire montrant l'int√©r√™t d'avoir la personne dans le groupe ou encore des champ avec la date d'envoi, la r√©ponse, la date √©ventuelle de premi√®re et de deuxi√®me relance, etc. Ce tableau (ou une application qui ferait cela de fa√ßon plus efficace) permet de suivre les invitations individuelles 18. Si la personne, au bout d'une semaine environ n'a pas r√©pondu, il est possible de faire une relance puis √©ventuellement une deuxi√®me relance une semaine encore apr√®s. Il ne faut pas aller plus loin, on peut consid√©rer qu'une personne qui ne r√©pond pas deux ou trois fois ne souhaite pas √™tre dans le groupe. Les messages d'invitation et de relance doivent √™tre personnalis√©s avec le nom et/ou le pr√©nom au moins au d√©but du message, m√™me si le reste est un message type. Il peut √™tre √©galement utile de pr√©voir deux types de messages : l'un avec le tutoiement et l'autre avec le vouvoiement (il faut alors indiquer dans le tableau la fa√ßon dont on s'adresse √† la personne : tu ou vous) 19. Le message doit √™tre le plus court possible tout en restant clair et complet (il doit tenir dans maximum un √©cran habituel d'ordinateur) et la fin du message doit √™tre sign√©e par une ou deux personnes avec √©ventuellement leur titre plut√īt que de fa√ßon plus anonyme par un groupe ou une organisation. Une telle approche des invitations individuelles, lorsque elles est bien r√©alis√©e et que l'on conna√ģt au moins un peu les personnes invit√©es (il peut √™tre utile de faire signer le message par des personnes qui connaissent le destinataire) permet un tr√®s bon taux de retour (jusqu'√† entre 80 et 90%).

Il peut être judicieux également de montrer dans l'invitation qu'il n'est pas nécessaire de contribuer pour participer au groupe (entre 60 et 90% des membres d'un groupe sont observateurs voire totalement inactifs 20), que le nombre de messages restera raisonnable (par exemple seules les synthèses et une sélection groupée de contributions seront envoyées avec au maximum cinq messages par semaine, le détail restant disponible sur une page web), et qu'il est possible de se désinscrire à tout moment 21.


Pour en savoir plus : exemple de messages d'invitation individuel personnalisé
Exemple de message d'invitation individuel (pour un homme et utilisant le tutoiement)
Sujet : démarrage d'un travail sur l'innovation monétaire

Cher <prénom>,

Je lance au sein de la Fondation Internet Nouvelle Génération (Fing) une "expédition" (un travail collectif de quelques mois) sur l'"Innovation monétaire" : Plus de 5000 "monnaies complémentaires" existent aujourd'hui dans le monde. La crise, la recherche de nouveaux modes de développement, l'internet et le mobile enfin, en accélèrent le développement. Et si les mêmes facteurs contribuaient aussi à réinventer les fonctions même de ces monnaies, et ce qu'elles rendent possible ?

Tous les résultats de l'expédition seront publics et librement réutilisables. L'objectif est d'ouvrir des opportunités nouvelles et d'inviter à l'action. Au regard de tes connaissances sur les monnaies, je te propose de nous rejoindre pour participer à cette réflexion. Si tu en es d'accord, il te suffit de cliquer sur le lien suivant : <lien vers l'inscription> ou si tu le préfères, tu peux me répondre et je m'occuperai moi-même de ton inscription.

En attendant d'avoir le plaisir d'échanger avec toi.

Amicalement.

Jean-Michel Cornu

Exemple de message de relance (pour un homme et utilisant le tutoiement)

Cher <prénom>,

Les premiers échanges commencent ces jours-ci dans le groupe Innovation Monétaire. Si tu souhaites suivre ce qui va se dire sur une redéfinitions des fonctions de la monnaie et de ce qu'elles rendent possible (voir à y contribuer si tu en as le temps), je te propose de cliquer sur le lien suivant : <lien vers l'inscription> ou si tu le préfères, de répondre à ce mail et je m'occuperai moi-même de ton inscription.

Bien amicalement

Jean-Michel Cornu

[copie du mail précédent d'invitation]


Le premier tour d'échanges
Une fois que le nombre des participants se rapproche de la centaine, la premi√®re chose √† faire est de proposer √† chacun de se pr√©senter bri√®vement en une ou deux lignes en y ajoutant ce qu'elle attend du groupe et √©ventuellement ce qu'elle peut y apporter. Ce premier "tour de table" peut sembler inutile en particulier dans les r√©seaux sociaux o√Ļ chacun dispose d'un profil, mais il a avant tout pour fonction de faire parler le maximum de personnes une premi√®re fois avec une question tr√®s simple √† laquelle il est possible de r√©pondre imm√©diatement. Ceux qui ont d√©j√† post√© un message ont beaucoup plus de chance de contribuer par la suite, permettant un nombre plus important de contributeurs (outre ceux qui ont tendance √† contribuer syst√©matiquement...). Il permet de montrer aux membres du groupe qu'ils sont nombreux et que beaucoup d'autres personnes contribuent, ce qui est √©galement un facteur pour faciliter la participation. Pour lancer ce premier tour de table, il peut √™tre n√©cessaire de faire appel √† des "complices" qui vont r√©pondre tr√®s rapidement pour se pr√©senter et ainsi monter une premi√®re activit√© qui incitera les autres participants √† se pr√©senter √©galement. Ce type de tour de table peut permettre jusqu'√† 40% de participation sur les grands groupes.

Ce premier mail d'invitation à se présenter est également l'occasion de proposer des règles simples et courtes pour le fonctionnement du groupe qui sont facilement acceptables par tous et qui permettront ensuite d'être légitime à faire des remarques à des contributeurs qui ne les respecteraient pas.


Pour en savoir plus : exemple de trois règles courtes de fonctionnement
Petit rappel des règles pour nos échanges:
  • Soyez court : un mail √©gal au plus √† un √©cran (sauf pour les synth√®ses...).
  • Soyez constructif : personne n'a toute les solutions, chaque contribution enrichit le d√©bat.
  • Osez contribuer et accueillez les nouveaux contributeurs : il n'y a pas d'id√©es inutiles.


Si la constitution du groupe prend beaucoup de temps (au-del√† de quinze jours), il peut √™tre n√©cessaire avant le tour de table, d'envoyer un premier message d'attente indiquant que d'autres personnes s'inscrivent en ce moment et que les discussions vont bient√īt commencer. Par contre, il n'est pas n√©cessaire d'attendre que la totalit√© des personnes soient inscrites pour commencer le tour de table (il peut rester apr√®s quinze jours d'invitation quelques relances individuelles).

Une fois dépassé la centaine de participants et le premier tour de table ayant permis au maximum de personnes de parler, le groupe est maintenant prêt pour faire un travail d'intelligence collective. Souvent le cycle de présentation se continue alors que la première question thématique est posée. Cela est normal, au fur et à mesure que les participants voient que de plus en plus de personnes se présentent et contribuent, il y a une certaine pression qui les incite à se présenter à leur tour. D'autres ne se présenteront pas. Il est important alors dans les messages d'animation de faire comprendre que l'on ne doit pas se sentir coupable de ne pas avoir participé (dans un grand groupe, la non participation est la norme), mais que ceux qui veulent apporter une idée, même simple et à n'importe quel moment, sont les bienvenus, qu'ils aient contribué auparavant ou non.
Par ailleurs, dans le groupe, identifiez un ensemble de "complices" : des personnes que vous connaissez bien et que vous pourrez contacter individuellement pour leur demander de contribuer afin "d'amorcer la pompe" et ainsi cr√©er un effet d'entra√ģnement pour les r√©actifs du groupe.

Veille, compréhension commune et idéation : une cartographie itérative

Cette phase comporte une alternance de périodes de contributions puis de synthèses sous la forme d'une carte textuelle donnant une vision d'ensemble de la compréhension du problème à un instant donné. Elle peut se décomposer en 3 grandes fonctions : la veille, la construction d'une compréhension commune et l'identification de nouvelles idées. Il peut être intéressant de les introduire l'une après l'autre mais elles continuent ensuite souvent en parallèle. Ainsi, une compréhension plus fine de certaines ramifications de la question initiale va pousser certains à citer des sources de veille et de nouvelles idées vont souvent obliger à réorganiser le savoir antérieur avec une classification améliorée.
La question initiale
La phase commence par l'énoncé de la question ou mieux, lorsqu'un travail préparatoire à été fait, par une première cartographie. Le débat est d'autant plus motivant pour les contributeurs qu'il est déjà suffisamment avancé tout en laissant de nombreux domaines à explorer. A partir de cette question ou de cette carte textuelle, il s'agit maintenant de demander aux membres du groupe les notions qui leur semble manquer et dans un premier temps de citer des sources pertinentes de travaux dans ces différents domaines (veille).

Comme à chaque mail étape, les règles peuvent être rappelées brièvement (voir plus haut "exemple de trois règles courtes de fonctionnement").
Les contributions : des "complices" aux "réactifs"
Pour susciter les premi√®res contributions qui vont ensuite d√©clencher les suivantes, il est possible de faire appel √† des "complices" : contactez directement en dehors des messages collectifs quelques personnes du groupe que vous connaissez bien en leur demandant de r√©agir √† votre message le plus rapidement possible pour "amorcer la pompe". Bien s√Ľr, vous ferez cela juste avant d'envoyer le mail initial ou les cartographies interm√©diaires. M√™me si tous vos complices ne r√©agiront pas, le fait de les contacter en direct augmente tr√®s significativement le pourcentage de ceux qui enverront une contribution. En contactant ainsi entre 6 et 10 personnes, vous vous assurerez environ 3 √† 5 premi√®res contributions qui permettront de faire r√©agir les autres participants.

Laissez √©galement un peu de temps (en g√©n√©ral une semaine ou un peu moins si il y a beaucoup de contributions) pour que ceux qui le souhaitent puissent r√©agir. Dans les groupes o√Ļ tout le monde voit toutes les contributions (liste de discussion par exemple), les r√©ponses des autres a un effet d'entra√ģnement. Pour les groupes ou seuls certains messages sont re√ßus par tous, il peut √™tre utile de construire rapidement un message contenant une s√©lection de contributions re√ßus juste apr√®s votre envoi (un ou deux jours apr√®s la question initiale ou la carte interm√©diaire). Ces contributions contiendront bien s√Ľr celles de vos "complices", mais aussi peut √™tre d'autres contributions plus spontan√©es.

Il est possible √©galement de relancer en indiquant des domaines moins bien couverts. Vous pouvez aussi proposer d'identifier des √©l√©ments de veille (avec des r√©f√©rences ou des URL), d'am√©liorer les diff√©renciations entre deux concepts proches (et portant parfois le m√™me nom) pour aboutir √† une meilleure compr√©hension commune ou encore de proposer de d√©velopper des id√©es nouvelles non encore identifi√©es. Souvent les participants se concentrent sur certaines approches en continuant les discussions dans le m√™me sens. Socrate, dans les √©crits de Platon, appelait la ma√Įeutique 22 "l'art de faire accoucher les esprits" en posant des questions. En proposant au groupe de d√©velopper plus particuli√®rement telle partie ou telle approche, vous am√©liorerez la qualit√© du r√©sultat final.


Pour en savoir plus : la méthode des 6 chapeaux
La méthode des 6 chapeaux d'Edward de Bono 23 permet d'identifier les angles des différentes contributions. Il devient ainsi possible de relancer le groupe vers des approches insuffisamment développées :
  • chapeau blanc : quelles id√©es peut-on proposer d'un point de vue rationnel ?
  • chapeau rouge : que peut-on y ajouter d'un point de vue √©motionnel et intuitif ?
  • chapeau noir : quels probl√®mes cela pose d'un point de vue n√©gatif ?
  • chapeau jaune : quelles opportunit√© nouvelles d'un point de vue positif ?
  • chapeau vert : reprenons l'ensemble d'un point de vue cr√©atif
  • chapeau bleu : quelle organisation pour d√©velopper le contr√īle du processus ?


Des méthodes plus complètes permettent d'identifier les domaines mal couverts dans un débat afin d'en assurer une qualité optimale 24.
Cette partie de l'itération peut aussi se faire lors de séances en ligne ou en présentiel, en complément des échanges en ligne asynchrones. Nous avons ainsi soumis la carte en cours sur le sujet de l'innovation monétaire 25 dans deux ateliers de travail à Marseille et Paris dans le cadre des rencontres Lift en demandant aux participants ce qui leur semblait manquer. Bien que l'assistance comprenne à la fois des participants au groupe et des personnes qui découvraient le travail, la présentation de chaque partie de la carte a permis à chaque fois une discussion avec des pistes nouvelles et des nouveaux concepts distingués. Ces rencontres ont permis à chaque fois de mettre à jour la carte qui a ensuite été resoumise au groupe en ligne. Une troisième rencontre a été organisée au lieu du design à Paris en y invitant trois intervenants de disciplines différentes (anthropologie, économie et philosophie) à réagir à la carte résultant des travaux collectifs. Dans un autre groupe, une phase de contribution a été testée lors d'une séance en ligne portant sur la stigmergie 26 (un mécanisme de coordination indirecte entre les acteurs qui permet un mode d'auto-organisation distribuée) en y ajoutant des éléments de la méthode SECI d'animation de séance proposée par Nonaka et Takeushi 27. Il est ainsi possible de mixer des itérations lors d'échanges asynchrones en ligne (d'une durée d'une demi semaine à une semaine) et des séances en ligne ou en présentiel (d'une durée comprise entre 1h30 et 3h), afin d'avoir un maximum de diversité parmi les contributeurs. Même parmi ceux qui assisteraient à la fois aux séances et aux échanges en ligne, certains sont plus à l'aise avec des contributions écrites ou orales.
La cartographie textuelle
Une fois par semaine, ou deux fois si les contributions sont nombreuses, améliorez la carte qui synthétise les différents éléments de veille, de compréhension et d'idées nouvelles proposés par le groupe.
La première étape consiste à attraper les éléments de contribution dans les différents messages du groupe. Un message peut comprendre deux ou plusieurs contributions. Pour faciliter leur utilisation, il est possible de les caractériser par une phrase reformulée, tenant sur une ligne maximum. Gardez également le nom du contributeur afin de faciliter les mécanismes d'estime dans le groupe 28.
L'étape suivante consiste à compléter la carte textuelle du débat (ou la créer si c'est la première fois) en y insérant les nouvelles contributions aux endroits judicieux. Cette opération nécessite souvent de réorganiser la carte en ajoutant des niveaux pour distinguer des concepts qui étaient confondus auparavant.
La carte a pour but de donner une vision d'ensemble des √©changes. Elle se pr√©sente sous la forme d'une liste √† point structur√©e contenant diff√©rents niveaux. Les contributions sont exprim√©es √† raison d'une id√©e par ligne afin de conserver la carte la plus courte possible et √©viter au maximum l'utilisation des ascenseurs pour la d√©rouler sur l'√©cran. A la fin de chaque ligne peut √™tre ajout√© le pr√©nom du contributeur. L'objectif est de permettre de circuler sur la carte textuelle comme on d√©place notre regard sur une carte graphique : plut√īt que de n√©cessiter la lecture compl√®te de la carte, nous devons pouvoir identifier rapidement les √©l√©ments cl√©s et ensuite regarder plus en d√©tail uniquement les parties qui nous int√©ressent. Pour cela, l'utilisation des gras, soulign√©s, italiques ainsi que les parties √† la fois en gras et soulign√© permettent de faire ressortir certains mots ou groupes de mots importants. Il est √©galement possible d'utiliser des couleurs telles que le rouge pour indiquer des √©l√©ments particuliers.


Pour en savoir plus : exemple d'une carte sur la façon de présenter la coopération
Quelle coopération vendre ?
  • 1) D√©fendre l'int√©r√™t g√©n√©ral en oubliant l'int√©r√™t particulier √† court terme. (altruisme) (Mathieu)
    • Il existe des fondements mais complexes (th√©orie des barbes vertes...).
  • 2) Faire converger sur le long terme l'int√©r√™t collectif et particulier. (Michel)
    • C'est le fondement de la coop√©ration. (Jean-Michel)
    • Il existe des mod√®les √©conomiques : collaboration radicale, coopetition. (Gatien)
    • Quels exemples simples pour comprendre facilement ?
Comment faire converger l'intérêt individuel et l'intérêt collectif.
  • Donner une vision √† long terme. (Mathieu)
    • "L'ombre du futur" dans le jargon des √©conomistes. (Gatien)
  • D√©velopper l'abondance plut√īt que la raret√©. (Jean-Michel)
  • Favoriser des m√©canismes d'estime.
  • Participer √† une oeuvre collective et la mettre en commun. (Michel)
  • Transformer les m√©canismes de soutien aux projets. (Michel)
La coopération peut nous faire gagner du temps... ou en perdre...
  • Par les contacts qu'elle apporte. (mise en r√©seau)
  • Appartenir √† une communaut√© cr√©√©e de la confiance et de la l√©gitimit√©. (Richard)
  • La production du groupe peut nous faire gagner du temps (mutualisation). (Philippe Olivier)
  • Mais il faut savoir rendre la coop√©ration moins consommatrice en temps.
    • Pour les participants : m√©thode d'√©change en ligne. (Jean-Michel)
    • Pour les animateurs : en √©tant "fain√©ant intelligent" comme Linus Torvarld. (Michel)
La coopération peut nous faire gagner de l 'argent... ou en perdre. (C'est cet aspect que j'aimerais voir étoffer)
  • Mieux vivre collectivement : rediriger des fleuves pour irriguer des terres. (Mathieu)
  • Des mod√®les √©conomiques innovants (cf. libre, web 2, musique...). (Jean-Michel)


La carte n'est pas simplement une synthèse de la discussion. En effet, en la réorganisant, l'animateur voit souvent le premier des distinctions supplémentaires qui "sautent aux yeux". Il ne doit pas se priver de les ajouter sur la carte, car la prochaine itération de commentaires pourra éventuellement invalider son choix ou le compléter.
La fin de la phase
Au bout d'un certain nombre d'itérations, les contributions se tarissent et les participants n'ajoutent plus de nouvelles idées. Cela peut arriver dès la première itération (mais dans ce cas, les idées des contributeurs ne se sont pas croisées) mais on observe des échanges qui comprennent jusqu'à sept itération 29. Si par ailleurs, l'animateur estime que suffisamment d'angles sont couverts (voir par exemple la méthode des six chapeaux plus haut), alors une carte finale peut être diffusée au groupe. Il s'agit alors de faire éventuellement des choix et surtout de présenter les résultats sous une forme qui soit accessible à des personnes qui ne connaissent pas le sujet.

Choix : le consensus approximatif

Pas toutes les discussions nécessitent de faire des choix. Il est parfois plus utile de tout conserver pour montrer un maximum d'approches par exemple lorsque l'on souhaite produire un guide sur comment mettre en place un projet 30. Dans d'autres cas au contraire, il faut choisir collectivement parmi la diversité des idées proposées, les actions qui seront mises en oeuvre par le groupe ou les propositions qui seront retenues. La méthode utilisée pour la phase précédente permet d'atténuer le problème posé par la tendance de chacun à d'abord défendre son point de vue en opposition de celui des autres. Les idées les plus intéressantes sont souvent celles qui émergent au bout de plusieurs itérations. Même si elles sont proposées par un des participants, elles sont le fruit de nombreux croisements et ne peuvent plus être attribuées à une personne unique (même si on met en général le prénom de la personne qui a fait la proposition dans la carte textuelle). Il est plus facile de faire choisir à des personnes parmi des idées collectives que parmi les idées de ces mêmes personnes.
Une approche qui a montr√© son efficacit√© est celle du rough consensus. Il ne s'agit ni d'un consensus (difficile voir impossible √† atteindre) ni d'un vote qui par d√©finition laisse de cot√© les choix d'une partie des participants. Dans le rough consensus (consensus approximatif), la question pos√©e est "quelqu'un a-t-il une objection majeure au choix propos√©". Tout comme dans les grands groupes o√Ļ la participation est l'exception et la non contribution la majorit√©, le rough consensus ne demande la r√©action que de ceux qui auraient une v√©ritable difficult√© avec le choix propos√©. Il est ainsi possible d'arriver √† une situation o√Ļ les choix faits, m√™me s'ils ne sont pas ceux qu'auraient fait chacun des membres du groupe, sont suffisamment acceptables pour tous.
Le rough consensus est une des bases de l'IETF, Internet Engineering Task Force, la communaut√© qui depuis 1986, d√©fini les standards de l'Internet. Malgr√© les enjeux importants que repr√©sentent le choix d'un standard plut√īt qu'un autre pour beaucoup d'acteurs industriels, les m√©thodes de l'IETF ont permis de d√©velopper des standards accept√©s par tous 31.

Rédaction du texte : relecture collective

Une fois tous les éléments de référence, les concepts et les idées identifiés par le groupe - et une fois éventuellement des choix opérés dans ces idées - il reste à transformer le tout en un document lisible par une personne extérieure au groupe ne connaissant pas le sujet. Cette phase se fait de façon plus traditionnelle avec un ou quelques "scribes" qui font la rédaction et l'ensemble du groupe qui relit et commente.

La relecture par le groupe est nécessaire car même avec la meilleure volonté du monde, personne ne comprend l'ensemble des subtilités inscrites dans la cartographie finale, pas même l'animateur qui l'a réalisée ! Ainsi, en rédigeant l'ensemble sous une forme plus littéraire, il n'est pas rare d'utiliser ce que l'on peut prendre comme des synonymes pour alléger le style. Mais un des contributeurs pourra faire remarquer que si le terme utilisé dans la cartographie est juste, cela n'est plus le cas dans le texte proposé. Il reste donc beaucoup d'éléments implicites dans la cartographie finale. Si celle-ci est acceptée par tous les membres du groupe, une formulation légèrement différente qui pourrait ne pas prêter à conséquence pour la majorité des personnes, peut ne s'avérer plus acceptable par certains.

La cartographie réalisée par le groupe peut engendrer un texte d'une ou deux pages ou bien un document important. Ainsi, dans le cas du groupe sur l'innovation monétaire, les six semaines de débat en ligne et les trois séances de travail ont permis 7 versions de la cartographie et ont abouti à un livre de 160 pages 32. La méthodologie Book sprint 33 utilisée par Floss Manuals 34 pour réaliser des livres collectifs en une semaine peut être utile. Un ensemble de personnes est réuni pendant cinq jours. Chacun rédige des parties du livre. Dans notre cas, il ne s'agit pas tant d'experts d'un domaine qui vont apporter leur connaissance que de personnes ayant participé aux échanges et qui vont chercher à transcrire le plus fidèlement possible la cartographie finale sous une forme accessible. Le sommaire est réparti entre les différents participants (suffisamment nombreux pour pouvoir rédiger leur partie en quelques jours) et chaque partie rédigée est mise en ligne et soumise aux commentaires du groupe. Des outils qui permettent de commenter en ligne tels que Co-ment 35 ou Google Drive 36 sont utiles à cette étape.

Une fois la rédaction terminée et validée par le groupe, il reste encore un travail d'édition pour traquer les fautes, améliorer le style et homogénéiser le tout. A ce stade, il est important d'éviter d'ajouter des erreurs. Aussi, il est intéressant d'avoir le texte final proposé avec les modifications apparentes par rapport au texte proposé par les rédacteurs (texte ajouté souligné et texte retiré barré), afin de permettre une dernière relecture plus aisée par le groupe en se concentrant uniquement sur les changements.

Une fois le travail entièrement terminé, il reste encore à diffuser largement le résultat en ligne et/ou sous la forme d'un livre imprimé. L'utilisation d'une licence Creative commons de type "cc - by -sa 3.0" 37 permet de faciliter sa diffusion et son appropriation par une large communauté.


Crédits photo : AJC1 sur Flickr - CC-By-SA

Comprendre par vous-même ce qui se passe dans votre groupe

Auteur de la fiche : Jean-Michel Cornu
Licence de la fiche : Creative Commons BY-SA
Description : Il n'y a pas une fa√ßon unique de bien faire fonctionner un groupe qui pourrait vous √™tre apport√©e par l'ext√©rieur. Au contraire, c'est aux participants du groupe de se poser les bonnes questions - sans en oublier - pour trouver les r√©ponses adapt√©es. Ce questionnaire vous permet d'√©tudier votre groupe sous toutes ses coutures. Il peut √™tre rempli par le ou les animateurs mais encore mieux, par tous les membres, m√™me ceux qui sont peu ou pas actifs.

Note : avant d'utiliser ce questionnaire, lisez au préalable La coopération en 28 mots-clés

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Concevoir une formation

Auteur de la fiche : Outils-R√©seaux
Licence de la fiche : Creative Commons BY-SA
Description : Une m√©thodologie de conception formalis√©e en 6 √©tapes :
  • √Čtude pr√©alable
  • Analyse des informations.
  • Conception d'architecture.
  • Conducteur de stage.
  • R√©alisation des supports.
  • Finalisation.

1. √Čtude pr√©alable

La première étape de la conception d'une formation est un travail d'enquête sur les futurs participants et leurs besoins quant à la formation.
L'échange avec le commanditaire est important afin de bien cerner la demande exprimée par ce dernier (cahier de charge ou appel d'offre) et d'identifier les vrais besoins de formation.

Conna√ģtre son public

Des questions à se poser :
Qui sont-ils ? Quel est leurs métiers et comment évoluent-t-ils ? Ont-ils de l'expérience ? Ont-ils une formation initiale ? Comment le projet de formation leur sera-t-il présenté ? Qu'ont-ils besoin de savoir ? Quelles conditions sont favorables à leurs apprentissages ?....

Identifier les besoins en formation

Premier critère de qualité d'une formation : elle doit répondre aux besoins des participants.
Dans ce contexte, le besoin se définit comme un écart entre les compétences constatées et les compétences attendues.

besoin2.fpg



Que signifie le mot "compétence" ?
C'est un savoir-agir résultant de la mobilisation et de l'utilisation efficace d'un ensemble de ressources internes ou externes dans un contexte professionnel.
  • ressources internes : savoir, attitudes (savoir-√™tre), habilit√© (savoir-faire).
  • ressources externes : environnement, motivation...

Comment identifier les compétences initiales ?
  • entretiens avec les futurs stagiaires (ce qui est rarement le cas)
  • questionnaire pr√©alable.

Comment identifier les compétences à atteindre ?
  • entretien avec le commanditaire
  • observation sur le terrain
  • analyse de l'√©volution du contexte professionnel (quel sera le futur contexte professionnel du stagiaire ?) ...

Identifier le contexte

Quel est l'origine du projet de formation ? En quoi est-ce un enjeu qui relève de la formation ? Pourquoi maintenant ? Quelles sont les ressources et moyens déjà disponibles ? Quels sont les freins? Quelles peuvent être les conséquences de la formation sur l'environnement des stagiaires ? (quels impacts aura la formation sur l'environnement des stagiaires ?)...

Choisir une idée mobilisatrice

Pour faire na√ģtre et soutenir l'int√©r√™t autour du projet, il est utile de cristalliser les attentes autour d'une id√©e forte, d'un th√®me porteur qui accompagnera le projet tout au long de son √©volution. Cette id√©e servira bien souvent de fil rouge, de guide tout au long de la conception.

2. Analyse des informations

Il s'agit d'être force de proposition en formulant les besoins identifiés en objectifs de formation, déclinés en contenus (connaissances) à transmettre et la manière de le faire (méthodes).

Choix d'objectifs

Pour démarrer la conception d'une formation correctement, il faut s'assurer de disposer d'un objectif de formation précis et correctement formulé.

L'objectif est important car il est :
  • un contrat : vis-√†-vis du stagiaire, vis-√†-vis d'un commanditaire.
  • Un garde-fou : face √† une grande quantit√© d'informations. Le crit√®re est simple : en quoi dire ou faire faire ceci aidera-t-il les personnes √† atteindre l'objectif vis√© ?

Pour commencer il faut clarifier les objectifs généraux de la formation (stage). On peut les formuler à l'aide de la phrase : "A la fin de la formation, le stagiaire devra être capable de ...."
Ensuite, il convient de diviser cet objectif en sous-objectifs associables aux différentes séquences du stage...(trois champs doivent être couverts : les savoirs, savoir-faire, savoir-être)
Dernière étape consiste à hiérarchiser ces sous-objectifs en précisant ceux qui peuvent éventuellement être supprimés si on ne dispose pas d'assez de temps.

A savoir :
Les objectifs s'expriment en verbe.
La grille SMART permet de s'assurer rapidement de la qualité des objectifs. Un bon objectif est :
  • Sp√©cifique
  • Mesurable
  • Atteignable
  • R√©aliste
  • Temporellement d√©fini

Choix des contenus

A partir des objectifs, les contenus et les séquences se précisent. Il s'agit de déterminer les connaissances : concepts, informations, exemples, activités...
Tout ce dont l'apprenant aura besoin pour acquérir les compétences identifiées.

Méthodes

Savoir choisir des méthodes pédagogiques adaptées c'est savoir faire preuve de pédagogie.
La méthode définit le mode de transmission par le formateur et le mode d'acquisition par l'apprenant. Il existe 4 grandes méthodes pédagogiques :

methode1


Les avantages et inconvénients des différentes méthodes pédagogiques

methavant1


Indicateurs d'évaluation

Ce dernier points de l'analyse pédagogique des informations. Il s'agit d'identifier les critères qui permettent d'affirmer qu'un objectif est atteint.
C'est un travail fastidieux mais il est important de l'entamer dès la conception du dispositif de formation.

3. Conception de la trame de formation

Toutes les informations étant collectées, il s'agit, à cette étape, de travailler l'itinéraire pédagogique. La principale question de cette étape est : comment atteindre l'objectif de formation ?

Compte tenu du niveau initial de publics :
  • soit on peut le faire en une s√©quence mais c'est rarement le cas,
  • soit, on peut diviser la progression en plusieurs √©tapes interm√©diaires (s√©quences, modules...).

Découpage en séquences

Le d√©coupage en s√©quences est plus fr√©quemment utilis√© dans la conception des formations courtes (1-3 jours). Dans les parcours plus longs, on parle plut√īt de modules pour d√©signer ces √©tapes interm√©diaires.
A chaque étape (séquence ou module) correspond un objectif intermédiaire appelé "objectif pédagogique" .

Comment procéder ?
Pour matérialiser la réflexion pédagogique on peut utiliser un "tableau de séquencement"
ex :

séquence/module (nom/ code) objectif contenus technique technique durée
M : 1 objectif conna√ģtre les concepts li√©s √† la coop√©ration cours 12 facettes de la coop√©ration expos√©e 3 h
M : 2
M : 3

Trame ou ruban pédagogique

La trame est une organisation des séquences dans le temps. Elle permet d'avoir d'une vision globale de la formation mais aussi d'adapter la progression des séquences aux contraintes externes (vacances, jours fériées, événements spécifique au contexte des stagiaires) ou rythmes quotidiens de la journée pour les stages courts en présence.

Caractéristiques de la bonne trame :
  • Logique et progressive.
  • Dot√©e d'un bon rythme ( r√©gularit√©...).
  • Qui alterne les techniques.
  • Qui respecte les contraintes externes (p√©riodes de vacances...).

Exemples

Règles

La conception d'une trame doit prendre en compte plusieurs paramètres : les contraintes liées au contexte, les besoins des publics, les principes pédagogiques...
Pour aller plus loin : voir quelques principes pédagogiques qui aident à séquencer la formation

4. Conducteur de stage

A ne pas confondre avec un ruban pédagogique !
Le conducteur est un appui pour l'animation de la formation. C'est un fil rouge. Il décrit minute pas minute le déroulement de la journée, l'animation des séquences, le temps prévu ...
Il sert seulement au formateur qui, pour réussir la formation, doit être en relation avec les personnes, et par conséquent, doit se décharger des questions d'organisation.

5. Concevoir les supports de cours

C'est l'étape la plus "opérationnelle" de la conception. Selon le choix d'objectifs, de contenus de méthodes et techniques, le formateur prépare ses supports.
Les formes de ces supports peuvent √™tre multiples : expos√©, activit√©, reportage, jeux de r√īles, jeux de plateaux....

Quelques généralités :
  • Donner l'information la plus fiable (citer ses sources).
  • Donner une information suffisante. Il est utopique de penser que l'information peut √™tre exhaustive. Il faut donc se cantonner √† donner suffisamment d'√©l√©ments pour que l'apprenant acquiert une autonomie et une capacit√© √† aller chercher l'information compl√©mentaire si cela lui semble n√©cessaire.
  • Soigner la forme : "la forme est un fond qui surgit √† la surface".
  • Pr√©parer des supports qui int√©ressent et motivent.
Mots cl√©s :

bf_imageCooperationOuCollaborationQuellesDiff.jpg

Coopération ou collaboration : quelles différences ?

Auteur de la fiche : Outils-r√©seaux
Licence de la fiche : Creative Commons BY-SA
Description : Entre la coop√©ration et la collaboration, la diff√©rence est nuanc√©e.
F. Henri et K. Lundgren-Cayrol analysent de manière très éclairante la différence entre ces deux notions.
La présentation qui suit reprend largement cette analyse.

La première différence : comment partage-t-on le travail ?

De manière générale, les groupes collaboratifs et coopératifs travaillent ensemble sur un but commun ou partagé.
C'est dans la manière de partager le travail que la différence est la plus visible :

En coopérant

cooperatio




Le groupe est divis√© en √©quipes sp√©cialis√©es qui r√©alisent une partie de t√Ęche. Les membres de chaque √©quipe ont des responsabilit√©s sp√©cifiques. L'ensemble est r√©alis√© seulement quand tous les membres ont fait leur part de travail.

La première différence : comment partage-t-on le travail ?

En collaborant


cooperatio



Les membres du groupe travaillent pour un but commun. Mais chacun, individuellement, cherche à atteindre par lui-même le but consensuel. Deux productions se font en parallèle : une production collective et les productions individuelles de chaque participant.

Autres différences

De cette mani√®re de r√©aliser la t√Ęche commune, d√©coulent d'autres diff√©rences :
  • La maturit√© des groupes
  • Les interactions entre les personnes
  • La mani√®re de consid√©rer le but

La maturité des groupes

  • La d√©marche coop√©rative est plus structur√©e et encadrante. L'animateur organise et "contr√īle" le travail. Ce type de travail convient davantage au "groupe-enfant";
  • La d√©marche collaborative est plus souple et les membres du groupe disposent de plus de libert√©, Elle convient davantage au "groupe-adulte".

maturité groupe

On peut voir la démarche coopérative comme une méthode d'initiation et de préparation à une réelle collaboration.

Les interactions entre les personnes

Les interactions entre les membre des groupes jouent un r√īle central :
  • En coop√©rant la compl√©mentarit√© des t√Ęches cr√©e un sentiment de d√©pendance r√©ciproque, les interactions sont de ce fait tr√®s fortes mais "hi√©rarchis√©es".
  • En collaborant c'est la mise en commun des id√©es qui priment, les interactions ont plut√īt un caract√®re "associatif", elles sont donc plus riches et plus intenses.

La manière de considérer le but

Pourquoi travaillons-nous ensemble ?

coop



En coop√©rant, chaque membre est responsable d'une action ou sous-t√Ęche. Le but est une production collective, c'est le groupe en tant qu'entit√© qui atteint un but.

coll



Dans les démarches collaboratives chacun utilise l'ensemble des ressources dans le groupe.

En conclusion


Coopération collaboration
Eric Grelet - CC By Sa


Ces deux notions ne sont pas encore "stabilisées" bien que on s'accorde sur le fait que la collaboration implique un processus plus "démocratique" : les rapports sont plus égalitaires.

Les filtres culturels sont forts et dans les deux cas peuvent avoir une connotation "négative" :
  • "Collaborer" renvoie √† l'histoire sombre de la guerre 39-45.
  • "Coop√©ration" s'associe avec la politique abusive des pays riches en Afrique.


En réalité la différence entre ces deux manières de faire n'est pas si tranchée : on passe facilement d'une démarche à l'autre.

Dessin : √Čric Grelet - CC-BY-SA

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Coopération ouverte et/ou fermée ?

Auteur de la fiche : Corinne Lamarche - SupAgro Florac
Licence de la fiche : Creative Commons BY-SA
Id√©es d√©velopp√©es par l'auteur dans le domaine de la coop√©ration dans ce livre, cette conf√©rence :

Nous sommes "programmés" pour coopérer

Le comportement coopératif de l'homme est du, en partie, à son évolution génétique. Il est lié au degré d'apparentée et aux attentes identitaires.
Selon la théorie de l'évolution, nous aurions, au fil des siècles, développé des comportements altruistes, vis à vis de notre groupe de parentèle et d'appartenance.

Coopération fermée

L'altruisme √©volue dans un groupe si celui-ci est en comp√©tition avec d'autres groupes. Plusieurs exp√©riences ont montr√© une propension √† la coop√©ration ferm√©e au sein des groupes de parent√®les et d'appartenance. L'enfant va plut√īt partager avec les membres de son groupe proche et va se m√©fier des autres groupes. L'aspect cognitif et √©motionnel jouant un r√īle important (imitation, langage, croyance, imagination). L'ethnologie nous montre le fait de groupes renfor√ßant leur solidarit√© face √† d'autres, pour garder leurs biens mat√©riels, voire immat√©riels. Dans de nombreuses langues, les terme utilis√© pour le "Nous" et le "Eux" rend vraiment compte d'une distinction linguistique mais aussi comportementale entre "Son" propre groupe, et le groupe des "Autres". A travers l'histoire, et m√™me de nos jours, nous nous affirmons en opposition par rapport aux autres; notre identit√© se construit en s'opposant √† l'autre, et il en va de m√™me pour les groupes. La coop√©ration ferm√©e renforce les liens au sein du groupe d'appartenance, permet un ancrage identitaire fort, valorise les r√©putations, peut se d√©velopper gr√Ęce la comp√©tition.

Coopération ouverte

Cependant, la sp√©cificit√© de l'Homo sapiens, au contraire de N√©andertal, a √©t√© d'√©laborer des formes de coop√©ration de plus en plus ouvertes, √† s'int√©grer dans de larges r√©seaux. L'homme, selon les situations, a une inclination √† la coop√©ration ouverte. Nous coop√©rons plus facilement avec des gens qui eux-m√™mes coop√®rent, et en les observant, nous savons si ce sont de bons coop√©rateurs. Nous pourrions dire de certains comportements coop√©ratifs qu'ils rel√®vent d'un "altruisme comp√©titif", tels que l'action de donner √† des oeuvres caritatives. Cela pourrait √™tre interpr√©t√© comme une recherche de valorisation de soi, d'accroissement de la r√©putation pour √™tre choisit √† son tour par le groupe. Mais que dire de situation o√Ļ l'individu va sauver une vie au risque de perdre sa propre vie? Il n'est pas dans une situation d'altruisme comp√©titif.
Quels sont donc les facteurs qui nous poussent à coopérer au sein de la parentèle ou avec d'autres groupes plus élargis?
La coopération ouverte permet l'accueil de nouvelles personnes et donc de nouvelles connaissances, de nouveaux savoir faire, augmente son exposition au doute (condition nécessaire pour l'innovation).

Les variables pour la promotion d'une coopération ouverte

Tout d'abord quels sont les b√©n√©fices induits par une coop√©ration ouverte? A travers l'histoire et par exp√©rience, il est d√©montr√© l'accumulation culturelle et l'apport d'innovation d√Ľ √† des facteurs g√©ographiques, √©cologiques, d√©mographiques, linguistiques. L'ouverture aux autres, √† une diversit√© de mani√®res de faire et de penser, ainsi que la taille du groupe influe sur la capacit√© d'adaptation et √† une certaine stabilit√© politique.
Trois autres variables sont importantes pour comprendre "les bases évolutionnaires de la coopération humaine et de la manière dont celles-ci sont culturellement modulées":
  • Les sanctions. Elles auront un effet positif si il existe, conjointement, des normes prosociales puissantes, une l√©gitimit√© des acteurs et la confiance dans les dispositifs institutionnels.
  • La notion d'identit√© collective au sens de cr√©er du lien, de faire partie d'un "Nous"; la coop√©ration est li√©e aux motivations et aux √©motions sociales, et non pas √† des motivations instrumentales et √† un objectif utilitariste.
  • Le pouvoir politique, bien qu'il y ait des risques; c'est une affaire de choix moral et d'assumer de passer d'un "Nous" exclusif √† un "Nous" inclusif, de tendre vers un processus agr√©gatif de toujours plus de complexit√© et de diversit√© sociales.

Coopération fermée et coopération ouverte s'expriment de manière simultanées, et chacune présentent des avantages et des inconvénients. Pour répondre aux attentes identitaires de chacun, il faudrait d'abord mettre en avant la nécessité de comportements coopératifs. "Au principe "Identifiez-vous, puis coopérez", on opposerait alors un tout autre principe "Coopérez, puis vous vous identifierez".
Pr√©sentation rapide de l'auteur de l'ouvrage : Jo√ęl Candau : Professeur au D√©partement de Sociologie-Ethnologie de l'Universit√© de Nice-Sophia Antipolis.
Il est membre élu au Conseil National des Universités, membre de la section "Anthropologie sociale, ethnologie et langues régionales" du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques, CTHS (2006-), membre de la Société d'Ethnologie Française, membre du Comité de rédaction de la revue Le monde alpin et rhodanien, expert pour l'AERES et directeur du Laboratoire d'Anthropologie et de Sociologie "Mémoire, Identité et Cognition sociale" (LASMIC, EA 3179).
R√©f√©rence bibliographique : Dussaux Maryvonne, ¬ę¬†¬ęPourquoi coop√©rer¬Ľ, Terrain, n¬į 58, 2012¬†¬Ľ [en ligne], Lectures (2012), disponible sur¬†<http://lectures.revues.org/9185>, (consult√© le 4 f√©vrier 2014).

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Coopérer, entre efficience et résilience

Auteur de la fiche : Jean-Michel Cornu
Licence de la fiche : Creative Commons BY-SA
Description : Robert Ulanowicz est un √©cologiste empiriste connu pour ses recherches sur la mesure de la biomasse dans les √©cosyst√®mes naturels. Ses d√©couvertes dans ce domaine ont des implications philosophiques importantes dans d'autres domaines complexes, comme celui des r√©seaux. Il a constat√© que les syst√®mes totalement optimis√©s ne sont pas durables1. Ainsi, si nous choisissions le plant le plus optimis√© de ma√Įs, par exemple, et ne plantions que celui-l√†, il y a fort √† parier qu'au premier parasite, l'ensemble de la r√©colte serait perdu. Le professeur √† l'universit√© de Maryland, aujourd'hui √† la retraite, s'est alors int√©ress√© √† la durabilit√© des syst√®mes et a montr√© que celui-ci √©tait maximal lorsque l'on trouve le bon √©quilibre entre l'efficience et la r√©silience (qui n√©cessite une plus grande diversit√© au d√©triment de l'efficience, afin d'augmenter la capacit√© d'adaptation aux probl√®mes qui peuvent survenir). Cet optimum se situe un peu plus pr√®s de la r√©silience que de l'efficience (sur un rapport approximativement de un tiers/deux tiers).
C'est √† ce point d'√©quilibre entre optimisation et adaptabilit√©, entre ordre et d√©sordre2, qu'√©mergent de nouvelles possibilit√©s : en un mot, que la possibilit√© d'innovation est maximale. Ce r√©sultat, sur les dangers de seulement optimiser sans d√©velopper l'adaptabilit√©, n'est pas seulement un constat sur les syst√®mes biologiques, mais plut√īt une r√®gle profonde de tous les syst√®mes complexes. Il peut ainsi √™tre appliqu√© au domaine de l'innovation, du fonctionnement en r√©seau, aux choix complexes et aux civilisations elles-m√™mes3.

1 Ulanowicz Robert E., A third window: natural life beyond Newton and Darwin, West Conshohocken, Pa., Templeton Foundation Press, 2009.
2 Beno√ģt Mandelbrot :"Entre le domaine du d√©sordre incontr√īl√© et l'ordre excessif d'Euclide, il y a d√©sormais une nouvelle zone d'ordre fractal". Voir √©galement la notion de "dialogique" d'Edgar Morin qui "unit deux principes ou notions antagonistes, qui apparemment devraient se repousser l'un l'autre, mais qui sont indissociables et indispensables pour comprendre une m√™me r√©alit√©".
3 Tainter Joseph Anthony, The collapse of complex societies, New studies in archaeology [Texte imprim√©] / ed. Wendy Ashmore, Clive Gamble, John O’Shea,... [et al.]. - Cambridge : Cambridge University press, 1976-, Cambridge, Etats-Unis, Etats-Unis, , 2000. L'id√©e que le manque d'adaptabilit√© conduit √† l'extinction a √©t√© reprise et appliqu√©e √† l'√©conomie par Clay Shirky dans l'article "The collapse of complex business models" accessible sur son blog (il aurait mieux valu parler de mod√®le √©conomique compliqu√© et peu adaptable plut√īt que complexe).

Débat mouvant

Auteur de la fiche : Fr√©d√©ric Renier, Supagro Florac
Licence de la fiche : Creative Commons BY-SA
En introduction : Le d√©bat mouvant est un outil d'animation qui permet une prise de parole publique plus facile dans un groupe.
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Famille d'outils : Animation
Pr√©sentation : Le d√©bat mouvant (encore appel√© Jeu de positionnement) est une forme de d√©bat dynamique qui favorise la participation.
  • Un animateur raconte une histoire volontairement pol√©mique. Il propose √† certains moments cl√©s de l'histoire aux participants de se positionner physiquement dans la salle, "ceux qui ne sont pas d'accord avec ce qui vient d'√™tre dit d'un c√īt√©, ceux qui sont d'accord de l'autre".
  • Personne n'a le droit de rester au milieu (sans avis), le fait de se d√©placer r√©ellement pousse √† choisir un camp et des arguments.
  • Une fois que tout le monde a choisi "son camp", l'animateur demande qui veut prendre la parole pour expliquer son positionnement.
  • Pour initier le d√©bat, il peut commencer par demander qui est fortement positionn√© par rapport √† ce qu'il vient de dire.
  • Quand un camp a donn√© un argument, c'est au tour de l'autre camp d'exprimer un argument. C'est un ping-pong. Mais si un argument du camp oppos√© est jug√© valable par un participant, il peut changer de camp.
  • Quand l'animateur le choisit, il cl√īt le d√©bat et poursuit son histoire jusqu'√† la prochaine affirmation ou situation pol√©mique de l'histoire et le d√©bat reprend.
Pr√©-requis :
  • Un minimum de participants (une dizaine).
  • Une histoire pol√©mique dans laquelle les participants peuvent se projeter.
  • Une salle avec de l'espace.
  • Des affiches pour marquer les diff√©rentes zones (d'accord, pas d'accord).
  • Exposer les r√®gles du jeu (personne n'est oblig√© de prendre la parole, mais tout le monde doit choisir un camp).
  • Dur√©e de l'activit√© : 1h30 semble une bonne dur√©e.
Quelques applications :
  • Briser la glace tr√®s rapidement au sein d'un groupe, le fait d'avoir √† se positionner devient vite un jeu et contribue √† la participation.
  • Favoriser la participation d'un maximum de personnes, si l'animateur favorise la prise de parole de ceux qui n'ont pas encore parl√©.
  • Clarifier la position de chacun, donner √† voir la diversit√© d'opinion des uns et des autres.
Prise en main :
Un exemple de débat mouvant organisé par la SCOP Le Pavé
Pour aller plus loin :
  • Possibilit√© de collecter les arguments au fur et √† mesure du d√©bat et d'en faire une carte mentale.
  • Possibilit√© de donner 5 min ou plus √† chaque camp pour peaufiner collectivement ses arguments.
Avantages :
  • Activit√© qui ne n√©cessite pas de mat√©riel.
  • Tr√®s rapide √† mettre en place.
  • Possible de la vivre en ext√©rieur, ce qui a√®re les participants.
  • Dans cette forme le d√©bat redevient un moment de plaisir.
Inconv√©nients :
  • Il n'y a pas de garantie que le d√©bat "prenne".
  • Certains participants peu √† l'aise en groupe ou avec la logique argumentaire peuvent se sentir exclus, cette m√©thode d√©bat doit √™tre compl√©t√©e avec d'autres formes de d√©bat en fonction du temps, des participants et des objectifs.
Licence : Gratuit
Utilisation : Facile
Installation : Ne s'installe pas

Diigo

Auteur de la fiche : Fr√©d√©ric Renier - SupAgro Florac
Licence de la fiche : Creative Commons BY-SA
En introduction : Service en ligne qui permet de retrouver ses adresses internet favorites quelque soit l'ordinateur que l'on utilise √† condition d'avoir acc√®s √† internet.
bf_imagediigo.png
Site officiel : http://www.diigo.com
Famille d'outils : Outils de veille
Pr√©sentation : Diigo permet de sauvegarder dans une base de donn√©es tout ce qui a une adresse internet (page web, billet de blog, vid√©o, podcast, flux RSS, photo en ligne...). C'est une alternative possible √† l'utilisation des marque-pages (encore appel√©s signets, favoris ou bookmarks) du navigateur internet.
Les sauvegarder c'est bien, les retrouver facilement c'est encore mieux. C'est pourquoi chaque bookmark enregistré sera caractérisé par des tags et une description sommaire.
Pr√©-requis :
  • Se cr√©er un compte sur Diigo.
  • Comprendre l'interface en anglais.
  • Comprendre l'int√©r√™t de tagger une ressource internet.
Quelques applications :
  • Enregistrer, caract√©riser et classer ses favoris personnels : pour se cr√©er une base de donn√©es en ligne de ressources. Les favoris peuvent √™tre public ou priv√© (dans ce cas ils sont uniquement visibles quand vous √™tes connect√©s √† votre compte Diigo). Il est possible d'enregistrer une copie de la page (upload cache).
  • Utiliser Diigo comme moteur de recherche : pour l'indexation r√©alis√©e socialement (par la communaut√© des utilisateur Diigo). On explore l'ensemble des bookmarks publics enregistr√©s par la communaut√© Diigo. Les fonctions de recherche avanc√©es sont bien d√©velopp√©es.
  • Afficher l'ensemble de ses tags sous forme d'un nuage : sur un CMS (content management system) comme un wiki, un blog... Voir exemple ici
  • Produire un flux RSS : pour l'ensemble des bookmarks de votre compte Diigo, pour un tag en particulier ou pour un groupe de tags (regroup√©s en liste).
  • Cr√©er et partager des favoris au sein d'un groupe : (public ou priv√©) pour proposer et commenter des ressources. Il existe des flux RSS par groupe et il est possible de d√©finir une liste de tags privil√©gi√©e pour le groupe.
Pour aller plus loin :
  • Utiliser les listes pour g√©n√©rer des rapports en html plus facile √† copier-coller, proposer ses favoris en diaporama (en haut √† droite : play as webslides).
Un exemple de diaporama réalisé à partir de la liste agriculture du compte Diigo de Supagro Florac
  • Relier son compte Twitter √† Diigo, ce qui permet de tweeter les bookmarks choisis ou d'int√©grer ses tweets favoris dans son compte Diigo.
Avantages :
  • La gestion des tags (suppression, modification, ajout) peut se faire facilement sur un ensemble de bookmarks.
  • L'export au format html, via une liste, est tr√®s utile pour la r√©alisation de livrable de veille.
  • La possibilit√© de cr√©er un post-it de commentaire (public ou priv√©), de surligner du texte dans une page ou d'enregistrer une image d'une partie de la page pour chaque bookmark.
Inconv√©nients : Comme tous les gestionnaires de bookmarks, la cr√©ation d'une liste de tags exige de la rigueur, voir quelques conseils ici page 26
Licence : Logiciel propri√©taire, Freemium
Utilisation : Il y a plus facile mais aussi plus compliqu√©
Installation : Ne s'installe pas

√Čcrire pour le web

Auteur de la fiche : Outils-r√©seaux
Licence de la fiche : Creative Commons BY-SA
Description :

La rédaction web : une écriture journalistique potentialisée par le numérique

Contrairement à une idée encore trop largement répandue, écrire pour le web ne s'improvise pas. En dehors d'une capacité à structurer l'information et à la retranscrire, commune à tous les journalistes, cet exercice nécessite une bonne connaissance des enjeux du Net et une méthodologie propre à cet outil, prenant notamment en compte le fait que la lecture de l'internaute est différente que sur un support papier. Il faut veiller à capter son attention, guider sa visite, lui permettre d'aller et venir facilement dans les différentes strates du site au travers de liens et lui fournir directement ce qu'il est venu chercher : une donnée claire, structurée et actualisée.

Des règles d'écriture journalistiques transposées au web

D'une manière générale, la rédaction web reprend les règles de base de l'écriture journalistique de la presse papier. On y retrouve ainsi les mêmes éléments principaux et les mêmes techniques d'écriture que dans un média traditionnel. A savoir :

Le chap√ī et la "titraille"

Les éléments centraux autour desquels s'organise l'article sont :

  • Le titre qui se divise en deux cat√©gories :
  • Informatif : qui n'a pas d'effet de style et se veut simple et clair.
  • Incitatif : qui s'attache √† donner envie de voir l'information. Par exemple : "Cet infiniment petit qui suscite le grand d√©bat" (Article sur les nanotechnologies).

  • Le chap√ī : qui vise √† obliger le lecteur √† lire l'article jusqu'au bout ("ferrer le lecteur").
  • sa forme s'attache √† √™tre vive pour retenir l'attention, aiguiser la curiosit√© et l'int√©r√™t et √™tre originale (dans le contenu et dans la forme).
  • le vocabulaire se compose de mots-cl√©s (pour le r√©f√©rencement) et de verbes expressifs.

  • Les intertitres qui servent √† structurer le contenu, √† offrir plus de clart√© au texte et √† augmenter la visibilit√© par les moteurs de recherche.

La règle des "5 W + H"

La r√®gle des "5 W + H" est un moyen m√©mo technique pour ne pas oublier les informations essentielles qui doivent transpara√ģtre dans l'article. Elle consiste √† r√©pondre aux questions suivantes :
  • Qui : le sujet de l'action ;
  • Quoi : l'action, les faits proprement dits ;
  • Quand : la p√©riode pendant laquelle se sont d√©roul√©s/ou vont se d√©rouler l'action, les faits ;
  • O√Ļ : le lieu o√Ļ ils se sont ou vont se produire ;
  • Pourquoi : leurs raisons d'√™tre ;
  • Comment : leur mani√®re d'√™tre.

Le principe de la pyramide inversée

Pyramide inversee


Récurrent dans le journalisme papier, le principe de la pyramide inversée repose sur le développement des faits par ordre d'importance décroissante. On commence par les informations générales pour aller aux spécifiques. Les informations capitales se trouvent au début suivant le postulat que le lecteur décroche au fur-et-à-mesure. Cette technique amène naturellement à hiérarchiser et structurer les informations. Très utilisée dans le monde de la rédaction web, elle n'est cependant pas, comme on le prétend souvent, incontournable. Le web permet en effet d'utiliser les liens hypertextes pour aller vers le plus spécifique et avoir différents niveaux de lecture.

  • Source : Own work

Ou la "méthode champagne" ?

Aujourd'hui la technique de la pyramide inversée est remise en cause par certains rédacteurs web au profit de la méthode champagne. Proposée par Mario Garcia, un célèbre graphiste, cette méthode consiste à structurer l'information de manière à relancer l'attention du lecteur toutes les vingt et une lignes environ. Le but recherché est que l'internaute reste intéressé par l'article et concentré.

Concevoir des textes lisibles et attractifs : travailler le style

Comme sur le support papier, il est nécessaire de concevoir des textes lisibles et attractifs pour engager la lecture de l'internaute et le fidéliser, en :

Rédigeant des textes agréables. Pour cela il est recommandé de :
  • Humaniser le propos, le rendre vivant : toujours privil√©gier les descriptions, les ambiances.
  • Mettre en sc√®ne son information, la sc√©nariser.
  • Diversifier les angles d'approche.

Acquérant et développant un style. Pour cela il est conseillé de :
  • Lire beaucoup. Apprendre √† lire avec un oeil de sp√©cialiste : ce qui est efficace, ce qui nous pla√ģt.
  • Se cr√©er un univers, en "piochant", en s'inspirant, en √©crivant.
  • S'entra√ģner avec des exercices courts : mini portraits, ambiance, situation, √©cho, billets...
  • Vaincre son amour-propre : faire lire ses textes (m√™me en √©bauche), accepter les critiques, les conseils...
  • D√©brider sa sensibilit√©. Un bon r√©dacteur ne trahit pas l'imp√©ratif d'objectivit√© mais laisse transpara√ģtre son ressenti, son enthousiasme, son indignation... Il rend son article vivant.

Pour disposer de plus d'éléments sur les règles de base de l'écriture journalistique, découvrez le cours qui lui est consacré "Améliorer ses écrits en intégrant méthode et principe journalistique".

Une écriture optimisée par les développements du numérique

Si la rédaction web reprend à son compte les méthodes du journalisme traditionnel, elle ne peut se limiter à transposer simplement des contenus du papier à Internet. Cela ayant en soi peu de valeur ajoutée. Le développement des technologies numériques a permis à l'écriture de s'affranchir de nombreuses limites (le temps, l'espace restreint de diffusion, le nombre de lecteurs etc.) et d'entrer en relation directe avec le lecteur...

Transformer le lecteur en acteur !


Ce qui caractérise l'écriture web de l'écriture journalistique papier est sans nul doute la place accordée à l'internaute. Autrefois simple lecteur, il est devenu avec le Web 2.0 un acteur à part entière qui peut désormais générer du contenu via les commentaires faits sur un article, les discussions dans les forums, les chats ou encore son blog. Il peut également "qualifier" l'information reçue en la relayant et en l'annotant (voir par exemple, la pratique des hashtags sur Twitter). L'interaction est au coeur même de la rédaction web ! C'est elle qui va permettre au contenu d'exister, de s'approfondir et de se propager sur la Toile.

Cette interaction avec l'internaute peut être impulsée puis alimentée par la mise en oeuvre de différentes actions :

S'assurer que le message perçu est bien celui que l'on veut transmettre


nuage
L'interaction avec l'autre suppose une proximit√©. Celle-ci ne peut exister si les propos d√©velopp√©s dans les √©crits du r√©dacteur ne sont pas en ad√©quation avec ce qu'il veut vraiment signifier et la ligne √©ditoriale qui a √©t√© annonc√©e. Il peut ainsi √™tre n√©cessaire de contr√īler la coh√©rence de ses propos en utilisant par exemple les nuages de mots-cl√©s (tag cloud en anglais) qui permettent, au travers d'une repr√©sentation visuelle, de faire ressortir les mots les plus utilis√©s sur un site ou une page web. G√©n√©ralement, ceux-ci s'affichent dans des polices de caract√®res d'autant plus grandes qu'ils sont utilis√©s ou populaires. Ces outils sont ainsi utiles pour prendre de la distance vis-√†-vis de ses √©crits en ayant une vue globale des concepts les plus trait√©s et en rectifiant au besoin le tir pour faire coller ses propos au plus pr√®s de l'id√©e de d√©part.

Parmi les générateurs de mots-clés, se distinguent :

Tagcrowd
Wordle

Permettre à l'internaute d'approfondir sa lecture

L'utilisation des liens hypertextes (dirigés vers l'extérieur) permet de relier ses écrits à d'autres pages qui portent sur le même sujet. Cela offre à l'internaute la possibilité d'approfondir les propos énoncés en ayant accès à des ressources complémentaires et instaure un nouveau dialogue entre les auteurs et les lecteurs. Internet a changé radicalement notre rapport à l'information : celle-ci n'est désormais plus isolée, elle s'insère dans un champ vaste de connaissances ! Faire des liens hypertextes offre ainsi de nombreux avantages :
  • contextualiser le propos et le doter ainsi de plus de mati√®re,
  • fid√©liser le lecteur qui appr√©ciera la richesse du contenu,
  • offrir une visibilit√© suppl√©mentaire √† ses √©crits en l'inscrivant dans un r√©seau plus vaste (les sites faisant l'objet d'un lien, pouvant en faire un sur votre page en retour),
  • capter l'internaute en l'incitant √† rester se balader sur sa page (voir √† ce sujet "L'ergonomie √©ditoriale ou l'art de b√Ętir une architecture de l'information").

Susciter la participation

La communication numérique s'attache moins à produire un contenu qu'à le partager en encourageant les internautes à donner leur avis, à construire une relation inter-lecteurs et à le relayer. Cela passe notamment par :

  • la mise en place de commentaires qui apparaissent de plus en plus comme une prolongation de l'article. Les internautes ajoutant de nouvelles donn√©es, apportant un autre point de vue ou renvoyant sur d'autres contenus pertinents qui abordent le m√™me sujet,
  • la mise en place de boutons de partage sous l'article qui invite le lecteur √† le relayer,
  • le lancement d'une discussion sur un forum,
  • l'appel √† contribution etc.

Ces techniques permettent en outre d'améliorer le contenu en fonction des feedbacks des lecteurs et de fédérer une véritable communauté autour de ses écrits. Allant encore plus loin, un outil comme Wiki offre la possibilité à l'internaute d'ajouter ses propres données à celles existantes et de modifier ces dernières. D'une écriture individuelle, le numérique marque ainsi le passage à une écriture collaborative !

Dépasser les frontières du temps

√Čcriture imm√©diate...

Internet permet d'avoir non seulement une relation directe avec son lecteur mais en plus de mani√®re instantan√©e...Il est aujourd'hui possible gr√Ęce aux r√©seaux sociaux de diffuser du contenu et d'avoir des retours et tout cela en direct ! Twitter, Facebook, CoveritLive...Tous ces outils de "live-blogging" am√®nent √† mettre en place de nouvelles pratiques d'√©criture au sein desquelles le contenu est pens√© comme un support vers une information plus vaste plut√īt que comme une fin en soi. L'√©crit s'inscrit d√©sormais dans un univers plus collaboratif o√Ļ l'auteur assiste en direct √† la diffusion se sa production : elle est reprise sur certains blogs, tweet√©, scoop√©, retweet√©e, comment√©e...Une v√©ritable cha√ģne √©ditoriale se met naturellement en place pour faire vivre cet √©crit, pour peu que celui-ci soit de qualit√©. Cela ne peut que modifier profond√©ment le rapport entre l'auteur et son √©crit, celui-ci √©tant de plus en plus amen√© √† l√Ęcher prise sur sa production, en acceptant d'avoir moins de contr√īle sur sa diffusion, en acceptant √©galement d'√™tre jug√©, parfois s√©v√®rement...Cet √©tat de fait n√©cessite pour celui qui veut publier en ligne de mener une r√©flexion pr√©alable √† son rapport non seulement √† l'√©criture mais aussi √† ce qu'il accepte de montrer de lui. Le passage de l'√©crit priv√© √† l'√©crit public peut √™tre difficile...

... écriture d'analyse

Parall√®lement √† cette √©criture de l’instantan√©, le num√©rique permet une √©criture/lecture d'analyse. En effet, l'apparition des tablettes, smartphones et autres outils de communication nomades a amen√© √† un comportement diff√©rent de lecture, l'internaute pouvant s√©lectionner puis stocker les sources qui l’int√©ressent pour ensuite s'y plonger plus tard, dans un contexte plus favorable. Tout l'enjeu du r√©dacteur web va √™tre ainsi d'adopter de nouvelles strat√©gies √©ditoriales qui poussent le lecteur √† r√©cup√©rer le contenu et √† le lire plus tard, en approfondissant sa lecture. Des outils consacr√©s √† cette fin ont vu le jour : par exemple Pocket (anciennement Read It Later) ou Evernote qui permettent de mettre de c√īt√© les contenus s√©lectionn√©s sur le Web, de les archiver et de les classer √† l’aide de filtres ou d'√©tiquettes.

Enrichir l'information en ligne

Le numérique permet également d'enrichir son article de contenus variés et de mélanger les formats au profit d'un parcours plus riche pour le lecteur ! Loic Hay, spécialiste des services et usages des technologies de l'information, passe en revue quelques widgets (= applications) qui permettent d'enrichir l'information en ligne : création et personnalisation d'un album photos, intégration de modèles 3D, intégration de vidéos etc. Ces extraits vidéos proviennent de l'Explorcamp organisé par la Mitic (Mission des Technologies de l'Information pour la Corse) les 26 et 27 juin 2008 et ayant pour sujet le Web 2.0 :


explorcamp - enrichir contenu par mitic20


explorcamp - enrichir contenu multimedia 2 par mitic20

Rédiger pour le web : halte aux idées reçues !

Enfin, en mati√®re de r√©daction web, les id√©es re√ßues sont l√©gion et tenaces : il faudrait r√©diger des phrases de moins de 15 mots, simplifier le message au maximum, √©viter l’emploi de la n√©gation et de la voix passive, favoriser une structure sujet-verbe-compl√©ment, √©crire en mode scan... En r√©alit√©, comme pour le support papier, la r√©daction doit s’adapter au plus pr√®s √† l’auditoire, aux propos servis, au contexte particulier dans lequel elle s’inscrit. Un texte destin√© √† une revue de sciences humaines ou un site consacr√© √† la philosophie ne peuvent en aucun cas suivre les m√™mes r√®gles qu’un document con√ßu pour mettre en valeur une entreprise ou des produits commerciaux.

L'√©tude Eyetrack, men√©e par le Poynter Institute en 2007, d√©montre bien que les internautes lisent en profondeur sur les magazines en ligne, voire m√™me plus longtemps que sur les magazines papier. Le blog juridique de Ma√ģtre Eolas, le "Journal d'un avocat", qui compte parmi les plus lus en France, en est un parfait exemple. Il montre bien que l'on peut √©crire de longs billets et fid√©liser une large communaut√© de lecteurs.

Formateur 2.0 : une nouvelle manière de faire de la formation

Auteur de la fiche : Outils-r√©seaux
Licence de la fiche : Creative Commons BY-SA
Description :
formateur2zero.jpg

Nouvelles technologies, numérique : nouveaux enjeux pour la formation

Incontestablement, l'avènement du numérique et d'Internet a offert au secteur de la formation d'innombrables possibilités.
Le changement de méthodes qui en découle va au-delà des apports technologiques, et c'est toute l'organisation de l'information de l'espace, de la distance et de la temporalité qui est modifiée.

Facteurs de changement liés aux nouvelles technologies :

  • L'acc√®s illimit√© aux ressources ( ITyPA! ou Internet, Tout Y est Pour Apprendre).
  • L'interaction multidirectionnelle √† distance ; la "pr√©sence √† distance" o√Ļ la valorisation de la relation prend toute son importance.
  • La communication horizontale en r√©seau.
  • L'introduction des r√©alit√©s virtuelles et des micro-mondes.
  • Les logiques de participation port√©es par la culture num√©rique.
Tous ces éléments conduisent à envisager un nouveau modèle d'enseignement :

nouvelmodel


Ce qui implique :

nouvelformation


Notion annexe :

Les opportunités et les défis de TIC pour la formation

Les formateurs du Réseau d'enseignement francophone à distance du Canada REFAD ont identifié de manière très exhaustive les opportunités et les défis liés aux outils du Web 2.0 :

Les opportunités :

  • La mobilit√© et la portabilit√© et donc une flexibilit√© accrue pour les usagers, qui y ont acc√®s de partout en tout temps.
  • Une motivation accrue d'au moins une partie des apprenants, particuli√®rement les plus jeunes, pouvant mener √† une plus grande pers√©v√©rance.
  • L'√©tudiant comme producteur de contenus d'apprentissage, et donc un apprentissage plus visible menant √† une am√©lioration de son appropriation de la mati√®re, de son autonomie et de sa responsabilisation.
  • Des possibilit√©s multiples de coop√©ration, de socialisation et d'√©changes et donc d'apprentissage de la collaboration et du travail d'√©quipe tant pour les √©tudiants que pour les formateurs et les institutions.
  • L'expression sous diverses formes, incluant le multim√©dia, permettant une personnalisation et un soutien √† diff√©rents styles d'apprentissage.
  • La facilit√© et la rapidit√© de la diss√©mination de l'information √† des co√Ľts tr√®s faibles, ind√©pendants de la distance, augmentant sa port√©e.
  • La multiplicit√© ou l'omnipr√©sence d'outils pouvant supporter tous les aspects de l'exp√©rience √©ducative.
  • Un large acc√®s √† des contenus, des experts et des formations, constituant un facteur d'√©galisation, notamment entre les r√©gions.
  • De nouvelles possibilit√©s d'organisation de l'information et de cr√©ation de m√©tadonn√©es.
  • Une occasion d'apprentissage de l'utilisation des m√©dias et outils tic et de la litt√©ratie num√©rique, transf√©rable dans d'autres contextes.
  • Une opportunit√© d'innovation en enseignement, d'ouverture √† de nouvelles fa√ßons de faire et d'innovation organisationnelle, entre autres d'apprentissages plus personnalis√©s et plus contextualis√©s.

Les défis :

  • Le besoin pour les enseignants et les institutions de partager leur pouvoir et leur contr√īle. Une √©volution de l'autorit√© vers la transparence, de l'expert vers le facilitateur, de la pr√©sentation vers la participation.
  • Le soutien √† la motivation et √† la participation n√©cessaire √† l'√©volution du r√īle de l'apprenant d'auditeur passif √† intervenant actif et cr√©atif.
  • Un besoin d'apprentissage de litt√©raties multiples : usage des technologies, comp√©tences informationnelles, gestion de l'identit√© num√©rique, etc.
  • Les questions li√©es √† la propri√©t√© intellectuelle et √† l'√©volution des pratiques de production de contenus et de travaux (assemblages, coop√©rations, etc.).
  • La gestion de l'imm√©diatet√© des communications et de l'√©volution rapide des logiciels sociaux.
  • Les risques li√©s √† la s√©curit√© des informations sur le web et √† la cybercriminalit√©.
  • Le choix des outils et de leur int√©gration, ou non, aux syst√®mes institutionnels.

Dans : WIKIS, BLOGUES ET WEB 2.0 , Opportunités et impacts pour la formation à distance, 2010 Texte intégral

Les pratiques pédagogiques spécifiques

Les raisons pour adopter les nouvelles technologies sont d'abord pédagogiques, en lien avec les besoins des apprenants.
Elles peuvent donc avoir des impacts importants sur la conception du dispositif et sur les modalités d'encadrement. Voici quelques pistes :

La motivation et le soutien à la participation

La conception des formations doit prévoir des fluctuations importantes dans l'intérêt et la participation et mettre en place des mesures pour la susciter et la maintenir au-delà de l'engouement initial. La seule présence des outils ne suffit pas ; L'objectif ou le sens donné par le scénario pédagogique à leur usage demeure un élément central.

Les m√©dias sociaux jouent un r√īle motivateur dans la plupart des exp√©riences √©ducatives. Ils offrent un sentiment d'habilitation aux apprenants et de nouvelles possibilit√©s de socialisation. Ils sollicitent avantageusement la pers√©v√©rance de chacun sur les temps de formation plus long.

Deux éléments liés à la motivation des stagiaires sont souvent indiqués :
  • l'√©valuation de la participation : c'est plus un choix forc√© de la participation que d√©lib√©r√©. C'est aussi un risque d'une participation minimale ne visant que l'atteinte des crit√®res d'√©valuation. Contrairement aux id√©es re√ßues selon lesquelles les √©l√®ves ne feront que les travaux qui seront formellement √©valu√©s, l'absence de contraintes rigides (relatives au blog par ex.) incite les √©l√®ves √† bloguer encore plus. Le dosage entre la contrainte et la libert√© est √† trouver.

  • la diffusion large des contributions : l'ouverture donne de la visibilit√©, de la fiert√© et permet la r√©utilisation. Elle est donc g√©n√©ralement vue comme un facteur de motivation. Cette pratique est syst√©matiquement utilis√©e dans les formations Animacoop. Les stagiaires produisent des contenus diffusables. C'est un travail plus contraignant mais plus appr√©ci√© √©galement (voir : exemples de productions).

Des cheminements individuels, collaboratifs ou coopératifs

La multiplicité des outils de communication utilisables et les besoins différents mènent à une offre diversifiée de cheminements. La bonne posture pédagogique serait alors de varier pour donner aux apprenants aux styles d'apprentissages différents les possibilités d'un cheminement plus adapté.

Les activités collaboratives, facilitées par les outils du Web 2.0, ont cependant un intérêt plus particulier : elles sont à la fois "un bon vecteur d'apprentissage" et un moyen "de favoriser le développement de liens sociaux entre les apprenants", elles permettent de "lutter contre les risques d'isolement et de démotivation particulièrement dans l'apprentissage à distance". Elles permettent d'atteindre simultanément divers objectifs :
  • La r√©alisation,
  • le raisonnement de niveau sup√©rieur,
  • le gain de temps de travail,
  • le transfert de l'apprentissage,
  • la motivation √† la r√©ussite,
  • la motivation intrins√®que et continue,
  • le d√©veloppement social et cognitif,
  • l'attraction interpersonnelle,
  • le soutien social, les amiti√©s,
  • la r√©duction des st√©r√©otypes et des pr√©jug√©s,
  • la valorisation des diff√©rences,
  • la sant√© psychologique, l'estime de soi,
  • les comp√©tences sociales,
  • l'int√©riorisation des valeurs,
  • la qualit√© de l'environnement d'apprentissage... et beaucoup d'autres.

Cependant l'arrivée du numérique ne fait que révéler certains blocages d'un travail (apprentissage) collaboratif : échanger des informations essentielles en vue d'un projet commun avec efficacité est une étape supplémentaire que ne franchissent pas bon nombre d'organisations, faute de culture du partage d'une part, et des besoins élémentaires des individus d'autre part. Le travail collaboratif repose, avant tout, sur le volontariat et ne peut être une obligation.

Un apprentissage et un environnement plus personnalisés

La culture et la multiplicit√© des choix qu'offre le Web 2.0, combin√©es √† ses possibilit√©s de "mise en sc√®ne du je", appellent √† une plus grande personnalisation des cheminements, tel qu'indiqu√© ci-dessus, mais aussi des modalit√©s d'expression et des outils. Il peut s'agir d'une personnalisation tr√®s limit√©e : profils et pages personnelles, photos, etc., ajout√©s √† l'int√©rieur d'un environnement d'apprentissage institutionnel, centr√© sur le cours ou le trimestre plut√īt que sur l'apprenant. Mais plus couramment, tel qu'√©voqu√© au chapitre pr√©c√©dent, on parle d'une remise en cause plus fondamentale o√Ļ l'√©tudiant construit son environnement d'apprentissage personnel, √† partir de son propre choix d'outils, ind√©pendamment des institutions successives qu'il fr√©quentera et o√Ļ il constitue √† la fois son portfolio, t√©moignant de sa formation continue comme de son exp√©rience, et de son identit√© num√©rique.

Des pédagogies actives et des apprentissages plus contextualisés

Les outils du Web 2.0 favorisent de plus un apprentissage dans l'action, plus authentique ou situé. L'apprenant peut par exemple y construire des ressources utilisables par la communauté. Un exemple : articles produit par les stagiaires Animacoop sont réutilisés par les formateurs dans la production de nouveaux cours

Des contenus multimédias

Un autre d√©fi que pr√©sentent ces outils pour les p√©dagogues est l'√©volution vers des ressources d'apprentissage beaucoup moins textuelles. La vid√©o, en particulier, conna√ģt une popularit√© fulgurante.
  • L'utilisation du blog : permet de laisser des traces de ses apprentissages et est excellent dans les pratiques d'√©valuations formatives.
  • Le wiki montre les contributions de chacun √† un travail collaboratif.
  • La vid√©o et la vid√©oconf√©rence permettent d'√©valuer l'expression orale ou l'appropriation des contenus. On peut aussi construire √† partir des contenus existants; par exemple √©valuer ou compl√©ter un article d'un wiki.

L'utilisation de l'outil approprié

Placé devant une abondance de types d'outils, le formateur doit pouvoir choisir ceux qui sont les plus pertinents en regard de l'apprentissage souhaité. Souvent, si son institution ne l'a pas fait pour lui, il doit aussi sélectionner les logiciels pour les supporter. Les discussions entre enseignants sur des forumsspécialisés montrent bien leur perplexité devant la multiplicité des outils offerts et la difficulté d'établir lequel est le plus approprié à leur activité pédagogique.
Plus loin nous vous proposons une petite sélection d' outils classés selon leurs usages.

Accompagnement

Pour dépasser le niveau du simple commentaire ou de la mise en forme, pour progresser vers des apprentissages de plus haut niveau, comme le développement de l'argumentation, de la critique et de la synthèse, un accompagnement pédagogique soutenu est essentiel.

L'encadrement de cheminements interactifs comme ceux que permet le Web 2.0 demande donc non seulement plus de temps, mais aussi une disponibilité plus continue. Pour faire face à ce besoin accru de temps et de disponibilité, plusieurs solutions sont avancées.
  • Le besoin d'√©tablir, d√®s le d√©part, des plages de disponibilit√©. de temps de "micro mentors".
  • Le travail collaboratif. L'encadrement √©tait assum√© en √©quipe de quatre professeurs : "Cette fa√ßon de faire avantage autant les √©tudiants, qui re√ßoivent une r√©ponse dans un d√©lai tr√®s court, que les professeurs, qui se partagent la t√Ęche de r√©pondre aux courriels".

Pour aller plus loin : veille partagée

Si on écoute le discours dominant, la réponse est oui mais une bonne idée peut-elle résister à la croissance ?

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Infobésité : je m'appelle Gatien, je suis infobèse mais je me soigne

Auteur de la fiche : Gatien Bataille
Licence de la fiche : Creative Commons BY-SA
T√©moignage :
Infobesité
Eric Grelet - CC By Sa


Hier soir, dans le local à l'arrière du centre culturel

  • Moi : Bonjour √† tous, je m'appelle Gatien et je suis infob√®se
  • En coeur : Bonjour Gatien !
  • L'animateur : Gatien peux-tu nous raconter ton parcours ?
  • Moi, reprenant une respiration profonde : Je suis un passionn√© inconscient... Je suis terriblement frustr√© de ne pouvoir suivre le flux d'informations qui √©manent du monde chaque jour, chaque heure, chaque seconde. Impliqu√© dans de nombreux r√©seaux et curieux de nature, je lisais les revues, les derniers ouvrages, j'√©coutais la radio... Jusqu'√† il y a peu, je g√©rais... puis est arriv√© internet, Twitter, les podcast, les webzines, les newsletters, les alertes Google, les flux RSS... la palette des possibles s'est √©largie et les sujets passionnants se sont multipli√©s. C'√©tait euphorique au d√©but mais rapidement la frustration a gagn√© du terrain... Trop d'informations int√©ressantes m'√©chappaient, je papillonnais sans jamais approfondir. La joie d'√™tre baign√© en permanence dans le flux culturel s'est transform√© en noyade :
  • L'animateur : Gatien quel √©tait ton sentiment √† ce moment ?
  • D'une voix tremblotante : J'√©tais tr√®s frustr√©... En col√®re aussi contre moi-m√™me de ne pas pouvoir suivre le rythme.
  • L'animateur : Tu penses vraiment que c'eut √©t√© possible ?
  • Me reprenant : Non, rapidement j'ai compris que m√™me en sollicitant tous mes neurones, il me serait impossible de faire face √† cette vague tous les jours un peu plus grande. C'est un sentiment d√©sagr√©able... J'avais secr√®tement esp√©r√© en √™tre capable.
  • L'animateur : Qu'est-ce que tu as fait √† ce moment l√† ?
  • Moi : Dans un premier temps, j'ai cherch√© √† m'organiser. J'√©tais certain que ce petit passage √† vide pouvait √™tre r√©solu par une meilleure organisation. J'ai automatis√© le tri des mails dans ma bo√ģte mail. Je me suis d√©sabonn√© √† diverses newsletters, j'ai organis√© mes flux RSS et me suis astreint √† n'ouvrir que les articles qui paraissaient vraiment pertinents, j'ai r√©duit mon utilisation de Twitter...
  • L'animateur : Et ?
  • Moi : Bon comment dire, oui il y a eu quelques effets positifs √† cette organisation. C'est redevenu, disons, g√©rable.
  • L'animateur : Tu n'as pas l'air plus satisfait que √ßa ?
  • Moi : Je finis par me demander si l'infob√©sit√© n'est pas en fait un trait de caract√®re...
  • L'animateur : Ah bon ? tu nous expliques √ßa ?
  • Moi : Plus j'y r√©fl√©chis, plus je me dis que j'√©tais d√©j√† infob√®se et ce m√™me avant internet. Vous savez les livres qui s'accumulent √† c√īt√© de votre lit plus vite qu'il ne vous est possible de les lire... √áa c'√©tait d√©j√† avant internet. Je crois que la curiosit√©, l'envie d'apprendre rend infob√®se. Apr√®s on essaie juste de limiter cette infob√©sit√© pour que le niveau de frustration reste raisonnable. Et l√† internet ne rend franchement pas les choses faciles. Bien s√Ľr, l'information y est abondante mais l'information est aussi abondante dans les biblioth√®ques... Ce qui pour moi fait la diff√©rence, c'est la s√©rendipit√©...
  • L'animateur : La s√©rendipit√©, l√†, je vois pas...
  • Moi : Quand je suis sur internet √† la recherche d'une info sur un sujet pr√©cis qui m'int√©resse, il est trop facile, beaucoup trop facile de tomber par hasard sur un nouveau sujet peu connu, voire inconnu, et qui, nom de dieu, m√©rite votre attention... Et voil√†... Le pi√®ge se referme, d'un sujet int√©ressant, je passe √† deux... D'une personne √† suivre sur Twitter, je passe √† deux, d'un flux RSS √† suivre je passe √† deux... J'ai beau trier et trier encore en aval, c'est en amont que doit se faire le travail.... Et l√† c'est terriblement compliqu√©. Surtout quand on est curieux de nature.
  • L'animateur : Et donc ?
  • Moi, de nouveau la voix tremblante : Et bien je suis toujours infob√®se... Je crois que j'ai pu limiter les d√©g√Ęts mais mon niveau de frustration reste √©lev√©. J'ai quand m√™me appris √† relativiser, √† "fermer la boutique" de temps √† autre, √† me dire que si l'info est vraiment importante elle repassera, √† me placer dans le flux plut√īt que de chercher √† le capter... Je crois que c'est un bon d√©but. J'ai encore des progr√®s √† faire mais vous allez m'aider ? N'est ce pas ?
  • En coeur : Bravo Gatien, tu peux compter sur nous.


Quelques trucs pour gérer l'infobésité

  • Faire un tri dans ses abonnements newsletters... Celles que vous ne lisez pas vraiment = au bac.
  • Organiser sa bo√ģte mail et mettre en place un tri automatique pour ne garder "visible" que les mails importants ou urgents
  • Limiter ses abonnements flux RSS aux sujets qui vous int√©ressent vraiment
  • Ne pas chercher √† √™tre √† tout prix √† jour dans la gestion de ses flux RSS, ce qui est vieux de plus de 5 jours n'est plus "important" (en tout cas dans de nombreux sujets... √Ā vous de voir lesquels)
  • Pr√©voyez un moment pr√©cis dans la journ√©e pour g√©rer votre infob√©sit√©... Le reste de la journ√©e, organisez-vous pour ne plus √™tre "d√©rang√©" par l'afflux d'infos.
  • Ne cr√©ez pas vous m√™me d'infob√©sit√© chez les autres. Ne re-scoopez, re-twittez, relayez que ce qui est vraiment opportun
  • Partagez votre infob√©sit√© et appuyez-vous sur des amis-coll√®gues pour diminuer votre infob√©sit√© personnelle. Si chacun veille sur un sujet et fait le tri dans le bruit, et que ce travail est partag√©, c'est tous les membres du groupe qui voient leur infob√©sit√© diminuer.


Crédits photo : Dylan Roscover on Flickr - CC-BY-SA
Dessin : √Čric Grelet - CC-BY-SA

Je suis devenue accro des tableurs en ligne !

Auteur de la fiche : Claire Herrgott - SupAgro Florac
Licence de la fiche : Creative Commons BY-SA
T√©moignage : Je suis coordinatrice p√©dagogique d'une licence professionnelle. Qui dit coordination dit OR-GA-NI-SA-TION !
Pas facile de centraliser les informations, d'éviter les redondances, de tenir au courant les étudiants, l'équipe pédagogique et les professionnels partenaires !
Suite à la formation COOPTIC, j'ai compris l'intérêt de la coopération et j'essaye de plus en plus d'être une "coordinatrice coopérative" !
Petit exemple : on multiplie les tableaux pour chaque promo d'√©tudiants (tableau avec leurs coordonn√©es, tableau avec leur th√®me de stage + les coordonn√©es de leur ma√ģtre de stage etc.)

Tableur
Eric Grelet - CC By Sa


J'ai cr√©√© un seul tableau en ligne qui est rempli en d√©but d'ann√©e d√®s le d√©but de la recherche de stage. Les √©tudiants le remplissent au fur et √† mesure (recherche d'un stage) ; l'assistante de formation et la coordinatrice (moi-m√™me) le compl√©tons pour indiquer si la convention a √©t√© r√©dig√©e, sign√©e, puis envoy√©e ; l'√©quipe p√©dagogique compl√®te la colonne "nom du tuteur p√©dagogique". Une fois en stage les √©tudiants compl√®tent √©galement les infos concernant leurs ma√ģtres de stage etc. Je m'en sers ensuite pour organiser les soutenances.
Finis les multiples tableaux à archiver sur le serveur, à envoyer par mail, à ne plus savoir quelle version utiliser etc ... j'utilise désormais un seul tableau, accessible pour tous et depuis n'importe quel poste !

Petite anecdote : lors d'un audit qualité il y a eu une panne internet... Mon tableau n'était plus accessible ! Depuis je fais régulièrement une importation au format .ods afin d'éviter de me retrouver sans rien !

Dessin : Eric Grelet

Je suis devenu fan de l'accélérateur de projet

Auteur de la fiche : Laurent T√©zenas - Montpellier SupAgro
Licence de la fiche : Creative Commons BY-SA
T√©moignage : Je suis enseignant √† Montpellier SupAgro, dans la fili√®re Ing√©nieur, mais aussi en Master et en Licence professionnelle. Dans le domaine de la communication √©crite et orale, les travaux sont individuels ou collectifs.
Quel que soit le type de travail demandé, l'individu doit montrer sa capacité à mobiliser son réseau pour réfléchir à des solutions, résoudre des problèmes, contourner des difficultés. Travailler en autonomie n'exclut pas de faire confiance aux autres, de leur donner l'occasion de montrer leur disponibilité et leur intérêt à notre travail. C'est dans ce contexte que l'accélérateur de projet est opérationnel.
L'accélérateur de projet n'est pas un logiciel ni un outil informatique : c'est une méthode qui contraint les échanges entre cinq individus. Cette mise en situation dure 60 minutes. Un individu expose un problème qu'il confie au groupe. Le groupe y réfléchit pendant 30 minutes sans que le questionneur n'intervienne.

Je l'ai utilisé avec des ingénieurs en 2e année. De retour d'un stage ouvrier, une séance de débriefing en octobre a permis de faire parler les ingénieurs sur les fonctions, missions, activités dont ils ont eu la responsabilité lors du stage. Puis, d'évoquer les compétences qu'il leur semble avoir exprimées. Ensuite, de partager en groupe de cinq leurs expériences et des difficultés rencontrées. Chaque groupe décide ensuite de choisir un problème ou une difficulté rencontrée, pour la traiter avec la méthode "accélérateur de projet".
Les étudiants ont beaucoup apprécié ce moment, car c'est un vrai moment structuré d'échanges régulés. La méthode permet à chacun de s'exprimer même les plus discrets ou timides, et surtout elle permet d'éviter les recadrages intempestifs du questionneur qui doit se taire pendant la réflexion collective. À la fin de l'exercice, un enseignement particulier lié à la séance doit être formulé, c'est une pépite. Parmi les dernières d'entre elles : "c'était vraiment bien qu'il se taise après avoir exposé sa question" ; "développer l'écoute enrichit vraiment la réflexion".

Petite expérience irréversible de coopération !

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L'écriture collaborative

Auteur de la fiche : Outils-r√©seaux
Licence de la fiche : Creative Commons BY-SA
Description : Con√ßu comme un support √† la construction d'un savoir collectif, le Web 2.0 a profond√©ment amen√© √† concevoir l'information de mani√®re diff√©rente. Lib√©rant l'√©criture de l'univers cl√īt du support imprim√©, il a engendr√© une profonde modification dans ce domaine. Il est d√©sormais possible d'√©crire √† plusieurs sur le m√™me document et en m√™me temps ! Le succ√®s rencontr√© par l'Encyclop√©die Wikip√©dia, l'un des sites les plus consult√© au monde, a ouvert la voie √† de nouvelles pratiques d'√©criture. Se d√©finissant elle-m√™me comme un "projet d'encyclop√©die libre, √©crite collectivement", elle a d√©montr√© combien la collaboration √©tait porteuse de qualit√© et pouvait doter l'√©crit d'une plus grande richesse. Richesse pour la communaut√© qui b√©n√©ficie de la rencontre de points de vue diff√©rentes sur un m√™me sujet. Richesse √©galement pour l'individu qui participe √† un projet qui va le conduire √† √©laborer de nouvelles strat√©gies d'√©criture et √† se nourrir de nouvelles id√©es.

Co-écrire, un processus difficile

La réalisation d'un écrit collaboratif est le fruit d'un processus souvent jugé complexe et difficile. Dans l'article A Taxonomy of Collaborative Writing to Improve Empirical Research, Writing Practice, and Tool Development, paru en 2004, Lowry P.B., Curtis A. et Lowry M.R. expliquent cette difficulté par le fait qu'à la démarche d'écriture individuelle (qui a pour fondement, selon eux, la planification, la traduction et la révision), l'écriture collective ajoutent trois niveaux de complexité supplémentaire :
1. Intellectuelle
2. Sociale
3. Procédurale
Ceux-ci correspondent à trois questions que pose l'écriture collaborative :
1. Comment mutualiser et harmoniser des connaissances individuelles pour produire un savoir collectif ?
2. Comment coordonner les membres et leurs différents avis pour mener à bien ce projet ? Comment dépasser les conflits socio-affectifs générés par cet exercice collectif ?
3. Comment mettre en place une planification et une finalisation commune ?

La dynamique de groupe : la cl√© de vo√Ľte de l'√©criture collaborative

En r√©alit√©, au-del√† de la dimension intellectuelle et proc√©durale √©voqu√©es pr√©c√©demment, ce qui appara√ģt v√©ritablement comme la cl√© de vo√Ľte de l'√©criture collaborative est la dimension sociale de laquelle va d√©couler le "bon fonctionnement" du reste. Par "dimension sociale", on entend la capacit√© √† cr√©er une dynamique de groupe qui va f√©d√©rer chaque membre autour d'un objectif commun (la production d'un texte) et au sein duquel chacun va trouver sa place. Une dynamique qui va faciliter au maximum l'implication de ses membres et sans laquelle tout projet coop√©ratif est vou√© √† l'√©chec.
L'écriture collaborative peut en effet générer des conflits socio-affectifs (points de vue divergents, sentiment d'être jugé etc.) qui peuvent s'avérer difficiles à dépasser. L'acte de co-écriture nécessite ainsi :
  • Un haut niveau d'interaction r√©ciproque entre les membres aliment√© par des √©changes fr√©quents.
  • La prise en compte des diff√©rents points de vue, la valorisation des apports de chaque membre √† la communaut√©, l'encouragement de chacun √† participer, en gardant en t√™te cette phrase de Paul Ricoeur "La tol√©rance n'est pas une concession que je fais √† l'autre, elle est la reconnaissance du principe qu'une partie de la v√©rit√© m'√©chappe."
  • La capacit√© de l'animateur √† r√©guler les conflits sociaux-cognitifs g√©n√©r√©s par les id√©es et natures divergentes.
Le travail de l'animateur de réseau va justement être d'apporter une convergence au sein de la communauté et de créer ainsi une dynamique constructive de travail propice à l'implication de chacun :


J-M Cornu - 4. Convergence et conflit

Faciliter la contribution de chacun par la méthode des 6 chapeaux

Afin de favoriser l'implication de chacun et l'émergence de nouvelles idées au sein d'un groupe, le psychologue spécialiste des sciences cognitives Edward de Bono a développé en 1987 la méthode dite des "6 chapeaux". Partant du postulat que la recherche de solutions passe par six phases bien distinctes, celle-ci invite chaque membre du groupe à explorer lors d'une réunion six modes de pensée spécifique, symbolisés par six chapeaux de couleurs différentes.
En résumé, les objectifs sont de :
  • permettre √† chaque membre de percevoir une id√©e, de la penser, sous un angle diff√©rent et ainsi de faire √©voluer son point de vue sur une question ;
  • emp√™cher la censure d'id√©es nouvelles au sein d'un groupe ;
  • cr√©er un climat favorable aux √©changes et √† la cr√©ativit√©, favoriser la libert√© de parole ;
  • r√©soudre collaborativement des probl√®mes ;
  • offrir une vision globale et approfondie de la situation.
Concrètement, une fois le problème posé, chaque membre endosse tour à tour une stature différente en revêtant virtuellement un chapeau et commence à explorer de nouvelles solutions :
  • Le Chapeau blanc symbolise la neutralit√©. Lorsqu'elle le porte, la personne doit s'attacher √† √©noncer simplement les faits, en laissant de c√īt√© tout ce qui peut relever de l'interpr√©tation.
  • Le Chapeau rouge : l'√©motion. La personne √©nonce librement ses sentiments et ses intuitions.
  • Le Chapeau vert : la cr√©ativit√©. Elle cherche des alternatives, en essayant de consid√©rer le probl√®me sous un angle nouveau.
  • Le Chapeau jaune : la critique positive. Elle "admet ses r√™ves et ses id√©es les plus folles".
  • Le Chapeau noir : la critique n√©gative, le jugement. Elle √©nonce les faiblesses et les risques que comporte selon elle cette id√©e.
  • Le Chapeau bleu : l'organisation, la canalisation des id√©es, le processus. Elle s'attache √† prendre du recul sur le sujet √©nonc√©.
Cette méthode, qui pousse les participants à sortir de leur mode de pensée habituel, peut s'avérer très utile dans le cadre de la réalisation d'un écrit collectif.

Trois approches pour réaliser un écrit collaboratif

Réaliser un écrit collectif peut se faire de différentes manières, selon trois niveaux de collaboration :
  • Un membre commence par r√©diger un article qui est ensuite modifi√© et enrichi par un autre membre et ainsi de suite jusqu'√† obtenir un "document" jug√© complet par le groupe et faisant l'objet d'un consensus.
  • Une approche plus coop√©rative que collaborative consiste √† ce que chaque membre travaille sur une partie de l'article. Les diverses parties produites sont ensuite reli√©es entre elles et harmonis√©es pour former un seul et m√™me article.
Une variante à cette coopération consiste à ce que chaque membre, selon ses compétences et ses appétences, effectue une partie du travail. Par exemple, un membre rédige, l'autre corrige, le troisième relit etc.
  • Enfin, l'approche la plus collaborative est peut-√™tre celle qui inclut tous les membres de la conception √† la r√©alisation de l'√©crit, celle o√Ļ il n'y pas v√©ritablement de distinction de r√īle. Chacun participe ainsi aux diff√©rents phases. Nous allons nous arr√™ter sur les phases d'√©laboration que pourrait recouvrir cette derni√®re.

Les phases d'élaboration : trucs et astuces pour l'écriture participative

Chaque groupe peut trouver sa propre méthode, celle qui lui correspond. Cependant, pour avoir quelques points de repère, voici quelques trucs et astuces pour initier une écriture participative :

1. Faire vivre "une expérience irréversible de coopération"

Rien de mieux pour pr√©parer un groupe √† la r√©alisation d'un √©crit collectif que de commencer d√©j√† par lui faire vivre une "Petite Exp√©rience Irr√©versible de Coop√©ration" (PEIC). Ceci afin de r√©soudre des points de blocage √©ventuels, faire na√ģtre les premiers √©changes et donner du sens √† la d√©marche collaborative. L'une des grandes astuces consiste √† utiliser Etherpad, un service en ligne qui permet de prendre des notes √† plusieurs personnes simultan√©ment, sur lequel est mis du contenu imparfait, √† corriger ou comportant de nombreuses fautes d'orthographe. Ce simple fait va pousser instinctivement les personnes, malgr√© les barri√®res qu'elles pourraient avoir, √† corriger les fautes. Cette astuce est encore plus efficace quand la faute porte sur le nom d'une personne : au souci de l'orthographe irr√©prochable, s'ajoute l'ego... Le mal est fait : la personne vit sa premi√®re exp√©rience de collaboration !

2. Le brainstorming

Ce premier pas réalisé, une deuxième étape peut être franchie par l'organisation d'un brainstorming collectif c'est-à-dire d'une réunion de collecte d'idées qui permet de rassembler tous les points de vue et les propositions d'écriture du groupe. Cette technique incite les membres à verbaliser les idées, à les confronter entre eux et à les reformuler. Elle stimule en outre la créativité. L'utilisation d'une carte heuristique s'avère très efficace pour recueillir toutes ces données, les hiérarchiser entre elles et offrir une vue d'ensemble. Le principe est simple : l'animateur fabrique une carte mentale qui reprend les points énoncés par chaque membre et les classe par thèmes et sous-thèmes. Projetée à l'écran, celle-ci permet à chacun de voir s'il manque une donnée et d'intervenir ainsi plus facilement. Cela permet de rapidement faire fuser les idées et de prendre en compte chaque point de vue !
De nombreux outils de carte heuristique existent, parmi eux se distingue Freeplane par sa facilité d'utilisation.

3. La rédaction

Une fois ce travail effectué, le groupe est en mesure d'établir un plan de l'écrit à réaliser. A partir de ce plan, le vrai travail de rédaction va commencer. En amont, il peut être utile de tester différentes modalités d'écritures (individuelles ou directement en groupe, dans quel cadre etc.) pour trouver la configuration qui conviendra le mieux au groupe. Une réflexion sur ce qu'induit la publication (= exposition) est également nécessaire.
La rédaction peut se faire au travers d'outils en ligne qui permettent à chaque membre d'éditer et de modifier le document, d'améliorer le travail commun d'écriture et d'avoir une vision en temps réel de l'état du document.
Google Document se prête bien à la rédaction en petit groupe. Il permet de rédiger à plusieurs et en même temps un document en ligne que chacun peut modifier et dont toutes les modifications sont automatiquement intégrées à l'écrit de base. L'avantage de cet outil est que le travail n'est jamais isolé et que les membres peuvent voir la construction au fur et à mesure de l'écrit et par là-même faire évoluer leurs idées sur le sujet.
Pour un plus grand groupe, le wiki peut être une bonne option. Tout comme Google Doc et Etherpad, il permet de publier instantanément toute création ou modification de page et d'avoir une vue d'ensemble mais possède d'autres options intéressantes. Il offre en effet la possibilité de commenter les pages, d'avoir une mise en page des contenus plus visuelle, de décider du moment de l'édition du travail en ligne et de gérer l'historique des rédactions. Il permet ainsi un travail collaboratif peut-être plus structuré.

Petit retour d'expérience d'Animacoop sur la rédaction collective

Lors de la formation Outils-Réseaux "Animer un réseau collaboratif" (Montpellier, octobre-décembre 2010), les formateurs ont proposé au groupe de stagiaires d'Animacoop de rédiger collectivement et à distance, trois articles pour leur newsletter. Les membres du groupe avaient l'habitude de travailler ensemble et écrire un article permettait de valoriser un bien commun, une création. "Pour les formateurs, cet exercice d'écriture était une sorte de défi méthodologique", expliquent les responsables de la formation : "Comment tester la capacité collective de synthèse des contenus transversaux produits durant la formation ? Deuxième défi : comment motiver les stagiaires pour un travail complémentaire et peu anticipé ?"
Le témoignage des stagiaires sur cette expérience (méthode employée, étapes de réalisation, gestion du temps) est à lire en ligne : http://animacoop.net/formation2/wakka.php?wiki=PageArticlerc

Lowry Paul, Curtis Aaron, Lowry Michelle, ¬ę A taxonomy of collaborative writing to improve empirical research, writing practice, and tool development ¬Ľ, Journal of Business Communication (JBC) 41 (2004/1), p. 66‑99., (consult√© le 4 f√©vrier 2014).

Crédits illustrations sous licence Creative Commons : by bgblogging, by Yves Guillou.

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La collaboration des entreprises : de la coopétition à la collaboration radicale

Auteur de la fiche : H√©l√®ne Laxenaire - SupAgro Florac
Licence de la fiche : Creative Commons BY-SA
Id√©es d√©velopp√©es par l'auteur dans le domaine de la coop√©ration dans ce livre, cette conf√©rence :

Vive la co-révolution : pour une société collaborative de Anne-Sophie Nouvel et Stéphane Riot

Préambule : il ne s'agit pas là d'une recension complète de l'ouvrage mais du résumé sur la partie consacrée à la Collaboration radicale

Dans leur ouvrage Vive la co-révolution : pour une société collaborative, Anne-Sophie Novel et Stéphane Riot décrivent la collaboration inter-entreprises en distinguant la coopétition de la collaboration radicale. Pendant deux ans, ils ont promu la Collaboration radicale au sein du réseau Entrepreneurs d'avenir

Intérêt pour les entreprises de coopérer

Le terme comp√©tition vient du latin competere qui signifie chercher ensemble, s'efforcer ensemble, il n'y avait donc pas √† l'origine de notion d'adversit√© ou d'agressivit√© comme on peut l'entendre maintenant quand on parle de comp√©tition entre entreprises. L'id√©e n'est pas de la supprimer car elle est aussi un vecteur d'innovation et d'√©mulation mais de r√©duire les d√©g√Ęts caus√©s par une concurrence trop agressive et de la r√©duire, de mani√®re concert√©e, l√† o√Ļ elle est inutile, voire dangereuse. Dans cette veine, les auteurs notent que le premier avantage retir√© de la coop√©ration entre entreprise est la r√©duction des co√Ľts li√©s aux conflits inter-entreprises et qu'√† lui seul cet int√©r√™t devrait convaincre tous les chefs d'entreprise ! Ces co√Ľts sont en effet estim√©s √† 50 milliards par an en France par le chercheur am√©ricain John W. Henke, √† partir d'une projection de la situation am√©ricaine dans le domaine de l'automobile.

√Čvolution de la coop√©ration entre entreprises

Les th√©ories d'Adam Smith sur l'int√©r√™t de la concurrence puis celles de Joseph Schumpeter sur la destruction cr√©ative sont bien implant√©es dans le monde √©conomique. Mais √† partir des ann√©es 80, certaines entreprises s'aper√ßoivent que le fonctionnement en r√©seau et les alliances strat√©giques apportent des avantages relationnels et permettent d'acc√©der √† plus de ressources. Puis, dans les ann√©es 90, devant le constat que les co√Ľts de recherche et d√©veloppement augmentent, parall√®lement √† l'obsolescence des objets alors que la convergence des technologies permet des √©conomies d'√©chelle, certaines entreprises d√©cident de collaborer pour d√©velopper des produits √† la vie plus longues et dont les composants peuvent √™tre r√©utilis√©s par plusieurs entreprises.

La collaboration permet de résoudre des problèmes communs

Notamment des objectifs liés à l'environnement et au développement durable. Ces objectifs peuvent venir d'une conviction commune des entreprises ou d'obligations réglementaires extérieures.
Lutte contre un ennemi commun plus gros : ainsi Google participe au développement du navigateur Firefox au sein de la fondation Mozilla, alors que c'est un concurrent de son propre navigateur Chrome, afin de déstabiliser Microsoft Internet Explorer, le géant du marché.

La Coopétition

Le terme de coopétition a été créé par Ray Noorda, le fondateur de Novell et popularisé par l'ouvrage de Nalebuff, B., Brandenburger, A. La Co-opétition, une révolution dans la manière de jouer concurrence et coopération, Village Mondial, 1996. Il s'agit de l'alliance de la coopération et du marché : on coopère sur certains aspects et on reste concurrents sur d'autres. Pour les auteurs, la coopération entre l'entreprise, ses fournisseurs et ses clients conduit à la fourniture de produits et de services semblables et donc à une expansion potentielle du marché. De plus, cette alliance peut permettre de pénétrer de nouveaux marchés en regroupant les forces. Les conditions pour la mise en place de la coopétition passe par une étude des interdépendances entre les entreprises, la définition d'un objectif précis et un partage concerté de l'effort et des gains.

Exemples de coopétition

  • Le Prufrock Caf√© √† Londres a cr√©√© en 2009 une "carte d'infid√©lit√©". Les clients doivent aller boire un caf√© chez des concurrents du Prufock et pr√©senter la carte pour qu'elle soit tamponn√©e. Une fois la carte remplie, les clients reviennent au Prufock Caf√© o√Ļ on leur offre un caf√©. L'objectif est de fid√©liser les clients du Prufock Caf√© en leur prouvant qu'il sert le meilleur caf√©, mais aussi d'obliger les g√©rants des autres caf√©s √† s'assurer de la qualit√© de leur caf√© car ils savent √™tre mis en concurrence. Cela a √©galement permit d'apporter √† tous un afflux de nouveaux clients. Mais au final, l'objectif principal partag√© par tous est d'apporter une r√©ponse cr√©ative √† l'expansion des caf√©s de la chaine Starbuck.
  • Fiat et PSA ont cr√©√© une filiale commune produisant des v√©hicules utilitaires des deux marques, ce qui permet de r√©aliser des √©conomies d'√©chelle en utilisant les m√™me composants.

La Coopération radicale

Le terme de coop√©ration radicale est apparu aux √Čtats-Unis en 2009. Trois dirigeants d'entreprises concurrentes dans le secteur des technologies vertes (GenGreen, 3rdWhale et Creative Citizen) ont d√©cid√© de mettre en place une "collaboration radicale", ce qui a √©t√© facilit√© par le fait qu'ils partageaient les m√™mes valeurs et la m√™me conviction de l'urgence √©cologique.
La différence entre la coopétition de la compétition radicale se mesure en évaluant la part de d'avantages concurrentiels et d'éléments de propriété intellectuelle "intime" partagés. Dans la collaboration radicale, on partage de la valeur ajoutée hautement différenciante (secret de fabrication, R&D), dans la coopétition, on fait des économies d'échelle. Les participants à la "carte d'infidélité" ne partagent pas leurs recettes et leurs savoir-faire sur le café.
La collaboration radicale favorise les approches d'innovation ouverte, on ne collabore pas ensemble pour la création d'un produit ou d'un service prédéfini mais on développe un écosystème de partage de connaissances et de compétences permettant l'émergence de l'innovation. Cette innovation n'est pas forcément technologique, elle peut aussi être sociale. Et elle émerge aussi bien des collaborateurs de l'entreprise que de ses clients.

Exemples de Coopération radicale

  • Le domaine de l'environnement est souvent un domaine de convergence. Par exemple, la collaboration de la NASA et de l'ESA (dans un contexte tr√®s concurrentiel) sur les points environnementaux : gestion des d√©chets spatiaux, cycle de vie des satellites et impact des lancements de fus√©e sur la biodiversit√©. Cette coop√©ration est n√©e de contraintes ext√©rieures : mise en place d'une r√©glementation environnementale strictes en Europe, engagement de Barack Obama sur le d√©veloppement durable aux √Čtats-Unis. Cette coop√©ration prend la forme d'√©changes entre sp√©cialistes et de la mise au point, en commun, de nouveaux mat√©riaux, plus respectueux de l'environnement (en remplacement de ceux qui allaient √™tre interdits car trop nocifs).
  • Green X Change est une plate-forme mise en place par Nike, Creatives Commons et Best Buy pour partager leurs recherches. Toute personne int√©ress√©e peut d√©poser sur cette plate-forme ses innovations, en choisissant une licence inspir√©e du logiciel libre permettant √† d'autres entreprises de b√©n√©ficier de l'invention. Cette licence permet aux propri√©taires de l'innovation de choisir √† qui ils donnent les droits. L'id√©e est de permettre √† des industries de secteurs diff√©rents et non concurrents de partager les apports de la R&D de leurs entreprises. Cette plate-forme peine √† s'√©largir en dehors de ses fondateurs mais les auteurs voient l√† un potentiel moteur de l'extension de la comp√©tition radicale.

Préconisations des auteurs pour une collaboration radicale

Très souvent on anime un groupe avec notre bon sens, en essayant de faire "au mieux". Cela nous permet de comprendre certains aspects du groupe : il manque peut être de la convivialité ou une culture commune, ou bien encore le groupe est trop centré sur lui même. Mais cette capacité à analyser est également, paradoxalement, notre plus grande faiblesse, car elle nous fait oublier tous les autres aspects de notre groupe. C'est ainsi que l'on se focalise sur un aspect du groupe voire deux ou trois, mais en délaissant les autres. Edgar Morin parle "d'aveuglement paradigmatique1" : focalisez-vous sur un problème et tous les autres deviennent masqués !

Nous vous proposons une carte des diff√©rentes facettes qui permettent de comprendre ce qui se passe dans votre groupe et des diff√©rentes comp√©tences qui permettent d'agir pour le faire na√ģtre et le d√©velopper. Quelques unes de ces facettes sont contre intuitives, nous les pr√©senterons d√®s le d√©part. Cette carte n'est pas le fruit d'une seule personne qui par d√©finition, serait elle-m√™me soumise √† l'aveuglement paradigmatique. Elle est issue des √©changes au d√©part des 130 membres du groupe Intelligence Collectif de la Fing2 et s'est enrichie progressivement des travaux ult√©rieurs. Muni de ces 28 mots cl√©s, de ces 28 outils, vous et m√™me les membres de votre groupe, pourrez mieux comprendre ce qui se passe dans votre groupe et l'aider √† se d√©velopper et √† s'adapter aux diff√©rentes situations.

Pour en savoir plus


JM Cornu - La Coopération en 28 mots-clés - 1. Introduction

La présentation "La coopération en 28 mots-clés" est disponible en ligne : http://prezi.com/x9zpkjggl85j/?utm_campaign=share&utm_medium=copy&rc=ex0share

Un premier aspect contre intuitif : le choix a posteriori

Il existe plusieurs stratégies en fonction de l'environnement dans lequel on se situe :
  • La planification : dans une situation pr√©visible mais o√Ļ les ressources sont rares, il faut pr√©voir pour optimiser les ressources et ne pas les g√Ęcher ;
  • La n√©gociation : lorsque les ressources sont rares mais que la situation n'est pas pr√©visible, la n√©gociation permet de faire un choix au pr√©sent √† d√©faut de pouvoir le faire √† l'avance. C'est le cas par exemple de la fixation du prix dans l'√©conomie de march√© ;
  • Le choix a posteriori : lorsque l'on peut disposer d'une abondance de ressources (un grand groupe, une information abondante) mais que la situation n'est pas pr√©visible, alors il vaut mieux susciter une abondance de choix et ne choisir qu'a posteriori, parmi toutes les possibilit√©s. C'est cette approche qui constitue la base de la coop√©ration telle que nous allons la d√©couvrir ;

Souvent nous ne choisissons pas notre strat√©gie mais utilisons celle que nous ma√ģtrisons, quel que soit le contexte. Il est important de s'adapter √† notre environnement pour choisir la meilleure strat√©gie. Parfois, la situation peut √™tre pr√©visible pour certaines choses et impr√©visible pour d'autres, certaines ressources peuvent √™tre abondante et d'autres rares. Dans ce cas, il faut pouvoir s'adapter et m√™me jongler avec les strat√©gies. Celle qui concerne la coop√©ration est assez contre intuitive, car elles nous oblige √† ne pas faire les choix le plus t√īt possible alors que nous baignons dans une culture de la pr√©vision, et elles nous poussent √† travailler avec l'abondance l√† o√Ļ nous nous focalisons en g√©n√©ral sur ce qui est rare.

La taille des groupes et les r√īles des membres

Dès qu'un groupe dépasse le nombre d'une douzaine de membres, chaque personne prend une posture proactive, réactive, d'observateur ou inactive et peut en changer en fonction d'un certain nombre de critères. On observe de façon assez contre-intuitive que le pourcentage d'actifs reste remarquablement constante3 : les proactifs sont entre un et quelques pour cent et les réactifs entre dix et quelques dizaines de pour cent.

On peut en déduire différents types de groupes distingués par le nombre de leurs membres :
  • Les petits groupes jusqu'√† une douzaine de personnes qui peuvent √™tre g√©r√©s de fa√ßon contrainte (en attendant une action de chacun des diff√©rents membres) ;
  • Les groupes interm√©diaires entre une douzaine et une centaine de personnes qui n√©cessitent plus d'efforts d'animation pour obtenir des r√©actions ;
  • Les grands groupes entre une centaine et un ou deux milliers de personnes qui permettent de produire de fa√ßon collaborative... √† condition de se focaliser sur les r√©actifs ;
  • Les tr√®s grands groupes interm√©diaires de plusieurs milliers de personnes o√Ļ le groupe que forme les membres proactifs devient plus difficilement coh√©rent ;
  • Les tr√®s grands groupes au-del√† de quelques dizaines de milliers o√Ļ les proactifs sont suffisamment nombreux pour rendre l'animation moins contrainte ;


Convergence et conflit

On consid√®re souvent implicitement que chacun devrait agir dans l'int√©r√™t du groupe en oubliant son int√©r√™t propre. C'est la d√©finition m√™me de l'altruisme. Bien qu'il existe dans le monde animal et chez l'homme et permette m√™me des avantages de survie dans certaines conditions, il n'est pas ais√© √† d√©velopper dans toutes les situations. La coop√©ration utilise une approche diff√©rente de celle de l'altruisme : elle cherche les conditions qui vont faire converger l'int√©r√™t individuel et l'int√©r√™t collectif. Il existe des cas o√Ļ naturellement chacun va aller plut√īt dans le sens de l'int√©r√™t collectif : dans un environnement d'abondance se d√©veloppe une √©conomie du don, diff√©rente de l'√©conomie de raret√© ; en donnant une vision √† long terme au groupe, les comportements deviennent plus coop√©ratifs ; les m√©canismes d'estime (une forme de reconnaissance attribu√©e de fa√ßon dynamique par l'ensemble du groupe contrairement au prestige) forme un syst√®me de r√©gulation qui incite √† agir dans le sens de l'int√©r√™t collectif.

Mais trop de convergence peut transformer le groupe en un troupeau de mouton... Il est bon d'y ajouter un peu de divergence (d'autres id√©es voire des fa√ßons diff√©rentes de poser les questions) et m√™me un soup√ßon d'opposition pour permettre une remise en question du groupe. Le r√īle du coordinateur est de percevoir l'√©quilibre entre convergence, divergence et opposition et de pousser l'un ou l'autre pour obtenir un groupe qui avance tout en s'enrichissant de sa diversit√©.

S'il n'y a que de la convergence et de l'opposition, un conflit appara√ģt. Une crise est un moment difficile du groupe mais tr√®s utile : plusieurs approches obligent √† une remise en question. Mais un conflit contrairement √† une crise ne va que dans deux directions : pour ou contre, chacun restant sur ses positions. Pour g√©rer un conflit, il faut donc le retransformer en crise en suscitant une troisi√®me position voire plus. Cartographier les diff√©rentes id√©es des membres en les poussant √† y ajouter de nouvelles est une m√©thode particuli√®rement utile dans ce cas.


Les trois types d'influence dans un groupe

Les trois premier aspects pr√©sent√©s auparavant illustrent bien trois grandes dimensions constitutives de tous les groupes : ceux-ci sont influenc√©s par leurs membres bien s√Ľr, mais par l'organisation du groupe et son histoire ainsi que par ses relations avec l'environnement :
  • La convergence et le conflit illustrent bien l'influence des personnes sur le groupe
  • La taille du groupe est une donn√©e sp√©cifique au groupe, ind√©pendamment des particularit√©s de ses membres
  • L'impr√©visibilit√© et l'abondance qui poussent √† faire des choix a posteriori d√©pendent souvent de l'environnement.

Les facettes suivantes sont rassemblées suivant ces trois grandes dimensions. Celles qui décrivent l'influence des personnes sont accompagnées d'un aspect plus difficile à traiter, même s'il n'est pas toujours négatif (comme le conflit, associé à la convergence, qui permet une remise en question). La facette suivante l'implication, avec son pendant la désimplication, est le quatrième aspect contre intuitif. Les suivants feront bien souvent appel à notre simple bon sens.


Implication et désimplication

On confond souvent la mobilisation et l'implication. Mais si on mobilise des personnes - souvent en les payant - pour qu'elle fassent ce que l'on veut, il faut qu'elle s'impliquent elles-m√™mes pour prendre le risque de faire ce qu'elles estiment bonne. En effet, le coordinateur n'est pas toujours sur tous les terrains. Les personnes qui s'impliquent peuvent prendre des initiatives en fonction des informations qu'elles ont et que n'a pas toujours le coordinateur. L'implication est absolument n√©cessaire dans un environnement impr√©visible qui change en permanence, par exemple dans le domaine de l'innovation ou encore lorsque l'on travaille avec des personnes plut√īt que des machines ou des objets.

Trois choses influencent le niveau d'implication des personnes :
  • La motivation (l'estime, le plaisir, apprendre des choses nouvelles...)
  • Les freins (le manque de confiance, une s√©curit√© personnelle pr√©caire, la crainte de ne pas pouvoir se d√©sengager...)
  • Le niveau du seuil de passage √† l'acte (un projet simple √† comprendre, des animateurs r√©actifs...)

Il faut rester vigilant sur la désimplication qui est une maladie contagieuse dans le groupe. Deux expressions permettent de nous alerter :
  • " Et puis merde !" (identifi√© par Fran√ßois de Closet sur les probl√®mes de l'ORTF, la t√©l√©vision fran√ßaise √† ses d√©buts)
  • " C'est pas mon probl√®me !" (on reste mobilis√© mais on ne s'implique plus...)


Les autres aspects de l'influence des personnes sur le groupe

Nous avons vu la convergence des id√©es et des int√©r√™ts (et le conflit lorsqu'il n'y a que des pour et des contres) ainsi que l'implication et la d√©simplication. Deux autres aspects concernent les personnes : le niveau de conscience de ce qui se passe et les diff√©rentes t√Ęches de coordination.

Le niveau de conscience de ce qui se passe dans le groupe est variable. Il est possible que personne ne soit conscient d'un phénomène particulier. Cela n'empêche pas malgré tout la coopération. Ainsi, la stigmergie est une forme d'auto-organisation utilisée en particulier par les insectes sociaux comme les fourmis ou les termites pour lesquels la communication se fait par les traces que l'on laisse, sans forcément en être conscient. Si l'animateur devient conscient de ce qui se passe dans le groupe, alors il peut agir pour favoriser certains équilibres (convergence/divergence, taille du groupe, niveau d'implication...). Mais si les membres eux-mêmes deviennent conscients de ce qui se joue, alors ils peuvent agir sur bien plus de petites choses que ne peuvent le faire le ou les animateurs. L'idéal est d'arriver à un niveau de conscience collective, c'est à dire que non seulement les membres sont conscients de ce qui se passe mais ils peuvent également en discuter entre eux (contrairement aux "non dits"). Aucun groupe n'est pleinement conscient et il reste même toujours des phénomènes dont personne n'a pris conscience. Mais le but du coordinateur est de favoriser le maximum de prise de conscience individuelle et collective. A l'inverse toute agression, volontaire ou non, consciente ou non, ouverte ou cachée, provoque la peur ou la colère et nous ramène à un niveau très bas de conscience. Le travail du coordinateur doit être un combat permanent pour ramener plus de conscience dans le groupe, en réduisant au maximum ses peurs et ses colères pour ne pas devenir lui-même inconscient.

Il existe de multiples t√Ęches de coordination. Certaines sont tourn√©es vers les personnes (faciliter l'implication, faire converger ou diverger, relancer les √©changes...), d'autres vers le groupe lui-m√™me (d√©finir les objectifs, conserver l'histoire du groupe, identifier les t√Ęches √† faire et les t√Ęches critiques, donner aux membres une vision d'ensemble du groupe et de la diversit√© des id√©es...) et d'autres encore sont en direction de l'environnement (valoriser ce qui a √©t√© fait...). Certaines t√Ęches peuvent √™tre faites de fa√ßon centralis√©es par le coordinateur ou un groupe de personnes d√©sign√©es ou bien de fa√ßon d√©centralis√©es. Cela d√©pend de chaque groupe et de son niveau de d√©veloppement (la d√©finition des objectifs, est une des premi√®res t√Ęches qui peut se d√©centraliser). Mais dans tous les cas, les outils de coordination doivent rester au service des coordinateurs et non les remplacer pour √©viter qu'ils ne se d√©faussent de leur responsabilit√©.

Très souvent, on cherche à piloter le groupe avec une intention précise. Si cela peut être pertinent pour les aspects spécifiques au groupe lui-même (taille, vocation...), cela ne l'est plus lorsque l'on souhaite que les membres s'impliquent et prennent des initiatives. Cela n'est pas judicieux non plus très souvent pour gérer l'impact qu'à l'environnement sur le groupe car nous n'avons pas toujours de grandes possibilités d'actions. Dans ces cas il faut piloter le groupe non plus en intention mais en attention. Cela veut dire que nous devons rester vigilant à ce qui se passe et savoir nous adapter en saisissant les opportunités. Il faut même accepter une petite dose d'incohérence pour permettre au groupe de résoudre des problèmes autrement insolubles...


Les autres aspects spécifiques au groupe

Nous avons vu l'influence de la taille sur les groupes. Il faut y ajouter trois autres aspects spécifiques au groupe lui-même : sa vocation, son niveau de maturité et ses communs.

Il existe trois types de vocation pour un groupe : un réseau a pour objectif de mettre en relation ses membres, une communauté crée avant tout une identité collective et un groupe de travail a pour but de produire - des documents, des événements... - pour le reste de l'environnement au-delà des membres. On retrouve ici les trois dimensions : personnes, groupe, environnement. Le ou les coordinateurs doivent identifier la vocation première du groupe sans pour autant négliger les autres.

Un groupe progresse suivant diff√©rents niveau de maturit√©. Lorsque le groupe est enfant, c'est avant tout le coordinateur qui prend les initiatives (on parle alors de "dictateur bienveillant"). Au bout de 18 mois √† deux ans (parfois plus pour des groupes "Tanguy5" qui restent tr√®s longtemps dans le giron du coordinateur), le groupe devient adolescent. Certains cherchent alors √† prendre des initiatives et cela se fait au d√©but contre le coordinateur. Ils adoptent alors un r√īle de "leader n√©gatif". Cette p√©riode parfois dure √† vivre comme pour les humains, est fondamentale car elle ouvre la porte √† l'appropriation du groupe par ses membres. Pendant cette p√©riode, il est difficile souvent pour le coordinateur de se justifier voire de prot√©ger le groupe d'un leader n√©gatif qui en allant trop loin, met en p√©ril le groupe. Dans la phase suivante, le groupe devient adulte. Suffisamment de membres se sont appropri√©s le groupe et sont m√™me pr√™ts √† le d√©fendre. Il ne sert √† rien de griller les √©tapes, pour un groupe comme pour un humain, il faut passer par les diff√©rentes √©tapes. Vouloir constituer un groupe adulte de toute pi√®ce d√®s le d√©part pourrait s'appeler le "syndrome de Frankenstein"... Parfois le groupe devient s√©nile. Il peut alors mourir mais peut-√™tre a-t-il essaim√© en donnant naissance ou en inspirant d'autres groupes, s'assurant ainsi une descendance.

Qu'est-ce que partage un groupe ? Il dispose tout d'abord d'une culture commune (une histoire, du v√©cut commun, parfois du vocabulaire qui lui est propre...). Mais cette culture est-elle accessible √† tous y compris aux nouveaux ? Le groupe a-t-il trouv√© un bon √©quilibre entre son identit√© collective et l'identit√© personnelle de ses membres ? Un deuxi√®me aspect √† partager est absolument fondamental. Il s'agit des communs (les informations d√©finissant le groupe, son fonctionnement, ses r√®gles et ses productions, les outils et m√©thodes utilis√©s par le groupe...). Sont-ils accessibles √† tous facilement, y compris aux personnes √† l'ext√©rieur du groupe ? Outre la mise √† disposition dans un endroit accessible (Web...), il est important que ces communs respectent quelques r√®gles de partage : des licences Creatives Commons pour les documents (en particulier cc -by -sa qui permet un v√©ritable partage et une am√©lioration constante6) et des logiciels libres pour les applications (en particulier la licence Gnu7). Les outils et m√©thodes utilis√©es dans le groupe doivent permettre √† chacun de d√©velopper son autonomie personnelle et son rayon d'action sans susciter des ma√ģtres et des esclaves (voir en particulier les r√®gles de Ivan Illich8).


Les autres aspects qui dépendent de l'environnement

Outre la notion de choix a posteriori qui fonde la coopération lorsque l'environnement est à la fois imprévisible et abondant, il existe trois autres aspects qui dépendent de l'environnement : les contraintes externes, la légitimité et les échanges.

L'environnement peut apporter des contraintes externes : les attentes sur ce que va produire le groupe, les demandes de la hi√©rarchie lorsque le groupe est inclus dans une organisation... Mais il y a deux fa√ßons de percevoir ces contraintes : elles peuvent paralyser ou au contraire stimuler et pousser le groupe √† aboutir √† un r√©sultat (sans date limite, il est parfois difficile de terminer une t√Ęche). Il faut donc voir s'il est possible d'organiser le groupe pour que de telles contraintes soient stimulantes plut√īt que paralysantes, s'il existe un espace de libert√© et s'il faut l'√©largir. Une des plus grandes difficult√©s est la diff√©rence de rythme entre les attentes ext√©rieures et celui de la production dans un groupe. Un autre aspect est de savoir si on cours derri√®re les demandes externes et les autres groupes qui font des choses proches ou bien si au contraire on a l'impression de courir devant, laissant les autres nous suivre, ce qui est bien plus confortable.

La légitimité est un peu le pendant vers l'environnement du niveau de maturité qui lui, est interne au groupe. Comme pour celui-ci, on trouve trois grandes étapes(enfance, adolescence et maturité) : dans un premier temps le groupe est peu visible de l'extérieur. Dans un second temps il a tendance a chercher à faire sa place en se positionnant souvent contre les autres groupes qui font des choses similaires. Une fois arrivé à maturité, le groupe et ses membres sont perçus comme légitimes. Cela devient alors une force pour attirer de nouveaux membres. Certains groupes ont du mal à sortir d'un positionnement "contre", parfois du fait même des objectifs du groupe. Mais se battre contre l'extérieur peut conduire à finir par se battre... contre l'intérieur, et certains de ces groupes vont jusqu'à la désagrégation. Pour assurer une longévité, il peut être important de savoir réorienter ses objectifs et transformer une culture du contre en une culture constructive.

L'équilibre du groupe tient beaucoup à ses échanges avec l'extérieur. Un groupe échange des idées, des informations mais aussi des personnes (qui entrent mais aussi qui sortent du groupe, certaines pouvant également participer simultanément à plusieurs groupes). Pour que le groupe adopte un "régime équilibré", il faut se poser la question de la régularité de ces échanges (le groupe est-il resté longtemps sans intégrer de nouveaux membres ?), mais aussi de leur quantité, de leur qualité et de leur diversité, afin de trouver une harmonie entre l'identité propre au groupe et son renouvellement.

Pour en savoir plus


JM Cornu - La Coopération en 28 mots-clés - 10. Influence de l'environnement

#contraintes28 #legitimite28 #echanges28

Les compétences de la coopération

Après avoir vu les 16 facettes qui permettent de comprendre ce qui se passe dans un groupe, il nous reste à voir les 12 compétences qui permettent de mieux agir dans un groupe.

Les comp√©tences li√©es aux personnes sont utiles non seulement pour les coordinateurs mais √©galement pour les participants. Elles consistent √† savoir int√©grer des personnes dans un groupe (et s'int√©grer soi-m√™me...), se comporter de fa√ßon collaborative, g√©rer "l'infob√©sit√©"(la surinformation qui est inh√©rente √† un environnement d'abondance et de transparence) et conna√ģtre son positionnement (y compris √™tre conscient d'√™tre un simple observateur ou m√™me d'agir en leader n√©gatif, tout en comprenant qu'il ne s'agit que d'un r√īle et quel est sa place dans le groupe).

Les compétences spécifiques au groupe comprennent : comment démarrer un groupe, le faire vivre, cartographier les idées et les positions9 (pour produire de l'intelligence collective ou gérer les conflits) et savoir auto-évaluer le groupe pour comprendre ce qui s'y passe et en débattre avec les autres membres du groupe autant que possible (cette dernière compétence peut être particulièrement utile, au delà des coordinateurs, à transmettre aux membres du groupe eux-mêmes).

Les compétences tournées vers l'environnement consistent à savoir produire (un document peut être produit de façon coopérative - en se répartissant des parties - , ou de façon collaborative - en travaillant sur le même texte - . Il est même possible de produire ainsi à plusieurs centaines de personnes10), organiser des événements ouverts sur l'extérieur, documenter ce que le groupe sait faire11 et enfin passer à l'échelle. Cette dernière compétence est encore peu répandue mais elle est fondamentale pour démultiplier les résultats de la coopération en touchant le plus grand nombre, y compris les "non militants"12.

Pour chacune de ces compétences, il existe plusieurs niveaux que l'on peut parcourir progressivement. Cela peut être facilement illustré avec la capacité à organiser un événement. Au début on peut y être exposé en assistant à un événement, puis on peut avoir participé à l'organisation. L'étape d'après consiste à comprendre et savoir expliquer l'organisation d'un événement. On peut ensuite développer une habilité à faire et même au stade utile être en capacité d'innover dans ce domaine.

Pour en savoir plus


JM Cornu - La Coopération en 28 mots-clés - 11. Les compétences de la coopération

Cartographier pour donner une vision d'ensemble
Comment produire un document à plusieurs centaines de personnes
Des recettes libres pour documenter nos savoir-faire (sur le site d'Imagination for People)
#integrer28 #comporter28 #infobesite28 #positionnement28 #demarrer28 #faire_vivre28 #cartographier28 #autoevaluer28 #produire28 #evenement28 #documenter28 #echelle28

La coopération en 28 mots clés, que faut-il retenir ?

La coopération est parfois mal comprise et donc rejetée comme quelque chose d'utopique ou bien ne pouvant pas être mis en place pour des contraintes de temps ou d'argent. Mais la coopération c'est avant tout faire converger l'intérêt individuel et collectif. Elle peut faire gagner du temps et de l'argent... ou en perdre13. Suivant le contexte (recherche d'innovation, recherche de l'implication des personnes...) et suivant comment elle est mise en place, elle peut s'avérer dans certains domaines bien plus efficace que les autres stratégies.

Il n'est pas ais√© de se rappeler les 28 mots cl√©s sans en oublier. Mais heureusement, cela n'est pas n√©cessaire. Il est possible de s'aider d'outils. Ainsi, un auto-questionnaire14 reprend chacune des 16 facettes qui permettent de comprendre ce qui se passe dans un groupe, sous la forme de questions √† se poser. Plut√īt que de chercher √† l'ext√©rieur du groupe les r√©ponses, il est bien plus efficace de se poser les bonnes questions (y compris avec les autres membres du groupe) car les meilleures r√©ponses d√©pendent avant tout d'une grande compr√©hension des sp√©cificit√© du groupe concern√©... et de choix enrichis par une diversit√© de points de vue.

S'il est utile de disposer d'outils pour retrouver les 28 aspects qui permettent de comprendre la coopération, il est également indispensable de pouvoir conserver à l'esprit certaines bases dont l'observation doit devenir un véritable réflexe. Les aspects à intégrer sont au nombre de trois. Ils constituent les "conditions ICE" (Implication, Communs, Echanges) :
- 1. L'implication de quelques personnes : pas tout le monde car, comme nous l'avons vu, les observateurs et les inactifs constituent la majorit√© dans les groupes d√®s que l'on d√©passe une douzaine de personnes. Cependant, il est indispensable de s'assurer qu'au moins une ou quelques personnes s'investissent dans le groupe et y adoptent une attitude proactive. Se r√©fugier derri√®re les outils qui feraient appara√ģtre de la coop√©ration comme par miracle est une utopie pour les groupes en dessous de plusieurs milliers voire dizaine de milliers.
- 2. Des communs accessibles : les fondamentaux du groupe (objectifs, règles de fonctionnement, outils et méthodes utilisés...) sont-ils accessibles à tous y compris les nouveaux ? Les productions du groupe sont elles facilement accessibles et réutilisables y compris en dehors du groupe ?
- 3. Des moyens d'échange : il est important de disposer de plusieurs outils et règles d'échange pour assurer la communication entre les participants qui permettront de faire converger le groupe : en présentiel et à distance, lors de moments synchrones (réunions) et en asynchrone (échanges en ligne par exemple), lors d'échanges organisés et de rapports informels (la "machine à café")...
Ces trois conditions doivent être mises en place de façon efficace mais également diversifiée (Robert Ulanowicz a montré que la durabilité maximale d'un système dépendait de l'équilibre entre deux aspects antagonistes : 1/3 d'efficacité et 2/3 de résilience par la diversification)15.





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La méthode GTD

Auteur de la fiche : H√©l√®ne Laxenaire
Licence de la fiche : Creative Commons BY-SA
Description : La m√©thode GTD (Getting Things Done) a √©t√© expos√©e par David Allen dans son ouvrage Getting Things Done : The Art of Stress-Free Productivity .
L'objectif de cette m√©thode d'organisation est de mettre en place un syst√®me assez solide et robuste pour se d√©charger l'esprit des choses √† faire et de la culpabilit√© de ne pas l'avoir fait afin de pouvoir aborder son travail de mani√®re sereine. C'est le m√™me principe que la Pensine qu'utilise le magicien Dumbledore dans Harry Potter : un r√©cipient o√Ļ il d√©pose ses pens√©es et ses souvenirs afin de s'en d√©charger, en sachant qu'il pourra √† tout moment les retrouver. Vous trouverez ci-dessous les principes g√©n√©raux ainsi que la mani√®re dont je l'utilise mais je vous conseille de vous reporter √† l'ouvrage de David Allen si vous souhaitez la mettre en place.

Lister ses projets et les diviser en t√Ęches op√©rationnelles

Quand on met en place la m√©thode GTD la premi√®re chose est de faire une liste exhaustive de tous ses projets, des plus triviaux (prendre rendez-vous chez le dentiste) aux plus importants (mettre en place un colloque participatif mondial) et de faire un premier tri entre ceux que l'on va r√©aliser ou qui sont en cours et ceux que l'on fera un jour peut-√™tre (apprendre l'accord√©on). Une fois list√©s, pour chacun des projets en cours ou √† venir, il faut r√©fl√©chir √† la premi√®re petite t√Ęche op√©rationnelle que l'on peut faire pour le d√©marrer : "Demander √† Laurence le nom de son dentiste", "Lire la fiche sur l'organisation d'√©v√©nements participatifs dans l'ebook de Cooptic". Il faut ensuite ajouter ces t√Ęches dans la liste des choses √† faire. Toutes les t√Ęches dans la liste des choses √† faire doivent √™tre op√©rationnelles et ne doivent pas pouvoir √™tre divis√©es en sous-t√Ęches. Ainsi plut√īt que de noter "Pr√©parer l'AG", il faut noter plut√īt : "Pr√©parer un Doodle pour fixer la date de l'AG" ou m√™me "Demander √† Laurence le fichier des adh√©rents" (afin de pouvoir leur envoyer le lien Doodle pour fixer la date de l'AG). "Pr√©paration de l'AG" est un projet, pas une t√Ęche.

Définir ses priorités en fonction de ce que l'on peut faire

Un des principes de base de cette m√©thode est de trier et s√©lectionner les choses √† faire en ce demandant : "Quelle action puis-je faire, l√† maintenant ?". En effet, pour David Allen, ce qui oriente le choix d'une t√Ęche ce sont ses conditions intrins√®ques de r√©alisation, avant toute id√©e de priorit√© a priori. Aussi chaque t√Ęche est accompagn√©e de crit√®res qui permettent de choisir celle que l'on va effectu√©e, l√† maintenant, tout de suite :
1. Le contexte : lieu (je ne peux effectuer cette t√Ęche qu'au bureau) ou personne (je ne peux effectuer cette t√Ęche qu'avec St√©phane) ou outil (je ne peux effectuer cette t√Ęche que si j'ai un ordinateur reli√© √† internet).
2. Le temps disponible : j'ai besoin de tant de temps pour effectuer cette t√Ęche.
3. √Čnergie disponible : pour effectuer cette t√Ęche je dois absolument √™tre en forme, ou concentr√© ou bien je peux effectuer cette t√Ęche m√™me si je n'ai plus que 2 neurones de vaillants.
4. Priorit√© : priorit√© du projet ou de la t√Ęche.
Mais la priorit√© n'arrive qu'√† la fin, ce n'est pas elle qui d√©termine la t√Ęche mais c'est elle qui parmi les t√Ęches possibles correspondant au contexte, au temps et √† l'√©nergie disponible, va d√©terminer laquelle finalement je choisis.
Je ne d√©cide de faire une t√Ęche que si effectivement je peux la faire.

Mise en oeuvre de la méthode

Objectif

L'objectif est de soumettre des situations aux participants et de proposer deux hypothèses de travail en lien avec les situations proposées. Les participants devront faire le choix d'une hypothèse et être capables d'argumenter leur choix pour convaincre les autres de les rejoindre.

Règles de fonctionnement

  • 1. L'animateur pr√©sente une situation.
  • 2. Il propose au groupe deux hypoth√®ses en lien avec la situation pr√©sent√©e.
  • 3. Il demande au groupe de choisir et de se d√©placer √† sa droite pour telle hypoth√®se ou √† sa gauche pour la deuxi√®me hypoth√®se.
  • 4. Chaque groupe doit argumenter pour convaincre les membres de l'autre groupe de les rejoindre dans leur choix.
  • 5. Lorsque les groupes sont "stabilis√©s", l'animateur pr√©sente la situation suivante et le processus recommence.

L'animateur du débat mouvant devrait

  • 1. R√©diger 5 ou 6 situations et pour chaque situation deux hypoth√®ses claires et oppos√©es qui permettent un choix.
  • 2. Pr√©senter les situations avec le plus de clart√© et de pr√©cision possible.
  • 3. Veiller √† ce que le d√©bat ne se transforme pas en cacophonie et permette l'expression des arguments de chacun de fa√ßon √©quilibr√©e.
  • 4. Veiller √† passer √† la situation suivante lorsque les groupes sont "stabilis√©s".¬†

Exemple de débat mouvant vécu lors de la formation

Une fa√ßon d'inciter √† donner est d'en d√©velopper la motivation. Non pas la motivation extrins√®que comme nous l'avons vu (contre-don, reconnaissance sociale), mais plut√īt une motivation intrins√®que qui n'attend rien de l'ext√©rieur (estime de soi, r√©alisation de soi). Il ne s'agit donc pas d'un don gratuit mais plut√īt d'un don d√©sint√©ress√©, au sens o√Ļ il n'y a pas d'int√©ressement (un "int√©r√™t √†...") mais plut√īt un "int√©r√™t pour..."1. Cependant, dans la th√©orie de l'autod√©termination, cette distinction intrins√®que/extrins√®que est vue plut√īt comme un continuum2.

Les motivations intrins√®ques "d√©termin√©es par le plaisir et le sentiment d'autonomie 3" int√©ressent beaucoup l'√©conomie moderne. Parmi elles, l'estime de soi est un des moteurs de la charit√© (avec la reconnaissance sociale qui est elle, une motivation extrins√®que). Beaucoup de donneurs anonymes le font en consid√©rant qu'ils ont de la chance d'√™tre dans leur situation et qu'il est bien d'en faire profiter ceux qui n'ont pas eu cette chance, se mettant ainsi en accord avec leurs propres valeurs. Celles-ci peuvent √™tre personnelles ou culturelles. Il est donc possible de jouer sur les valeurs du groupe o√Ļ l'on souhaite mettre en place un syst√®me de don. La construction d'un syst√®me de valeurs se fait cependant progressivement et peut se heurter ponctuellement aux valeurs individuelles de certaines personnes, diff√©rentes de celles du groupe. √Ä l'inverse, le syst√®me de valeurs est √©galement constitutif du groupe4, incitant ceux qui s'y reconnaissent √† int√©grer le groupe et rejetant parfois ceux qui ont des valeurs diff√©rentes. L'autre type de motivation intrins√®que est la "r√©alisation de soi". Les travaux en psychologie positive ont montr√© que l'on atteint un √©tat de bonheur, nomm√© "√©tat de flow", lorsque l'on est totalement absorb√© dans ce que l'on fait. Pourrait-on s'immerger dans le don √† l'autre et y trouver un grand bonheur ?

Pour en savoir plus : l'état de flow 5

Mihaly Csikszentmihalyi, une des figures de proue de la psychologie positive6, s'est int√©ress√©e, d√®s les ann√©es 70, aux personnes qui consacraient beaucoup de temps et d'√©nergie √† des activit√©s diverses, pour le simple plaisir de les faire, sans attendre en retour des gratifications sous forme d'argent ou de reconnaissance sociale (joueurs d'√©chec, alpinistes, danseurs, par exemple). Ses observations l'ont amen√© √† conclure que le bonheur, c'est lorsque nous "donnons le meilleur de nous m√™me". Il d√©crit un principe d'exp√©rience optimale, un √©tat de flow, o√Ļ nous sommes compl√®tement absorb√©s dans ce que nous faisons. Cela peut √™tre une activit√© tr√®s valorisante, comme √©crire un livre, gravir une montagne ou une simple activit√© de la vie quotidienne dans laquelle nous aurons su trouver de l'int√©r√™t pour nous investir pleinement. Cela peut m√™me parfois s'appliquer √† ce qui est habituellement per√ßu comme une corv√©e (vaisselle, repassage, etc.). Gr√Ęce aux t√©moignages recueillis et aux exp√©riences r√©alis√©es, Csikszentmihalyi a identifi√© diff√©rentes particularit√©s d√©crivant l'√©tat de flow7.
1 - Haut degré de concentration sur un champ limité de conscience (hyperfocus), absence de distraction ;
2 - Une perte du sentiment de conscience de soi, disparition de la distance entre le sujet et l'objet ;
3 - Distorsion de la perception du temps ;
4 - Rétroaction directe et immédiate. Les réussites et difficultés au cours du processus sont immédiatement repérées et le comportement ajusté en fonction ;
5 - Sensation de contr√īle de soi et de l'environnement.

Michael Norton, professeur associé à la Harvard Business School montre comment le bonheur peut être associé au fait de donner, y compris de l'argent8. Il a réalisé une étude sur le campus de l'Université de Colombie Britannique à Vancouver en demandant à des étudiants à quel point ils étaient heureux et en leur donnant une enveloppe. Elle contenait de l'argent, 5$ ou 20$ suivant les étudiants et également un mot indiquant pour la moitié des étudiants : "d'ici 17h aujourd'hui dépensez cet argent pour vous-même" et pour l'autre moitié "d'ici 17h aujourd'hui, dépensez cet argent pour quelqu'un d'autre". A la fin de la journée, les chercheurs ont interrogé les étudiants en leur demandant à quoi ils avaient dépensé leur argent et à quel point ils se sentaient heureux maintenant. Les chercheurs ont constaté que les personnes qui avaient dépensé l'argent pour les autres étaient plus heureux que ceux qui l'avaient utilisé pour eux-mêmes, et cela indépendamment de la somme d'argent dépensée. Michael Norton a réalisé une expérience similaire en Ouganda et à constaté que la situation était la même. Pour étendre cette recherche, il a ensuite fait appel à l'institut de sondage Gallup pour poser deux questions : "avez-vous donné de l'argent à un organisme caritatif récemment ?" et "à quel point êtes-vous heureux de votre vie en général". Dans la très grande majorité des pays les deux réponses sont corrélées positivement : donner rend plus heureux.

Mais il existe une difficult√© pour atteindre le bonheur et l'√©tat de flow. Nous avons tendance √† privil√©gier les activit√©s passives (comme regarder la t√©l√©vision...) qui nous apportent une satisfaction tr√®s partielle mais imm√©diate plut√īt que des activit√©s actives qui vont nous rendre plus heureux mais qui demandent un effort au d√©part. Comment d√©passer cette "barri√®re de l'effort"? Celui qui prend du plaisir dans le footing a d'abord souffert les premi√®res fois; le musicien a d√Ľ s'entra√ģner parfois de longues ann√©es avant de pouvoir s'immerger dans une oeuvre, voire composer lui-m√™me; Simplement le fait de passer de bons moments entre amis n√©cessite de sortir de chez soi... Tout au moins, il est important de vivre une premi√®re fois une exp√©rience avant de se rendre compte qu'elle nous apporte du plaisir.

Vivre une petite expérience irréversible

Pour d√©passer cette "barri√®re de l'effort" et trouver le bonheur dans un √©tat de flow, il peut √™tre n√©cessaire que nous visions une "petite exp√©rience irr√©versible9", celle qui changera profond√©ment notre fa√ßon de voir en nous ouvrant des perspectives qui nous semblaient impossibles. Nipun Mehta, le fondateur de ServiceSpace.org, un incubateur de projets √† l'intersection du b√©n√©volat, de la technologie et de l'√©conomie du don, cite une histoire vraie qui s'est d√©roul√©e le jour de No√ęl √† Mexico. Elle illustre bien cette diff√©rence entre l'id√©e que nous nous faisons d'une situation et le bonheur qu'elle peut nous apporter10. "Un p√®re et son fils sont assis pr√®s d'un sapin. Un gamin des bidonvilles passe par l√†. Le p√®re se tourne vers son fils et lui dit de lui donner un de ses jouets. Le fils est r√©ticent bien s√Ľr mais quand il se rend compte que son p√®re est s√©rieux, il prend l'un de ses jouets, celui qu'il aime le moins, et se pr√©pare √† le donner. Mais son p√®re lui dit : "mon fils, donne ton jouet favori". L'enfant bien que r√©ticent au d√©part, fini par le faire. Quand il revient, le p√®re se dit qu'il doit f√©liciter son geste et reconna√ģtre le grand sacrifice que son fils a fait. Mais de fa√ßon surprenant, l'enfant √† son retour saute de joie, regarde son p√®re et lui dit : "Papa, c'√©tait incroyable ! Est-ce que je peux le faire encore ?".

Les actes que nous faisons sont souvent dict√©s par la fa√ßon dont nous percevons les choses et cette perception, ind√©pendamment de la r√©alit√© d√©pend de l'environnement, de ce que nous entendons autour de nous sur le sujet, etc. L'√©conomie exp√©rimentale s'int√©resse aux comportements individuels et collectifs. Nous en avons d√©j√† vu un exemple avec la th√©orie cumulative des perspectives11 qui montre notre aversion au risque. Jacques Lecomte12, professeur de psychologie √† l'Universit√© de Nanterre et √† l'Institut Catholique de Paris en propose d'autres avec en particulier une exp√©rience de proph√©tie auto-r√©alisatrice, une affirmation qui modifie les comportements par le simple fait d'√™tre diffus√©e et ainsi devient vrai. Dans une exp√©rience, un exp√©rimentateur donne les m√™mes r√®gles du jeu √† tous les participants mais annonce √† la moiti√© du groupe qu'ils vont participer au "jeu de Wall Street" et √† l'autre moiti√© au "jeu de la communaut√©". Les sujets sont deux fois plus nombreux √† coop√©rer dans le deuxi√®me cas ! Ainsi, nous sommes pr√©dispos√©s √† la fois √† la coop√©ration et √† la comp√©tition. Mais il y a une subtilit√© que rel√®ve Jacques Lecomte : nous sommes pr√©dispos√©s et non pas pr√©destin√©s √† l'un ou √† l'autre. C'est le contexte qui nous fait basculer dans un mode ou dans l'autre. Les m√©canismes de mim√©tismes fortement d√©velopp√©s chez l'homme, aident √† propager les proph√©ties auto-r√©alisatrices, qu'elles soient altruiste ou √©go√Įstes...

Il existe d'autres m√©canismes encore pour vivre des premi√®res exp√©riences de don. Dans l'exemple du "Pay-it forward" que nous avons vu au chapitre pr√©c√©dent, l'engagement du b√©n√©ficiaire d'un don √† donner √† son tour √† d'autres personnes "en avant" n'est pas une garantie qu'il le fera. Mais cette promesse augmente les chances que de nouveaux dons soient faits. Dans sa pr√©sentation √† TEDx13, Nipun Mehta pr√©sente le "Karma kitchen" √† Washington DC. Il s'agit d'un √©tablissement tout √† fait normal o√Ļ vous pouvez venir manger, mais il est tenu par des b√©n√©voles et surtout √† la fin de votre repas, vous recevez une note de 0$ expliquant : "dans un esprit de g√©n√©rosit√©, quelqu'un qui est venu avant vous a fait un don pour ce repas. Nous esp√©rons que vous continuerez la cha√ģne en donnant √† votre tour ! Pour payer pour un futur invit√© vous pouvez laisser une contribution anonyme dans cette enveloppe. Merci !". Nous sommes ici typiquement dans une approche de type Pay-it forward"14. La plupart des personnes acceptent de faire un don et m√™me si quelques uns sont des "passagers clandestins", le fait que l'on donne plus volontiers pour les autres que pour soi-m√™me a permis √† ce restaurant de vivre depuis 3 ans. Aujourd'hui, d'autres restaurants de ce type ouvrent. L'initiative d'une ancienne b√©n√©vole du Karma restaurant, Minah Jung a m√™me permis d'√©valuer combien nous donnons en plus pour les autres par rapport √† ce que nous sommes pr√™t √† donner pour nous m√™me15. Elle s'est associ√©e au professeur Leif Nelson de la Haas Business School √† Berkeley pour faire une exp√©rimentation dans un mus√©e o√Ļ l'entr√©e est g√©n√©ralement factur√©e 1 $. Dans une premi√®re exp√©rience ils ont install√© une boite o√Ļ les visiteurs pouvaient laisser ce qu'ils voulaient. La somme moyenne √©tait alors de 1,33 $, sup√©rieure au prix d'entr√©e habituel. Lorsqu'ils ont mis une personne pour recevoir le prix que les visiteurs voulaient payer, le montant moyen est pass√© √† 2 $. Mais surtout, lorsqu'on disait aux visiteurs que le mus√©e √©tait gratuit pour eux mais qu'ils payaient pour la personne d'apr√®s, alors la moyenne des dons √©tait de 3 $ soit trois fois le prix d'entr√©e habituel ! Nous sommes plus g√©n√©reux pour les autres que pour nous m√™me...

La piste de l'ocytocine pour favoriser notre penchant à la coopération ?

Depuis quelques temps, une hormone provoque un grand int√©r√™t chez ceux qui voudraient d√©velopper la coop√©ration et le don : l'ocytocine (ou oxytocine). Cette petite cha√ģne de 9 acides amin√©s semble par√©e de toute les vertus16. Elle intervient dans le d√©veloppement des relations m√®re-enfant, dans la fid√©lit√© dans le couple, et dans de nombreux comportements sociaux tels que la confiance, le d√©veloppement de l'empathie, la coop√©ration ou l'altruisme. Le neuro√©conomiste Paul Zak l'a m√™me surnomm√©e la "mol√©cule morale17". Nous produisons de l'ocytocine lorsque nous touchons une personne (comme √† l'occasion d'une poign√©e de main) et bien plus encore lors d'un baiser. Cette hormone, contrairement √† beaucoup d'autres, n'a pas de dispositif r√©gulateur et sa production peut donc culminer par des pics importants, en particulier lors de l'orgasme. Mais cette mol√©cule a d'autres effets18. Elle peut provoquer du favoritisme envers les personnes de son groupe contre ceux qui n'en font pas partie19 et peut m√™me pousser √† d√©sirer et se r√©jouir du malheur des autres20. L'ocytocine est-elle l'hormone qui facilite le don ou le rejet ? Il va nous falloir aller un peu plus loin pour le comprendre. A bien des √©gards cette mol√©cule se distingue des autres hormones. Contrairement aux autres, elle ne se limite pas √† deux ou trois effets, mais agit dans de nombreux cas. C'est elle qui permet les contractions du col de l'ut√©rus lors de la naissance, elle provoque la s√©cr√©tion de lait pour permettre l'allaitement, elle provoque l'√©rection chez l'homme (le Viagra agit sur la s√©cr√©tion d'ocytocine) et provoque un √©tat de plaisir dans de nombreux cas : orgasme mais aussi de fa√ßon plus r√©duite lorsque l'on agit de fa√ßon coop√©rative. Tous ces effets peuvent appara√ģtre h√©t√©roclites voire contradictoires. Pour leur trouver une coh√©rence, il faut remarquer comme le fait le chimiste Marcel Hibert21, que contrairement aux autres hormones qui aident √† la survie de l'individu, l'ocytocine aide √† la survie de l'esp√®ce22. Elle nous aide √† nous reproduire, √† prendre soin de nos petits, √† coop√©rer avec les membres de notre alliance, mais √©galement √† bien distinguer ceux qui sont √† l'int√©rieur ou √† l'ext√©rieur de notre groupe. L'action de l'Ocytocine d√©pend donc du contexte et une des pistes pour expliquer son fonctionnement serait qu'elle focalise notre attention sur les signaux sociaux23. En prenant ces r√©serves en compte, nous pourrions imaginer malgr√© tout de d√©velopper le don par l'ocytocine comme le proposent certains. Mais si une simple poign√©e de main aide √† produire de l'ocytocine, il n'est pas toujours facile d'avoir un long baiser entre les acteurs pour provoquer un pic de s√©cr√©tion de l'hormone ! Il est possible d'utiliser un spray intranasal et des √©tudes ont montr√© qu'il d√©veloppait la confiance24 Mais comme le dit Marcel Hibert, allez donc mettre un spray dans le fond du nez de votre banquier ! Bien plus important, le fait que l'on puisse avoir un seul des acteurs qui respire de l'ocytocine et pas l'autre ouvre la porte √† de nombreuses d√©rives et pose des questions √©thiques. Pour d√©velopper notre propension √† donner, il vaut mieux s'en tenir √† la production naturelle et r√©ciproque d'ocytocine : la simple rencontre, la poign√©e de main, le contact, voire pourquoi pas la danse. C'est √©galement le cas pour les "c√Ęlins gratuits25" (en anglais Free Hugs, un mouvement qui s'est d√©velopp√© dans le monde entier √† partir de 2004 o√Ļ des personnes proposent des accolades aux gens dans un lieu public). Le "c√Ęlin gratuit" nous fait g√©n√©rer de l'ocytocine et nous rend heureux et de plus il est sym√©trique : on ne peut donner une accolade sans la recevoir √©galement...

Cet article est extrait de l'ouvrage : Cornu Jean-Michel, Tirer b√©n√©fice du don, pour soi, pour la soci√©t√©, pour l’√©conomie [en ligne], Stimulo, ISSN 2265-7754, 1 vol., Limoges, France, FYP, 2013, disponible sur¬†<http://www.cornu.eu.org/news/donner-une-capacite-naturelle-mais-limitee>.
(mais cet article est lui sous licence CC-BY-SA)


1 Cornu Jean-Michel, ¬ę De quel don parle-t-on ? ¬Ľ [en ligne], in Tirer b√©n√©fice du don, pour soi, pour la soci√©t√©, pour l’√©conomie, Stimulo, ISSN 2265-7754, 1 vol., Limoges, France, FYP, 2013, disponible sur <http://www.cornu.eu.org/news/donner-une-capacite-naturelle-mais-limitee>.
2 Deci Edward L., Ryan Richard M. (éd.), Handbook of self-determination research, 1 vol., Rochester, Royaume-Uni, The University of Rochester Press, 2004.
3 ¬ę Motivation ¬Ľ [en ligne], Wikip√©dia, disponible sur <http://fr.wikipedia.org/wiki/Motivation>, (consult√© le 30 janvier 2014).
4 Voir en particulier les travaux d'Elinor Omstrom, "prix Nobel" d'√©conomie 2009 pour ses travaux sur la gouvernance des biens communs par les communaut√©s elles-m√™mes : Eychenne Fabien, ¬ę Notions de base - Annexe 7 - E. Ostrom : la gouvernance des biens communs ¬Ľ [en ligne], R√©seau social de la Fing, disponible sur <http://www.reseaufing.org/pg/blog/fabien/read/83725/notions-de-base-annexe-7-e-ostrom-la-gouvernance-des-biens-communs>, (consult√© le 30 janvier 2014).
5 Cornu Jean-Michel, La monnaie, et après ? guides des nouveaux échanges pour le XXIe siècle, Limoges, FYP éd., 2012.
6 Cs√≠kszentmih√°lyi Mih√°ly, Servan-schreiber David, Vivre: la psychologie du bonheur, trad. Bouffard L√©andre √Čditeur scientifique, Pocket. √Čvolution, ISSN 1639-5727Presses pocket (Paris), ISSN 0244-6405 12335, 1 vol., Paris, France, Pocket, 2005.
7 ¬ę Flow (psychologie) ¬Ľ [en ligne], Wikip√©dia, disponible sur <http://fr.wikipedia.org/wiki/Flow_(psychologie)>, (consult√© le 30 janvier 2014).
8 ¬ę Michael Norton : Comment acheter le bonheur | Video on TED.com ¬Ľ [en ligne], Ted : Ideas worth spreading, disponible sur <http://www.ted.com/talks/lang/fr/michael_norton_how_to_buy_happiness.html>, (consult√© le 30 janvier 2014).
9 Le terme est de Laurent Marseault de Outils Réseaux
10 ¬ę Pay it forward: Nipun Mehta @ TEDxGoldenGateED ¬Ľ [en ligne], Ted : Ideas worth spreading, disponible sur <http://blog.tedx.com/post/17375163362/pay-it-forward-nipun-mehta-tedxgoldengateed>, (consult√© le 30 janvier 2014).
11 Cornu Jean-Michel, ¬ę Le taux de satisfaction des besoins r√©els identifi√©s ¬Ľ [en ligne], in Tirer b√©n√©fice du don, pour soi, pour la soci√©t√©, pour l’√©conomie, Stimulo, ISSN 2265-7754, 1 vol., Limoges, France, FYP, 2013, disponible sur <http://www.cornu.eu.org/news/donner-une-capacite-naturelle-mais-limitee>.
12 Lecomte Jacques, La bonté humaine: altruisme, empathie, générosité, 1 vol., Paris, France, O. Jacob, 2012.
Lecomte, Jacques. La bonté humaine : altruisme, empathie, générosité. O. Jacob, 2012. 398 p.
13 ¬ę TEDxBerkeley - Nipun Mehta - Designing For Generosity ¬Ľ [en ligne], YouTube?, disponible sur <http://www.youtube.com/watch?v=kpyc84kamhw&feature=youtu.be>, (consult√© le 30 janvier 2014).
14 Cornu Jean-Michel, ¬ę Le don plus efficace que l’√©change ? ¬Ľ [en ligne], in Tirer b√©n√©fice du don, pour soi, pour la soci√©t√©, pour l’√©conomie, Stimulo, ISSN 2265-7754, 1 vol., Limoges, France, FYP, 2013, disponible sur <http://www.cornu.eu.org/news/donner-une-capacite-naturelle-mais-limitee>.
15 Nipun Mehta, ¬ę Research On Pay Forward Phenomena ¬Ľ [en ligne], ServiceSpace?, disponible sur <http://www.servicespace.org/blog/view.php?id=10053>, (consult√© le 30 janvier 2014).
16 Dvorsky George, ¬ę 10 Reasons Why Oxytocin Is The Most Amazing Molecule In The World ¬Ľ [en ligne], io9, disponible sur <http://io9.com/5925206/10-reasons-why-oxytocin-is-the-most-amazing-molecule-in-the-world>, (consult√© le 30 janvier 2014).
17 Zak Paul J., The moral molecule: The source of love and prosperityRandom House, 2012.
18 Yong Ed, ¬ę Non, l’ocytocine n’est pas la mol√©cule de l’amour et de la morale ¬Ľ [en ligne], slate, trad. Gallaire Fabienne, disponible sur <http://www.slate.fr/story/59785/ocytocine-hormone-calin>, (consult√© le 30 janvier 2014).
19 Dreu Carsten KW De, Greer Lindred L., Kleef Gerben A. Van, et al., ¬ę Oxytocin promotes human ethnocentrism ¬Ľ, Proceedings of the National Academy of Sciences 108 (2011/4), p. 1262‑1266., (consult√© le 30 janvier 2014).
20 Shamay-tsoory Simone G., Fischer Meytal, Dvash Jonathan, et al., ¬ę Intranasal administration of oxytocin increases envy and schadenfreude (gloating) ¬Ľ, Biological psychiatry 66 (2009/9), p. 864‑870., (consult√© le 30 janvier 2014).
21 Voir en particulier le podcast audio dis de Marcel Hibert sur Canal U : ¬ę La chimie de l’amour - Marcel Hibert - Universit√© de tous les savoirs - Vid√©o - Canal-U ¬Ľ [en ligne], disponible sur <http://web.archive.org/web/20120707042548/http://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/dl.1/podcast.1/la_chimie_de_l_amour_marcel_hibert.7042>, (consult√© le 30 janvier 2014).
22 Une autre hormone, la vasopressine, a √©galement largement contribu√© √† la survie de l'esp√®ce mais avec une strat√©gie oppos√©e √† l'ocytocine. La vasopressine contr√īle le syst√®me de lutte ou de fuite alors que l'ocytocine contr√īle celui de type calme et contact. Le premier diminue le niveau de conscience alors que le second pourrait d√©velopper l'attention aux signaux sociaux.
23 Bartz Jennifer A., Zaki Jamil, Bolger Niall, et al., ¬ę Social effects of oxytocin in humans: context and person matter ¬Ľ, Trends in cognitive sciences 15 (2011/7), p. 301‑309., (consult√© le 30 janvier 2014).
24 Kosfeld Michael, Heinrichs Markus, Zak Paul J., et al., ¬ę Oxytocin increases trust in humans ¬Ľ, Nature 435 (2005/7042), p. 673‑676., (consult√© le 30 janvier 2014).
25 ¬ę Official Home of the Free Hugs Campaign ¬Ľ [en ligne], disponible sur <http://freehugscampaign.org/>, (consult√© le 30 janvier 2014).

Organiser un événement participatif

Auteur de la fiche : Outils-r√©seaux Vincent Tardieu
Licence de la fiche : Creative Commons BY-SA
Description :

Des animations pour mieux faire vivre la participation et la coopération en présence

cornu


Pratiquer le dialogue démocratique et la démocratie participative (DP), ça s'apprend !
Rien n'est inné, ni donné par avance, pour les faire bien vivre en groupe. Même au sein de groupes sensibilisés à ces thématiques.
D'une façon générale, pour bien pratiquer ensemble, la démocratie participative demande un vrai investissement en amont des réunions collectives, de prendre en compte l'avant-réunion comme une étape aussi importante que celle de la réunion elle-même, et de l'après-réunion.
L'objectif de cette initiation est aussi de ne pas limiter la DP aux étapes préalable et postérieure à la réunion proprement dite, durant laquelle les organisateurs ne prendront pas le temps pour la faire vivre et assurer l'implication du plus grand nombre. Source de frustration évidente...
Accepter de prendre le temps et l'énergie à toutes ses étapes et procédure du débat collectif, n'équivaut pas à "perdre son temps" mais à en gagner pour la réflexion collective.
Enfin, trop souvent nous utilisons ces démarches participatives pour nous confronter à des sujets "bouillants" alors que nous n'en avons pas fait l'apprentissage. La participation et la coopération demandent une éducation spécifique qu'il conviendra de disjoindre de son utilisation opérationnelle au risque d'entendre "Je vous avais bien dit que la participation ça ne fonctionnait pas"...

1. Avant même de nous réunir...

Il est judicieux de commencer cette "√©ducation" √† la DP par une simple initiation, d'une fa√ßon pas trop "engageante" - d√©rangeante. Juste un coup, pour voir... Une bonne fa√ßon de go√Ľter au bonheur et aux exigences de la DP, et de ne plus vouloir s'en passer et revenir en arri√®re, √† des pratiques sans grande d√©mocratie. Nous allons travailler √† faire vivre de "petites exp√©riences irr√©versibles".

Ex.1 Les gouttes d'eau font les grands fleuves

Imaginons le cadre d'un séminaire d'une journée sur "la préservation de la biodiversité dans les pratiques agricoles", pour lequel chaque participant potentiel pourra se référer à un site web présentant l'organisme organisateur de la réunion, les objectifs globaux de cette réunion, ses dates et lieux, etc.

On peut commencer cette initiation à la DP en demandant à chaque personne s'inscrivant quelques questions supplémentaires à ses coordonnées. Du genre :
  • Les trois mots-cl√©s que vous associez au terme d'agriculture (libre ou sur une mini liste),
  • idem pour le terme de biodiversit√©,
  • les deux r√©f√©rences bibliographiques que vous recommandez sur cette double th√©matique,
  • etc...
Ce petit questionnaire personnalisé sera proposé à chaque nouvel inscrit, quelques semaines avant la tenue de cette réunion, et les réponses apportées par chacun mises en ligne, avec une possibilité de répondre et faire un commentaire à chacun.
En cas d'absence de site internet dédié à ce séminaire, on peut tout à fait initier cette DP en faisant un tour de table en commençant ce séminaire avec ces mêmes questions. Cela constituera ainsi une présentation à la fois plus originale que "je m'appelle M . XX, et je fais ci ou ça dans la vie...". Et surtout, cette présentation permet d'emblée de rentrer dans le vif du sujet avec une implication de chacun.
Cela permet aussi, par ce référentiel collectif en cours d'élaboration, ou par cette bibliographie, que l'on peut créer du bien collectif, utile à tous et libre d'accès.

Ex.2 Vous êtes fichés

  • Il est particuli√®rement int√©ressant, pour mieux impliquer les participants √† une r√©union que chacun puisse aussi se g√©or√©f√©rencer, et d√©couvrir alors des lieux communs, des amis ou connaissances communs, etc. Surtout lorsqu'on est sur un s√©minaire avec plusieurs dizaines de personnes et que les gens se connaissent peu.

Carto


Pour cela, très simple : on procédera de la même façon sur internet qu'avec le petit questionnaire de présentation personnalisé, en proposant à chaque personne s'inscrivant de cocher sur une carte administrative française ou autre (fonds de carte disponibles en ligne), selon la nature de la réunion, son lieu de vie ou / et de travail.
En cas d'absence de site internet d√©di√© au s√©minaire, on pourra trouver une carte IGN ou Michelin et l'afficher √† l'entr√©e du lieu du s√©minaire, avec d'une part des punaises color√©es qui permettront √† chacun de se localiser, mais aussi des bandes de papiers o√Ļ chacun pourra accrocher son nom (et un n¬į de t√©l√©phone et une adresse e-mail). Ceux qui auront exiger une photo d'identit√© aux inscrits pourront m√™me la reproduire en petit et l'accrocher avec la punaise de localisation...
  • On peut, selon la r√©union, faire la m√™me chose avec une carte des structures et des organisations pr√©sentes, ce qui permet √† chacun de savoir qui est l√† et pas l√†, les structures des directions d'organisation pr√©sentes, etc... On peut ajouter une feuille √† c√īt√© de cette carte o√Ļ chaque sigle d'organisme sera explicit√© pour les autres...
  • On peut enfin, ajouter √† ce g√©or√©f√©rencement une g√©oth√©matisation. Par exemple, sur le th√®me du s√©minaire indiqu√© plus haut, on proposera un tableau o√Ļ des questions et mots cl√© de r√©flexion seront soumis √† la discussion collective. Chacun pourra en cliquant sur l'un ou/et l'autre indiquer aux autres les sujets et questions qui lui tiennent √† coeur. On veillera aussi √† laisser une ou plusieurs cases vides afin de donner la possibilit√© √† chacun d'ajouter d'autres th√®mes et questions auxquels les organisateurs n'ont pas song√©. Cette g√©oth√©matisation (ou mapping) peut se d√©cliner √† la fois par internet, avant le s√©minaire, et en entr√©e de s√©minaire sur un tableau physique accroch√© au mur.
Cette géothématisation est une excellente manière de susciter des réactions, la discussion et réflexion collective, avant même que ne s'ouvre le séminaire proprement dit !
On pourra pousser l'exercice un peu plus loin en permettant, sur internet comme sur le tableau physique, de pouvoir ajouter une note brève, des coordonnées, qui compléteront son positionnement.
  • M√™me id√©e avec un "avis de recherches" : un tableau sur internet, puis reproduit et accroch√© √† l'entr√©e du s√©minaire, o√Ļ chacun peut indiquer "je suis √† la recherche d'infos sur les performances des techniques de BRF (Bois Ram√©al Fragment√©) pour le maintien de la biodiversit√© des organismes du sol", ou sur "je me demande si les MAE (Mesures Agro-Environnementales) discut√©es dans le cadre de la nouvelle PAC (Politique Agricole Commune) int√®grent la mise en oeuvre de jach√®res apicoles ?", etc. Chacun ajoutera √† sa question ou √† sa recherche ses coordonn√©es t√©l√©phoniques et e-mail afin qu'avant et apr√®s le s√©minaire d'autres puissent (continuer √†) lui r√©pondre.

tableau


Un petit dispositif astucieux de fiche internet (déclinable très simplement sur une fiche cartonnée affichée au mur) permettra, au-dessous de la question ou demande posée, d'afficher, à la vue de tous, les réponses obtenues (avec les coordonnées des auteurs des réponses). Cela participe à la réflexion collective et permet, en outre, à chaque personne ayant déposé un "avis de recherches" de repartir du séminaire avec sa fiche et les coordonnées des personnes avec lesquelles elle pourra poursuivre l'échange.

Il serait de bon aloi de demander à chaque auteur d'un "avis de recherches" de restituer au groupe, sous forme de synthèse en direct en fin de séminaire ou via internet quelques jours plus tard, les réponses obtenues.

Ex. 3 De l'usage des outils coopératifs

On peut insérer, dans le cadre d'un réseau internet organisant des réunions et des échanges d'infos, une série d'outils très simples et bien utiles, comme un agenda partagé qui permet à chacun de visualiser les activités et réunion du groupe, permet de proposer une initiative dans un créneau disponible, éviter de faire se chevaucher plusieurs RV et d'exclure certains de la possibilité d'y participer.
Quel que soit le contenu de ces cartes et tableaux, les organisateurs du séminaire prendront soin de reporter sur la carte ou tableau, physique, qui sera accroché à l'entrée de la réunion, les points de localisation, de géothématisation, les avis de recherche, etc. déjà entrés sur internet par certains.
Ces outils en ligne (questionnaires, agenda, etc.) sont modulables dans leur fonctionnement, et notamment dans leur gestion et les accès aux paramètres permettant de les formater et de les modifier. Une discussion préalable sur ces accès est donc nécessaire collectivement.

Donc, c'est clair : d'entrée de jeu, il faut prévoir le temps et l'espace pour que se noue ce dialogue entre les participants, et lui permettre de se poursuivre au-delà de la réunion.

2. Au cours de la réunion...

Les préliminaires décrits, entrons dans le vif de la DP !
L'animateur de la réunion aura tout intérêt à se saisir du "matériel" de commentaires et questions obtenus dans cette phase préparatoire pour nourrir, engager les travaux et la discussion du groupe, éviter d'ouvrir les discussions face à une grand tableau vide, ne pas hésiter à placer ne serait-ce que quelques mots clés, même provocants... Excellent pour susciter les prises de paroles !
De même, et d'une façon générale, deux procédures favorisent l'éveil participatif de chacun durant tout le séminaire, en dehors des jets d'eau froides, des insultes et des coups de pied au cul, bien entendu !

  • 1. Pr√©venir les participants que l'ensemble des pr√©sentations (voir Point 3), Powerpoint et autres, seront mises en ligne sur le site quelques jours √† quelques semaines apr√®s le s√©minaire. Cela pour √©viter que les gens passent leur temps √† gratter comme des malades durant les pr√©sentations et... n'√©coutent plus le contenu !
Un compte-rendu du séminaire (discussions inclues) peut aussi avoir lieu en ligne, et offrir une durée de vie plus grande à ce séminaire par une captation audio ou audiovisuelle du séminaire - ou d'une partie - , selon les moyens, qui sera insérée dans la foulée sur le site web.

  • 2. L'animateur effectuera des synth√®ses le plus r√©guli√®rement possible au cours du s√©minaire, quasiment en direct selon la nature des d√©bats, leur complexit√©, et les moyens informatiques (r√©troprojecteur avec logiciel Freemind, par ex.), afin que l√† encore, les gens s'attachent davantage. √Ä √©couter, √† r√©fl√©chir et √† d√©battre, plut√īt qu'√† fixer par √©crit les paroles d'autrui.
L'animateur sera alors vraiment le facilitateur qu'il doit être... Ce travail de synthèse régulier peut, en outre, permettre de nourrir les débats en ateliers qui pourront suivre une première séance plénière. On pourra de même inciter à utiliser un outils de type Etherpad afin que les participant rédigent le compte rendu à plusieurs, petite expérience irréversible de coopération.

Ce travail de synthèse pourra aussi être assumé par des tiers, surtout en cas d'ateliers, par des prises de notes (ou via Freemind), afin qu'une restitution puisse vraiment être discutée avant sa présentation au cours d'une nouvelle séance plénière. Ce travail de synthèse peut être facilité par la distribution aux personnes qui s'y collent de formulaires organisés à cette fin (conçu par l'animateur et les organisateurs).

Ce travail de synthèse suppose une discussion préalable sur les focus que les organisateurs attendent des sessions et des ateliers.
Et au lieu de préparer par avance synthèses et conclusions, avant même que le séminaire ait lieu - un grand classique dans les colloques internationaux ! -, on aura tout intérêt à discuter des focus par sessions et ateliers durant la phase préparatoire au séminaire entre organisateurs et animateur. Ces focus pourront être d'ailleurs proposés, par avance, aux participants inscrits à ce séminaire, donc mis en ligne avant le séminaire. Ils pourront ainsi être amendés par les participants avant et en cours de séminaire.
Cette procédure :
  • facilitera grandement les synth√®ses globales √† faire sur l'ensemble du s√©minaire,
  • favorisera une √©laboration plus d√©mocratique qu'√† l'ordinaire,
  • et garantira un rythme raisonnable pour leur diffusion ult√©rieure.
La technique de poser en entrée de séminaire une série de questions simples à répondre au cours d'un tour de table (sur la représentation qu'a chacun d'un terme ou d'une notion, par ex.), puis de reposer les mêmes questions en fin de séminaire, est un très bon moyen d'évaluation collective sur le chemin parcouru et l'utilité de ce séminaire.
Cet exercice peut être particulièrement apprécié par les organisateurs d'un séminaire ou l'organisation invitante, qui prendront ainsi la mesure du travail accompli. Ce procédé de l'avant et de l'après, peut se faire aussi sur le site internet du séminaire. Il peut être décliné de mille manières et permettre d'acter certaines avancées collectives.
On peut, dans le même esprit, répartir des réponses aux questions posées en ligne pour les compléter et les reformuler en direct, tous ensemble. Ce qui assure une continuité des phases de déroulement du séminaire, et justifie l'effort consenti par ceux qui ont pris la peine de se prêter au jeu en ligne.
Afin de favoriser l'expression des opinions et des questions, même lorsqu'on n'est pas une grand gueule et que l'on n'a pas l'habitude de prendre la parole en public, on proposera l'usage de "cartons question ou commentaire" (en quelques lignes).
Ils seront distribu√©s en entr√©e de s√©minaire, en plusieurs exemplaires. Compl√©t√©s, ils pourront √™tre gliss√©s dans une bo√ģte pr√©vue √† cet effet tout au long du s√©minaire (√† charge aux organisateurs d'aller relever cette bo√ģte aux questions et commentaires r√©guli√®rement) ou transmis √† l'animateur au cours d'une session.
post-it

Ce dernier pourra regrouper plusieurs questions et commentaires avant leur restitution, afin d'obtenir une réponse en direct.
Au cas o√Ļ le temps manquerait, ces questions et commentaires seront mis en ligne et la discussion pourra ainsi se prolonger, malgr√© la fin du s√©minaire. La cr√©ation de Forums de discussion peut √™tre initi√©e de cette mani√®re...
Une autre formule possible, l'animateur réunit questions et commentaires par thème, puis il va voir une personne-ressource et les lui transmet : cette personne-ressource prend le temps d'y répondre publiquement ou sur le site internet.
On peut aussi imaginer que cette personne donne ses r√©ponses √† l'animateur qui en fait la restitution en s√©ance publique ou sur le site internet. Cette formule via l'animateur offre l'avantage de rester synth√©tique - l√† o√Ļ un "sp√©cialiste" aura tendance √† d√©layer un peu trop sa r√©ponse - mais elle multiplie les interm√©diaires... et donc le risque de pertes d'information et de qualit√© de celle-ci.
Le d√©veloppement de jeux de r√īles. Nous les mentionnons juste ici, mais ils devraient faire l'objet de bien plus longs d√©veloppements ult√©rieurement. Ces jeux peuvent √™tre un excellent moyen pour faire sortir certaines id√©es, r√©flexions, comportements, et d√©passer des conflits, exposer des non-dits, etc. Un grand nombre de techniques et de jeux de r√īle existent √† cet effet. Ils ont beaucoup de vertu √† la condition qu'ils soient r√©ellement ma√ģtris√©s et coordonn√©s par l'animateur, qui devra ensuite en faire une analyse et une synth√®se publique dans la foul√©e.

3. Après la réunion, les discussions continuent !

L'une des premières discussions que l'animateur aura avec les organisateurs dudit séminaire - et ceux-ci avec les intervenants - concerne le statut des documents et des présentations (PP ou autres) des intervenants invités. Et plus exactement leur niveau de diffusion avant et après le séminaire. Ce point, très important, fait référence à la question de l'accès et de la diffusion des informations et des données contenues dans ces présentations.

Aujourd'hui, une large réflexion s'est engagée dans différents milieux sur l'accès libre à l'information sous toutes ses formes. Et la définition de différents statuts d'accès (licence) est proposée sous le concept de Creative Commons auquel nous adhérons. Ces différentes licences font d'une information un bien commun, un bien privé, un bien privé mais collectif, un bien commun sous conditions (être cité, utilisable seulement en lecture, utilisable en lecture et modifiable, utilisable commercialement mais sans appropriation possible, etc.) Pour plus d'information, le site http://fr.creativecommons.org/
En résumé, les données, informations et des documents présentés au cours de cette réunion peuvent être diffusés à l'extérieur, notamment via le site internet du séminaire de plusieurs manières :
  • Les intervenants en publient une synth√®se ou une pr√©sentation d√©di√©e sp√©cialement √† cette diffusion publique (pr√©sentation revue voire √©dulcor√©e de certains √©l√©ments jug√©s confidentiels) ;
  • ils acceptent une publication en ligne exclusivement √† destination des participants au s√©minaire (l'acc√®s √† celle-ci se fait alors que par un syst√®me de login et de mot de passe fournis aux seuls inscrits) ;
  • ils acceptent une diffusion en ligne accessible √† tous, participants au s√©minaire comme simples consultants du site ;
  • ils refusent toute mise en ligne de leur pr√©sentation. Dans ce cas, deux options : soit les organisateurs qui ont discut√© auparavant avec chaque intervenant sur une r√®gle du jeu de diffusion, ne le gardent pas comme intervenant ; soit ils subissent sa d√©cision avec le sourire...
Quoi qu'il en soit, cette mise en ligne des documents et des présentations doivent impérativement s'effectuer dans la foulée du séminaire, c'est-à-dire dans les jours qui suivent. Sinon, la dynamique créée au cours de ce séminaire sera brisée et les participants qui ont accepté de poser leur stylo pour écouter les présentations de manière plus active se sentiront frustrés. Ce travail de mise en ligne doit donc être prévu par les organisateurs afin qu'il ait bien lieu dans les délais.

Auteurs : Association Outils-Réseaux, Vincent Tardieu
Crédits illustrations sous licence creativecommons : by Moustic 2011 - by Ultimcodex - by Moustic 2011 - by Outils-Réseaux - by Zerojay

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Organiser, à distance, la communication d'un événement

Auteur de la fiche : Corinne Lamarche - SupAgro Florac
Licence de la fiche : Creative Commons BY-SA
T√©moignage : Je peux t√©moigner d'une exp√©rience, v√©cue √† distance, qui m'a √©tonn√© par son efficacit√©. Je me suis retrouv√©e √† faire partie d'un petit groupe charg√© de la communication des Rencontres Moustic 2013 r√©unissant deux cent personnes.

Comment ça s'est passé?

Je ne connaissais, au d√©part, que quatre personnes sur huit que j'ai rencontr√© le jour de l'√©v√©nement. Nous avons particip√©, ensemble, pendant cinq mois, √† quinze r√©unions √† distance, organis√©es sur Skype. Je n'√©tais pas convaincue d'y arriver, au d√©part ; et pourtant le r√©sultat fut excellent. Je suis tr√®s √©tonn√©e par la capacit√© que nous pouvons avoir √† travailler √† distance du moment que nous choisissons les bons outils et que les personnes sont dans une posture de partage et d'√©coute. Bien s√Ľr, les comp√©tences de chacun √©taient compl√©mentaires, mais cela ne suffit pas. Les outils collaboratifs nous ont beaucoup aid√©.

Ce que nous avons mis en place

Pour cet événement, un wiki fut mis en place, avec des rubriques pour chaque sous commissions (Copil, programmation, financement, communication). La fluidité de nos échanges fut facilité par l'affichage sur une seule page d'une sorte de tableau de bord, avec plusieurs paragraphes:
  • √Ā faire (r√©capitulatif des d√©cisions prises en fin de r√©union), ce qui m'a permis de m'y r√©f√©rer, de voir les t√Ęches que j'avais √† faire et de voir, aussi, celles qui ne l'√©taient pas sur lesquelles je pouvais intervenir en cas de temps disponible. Ces t√Ęches √©taient, au d√©part, attribu√© √† une personne ou deux, mais non exclusives, ce qui nous permettait de voir la progression.
  • Les date de r√©unions fix√©es √† l'avance. Au d√©but, nous avons √©chang√© sur les disponibilit√©s de chacun (temps de travail) et les p√©riodes de cong√©s.
  • Le lien pour la prise de note des r√©unions; et un pad de secours en cas de coupure du serveur h√©bergeur (cela nous est arriv√© une fois).
  • L'adresse de la liste de discussion, pour que ceux des autres commissions puissent communiquer avec cette commission.
  • Les documents de r√©f√©rence (avec un lien sur chaque Google Doc, ou autre outil de travail). Il est important d'y noter la liste des documents utiles √† la commission, pour pouvoir les retrouver plus facilement que par mails. Un mois et demi avant l'√©v√©nement, de nombreux documents ont √©t√© cr√©es et un mail envoy√© √† chaque fois pour donner le lien. Parfois l'objet du mail n'√©tait pas explicite et cela posait probl√®me pour retrouver cette information. J'ai donc r√©cup√©rer tous les liens et les ait mis sur cette page en d√©crivant le contenu. Il est aussi important de na pas cr√©er plusieurs tableaux, mais plut√īt un avec plusieurs onglets (ou feuillets)
  • Les compte-rendu des r√©unions. Cinq jours avant la r√©union, j'envoyais un mail rappelant la date et l'heure, le lien pour le pad avec des infos et l'ordre du jour en demandant s'ils souhaitaient rajouter des points; parfois j'y notais des questions et le jour m√™me la r√©ponse √©tait r√©dig√©e. La semaine avant, je lisais les compte rendus des autres sous commissions, et si il y avait des points √† faire conna√ģtre au groupe, je les notais en point info. Suite √† la r√©union, l'animateur, ou un autre, met le compte rendu sur une page wiki (mise en forme, hyperliens, lisibilit√©) et envoie le lien aux autres membres aussi pour tenir inform√© les absents), avec le rappel de la prochaine date.
  • La liste des participants o√Ļ sont not√©s les noms, pr√©noms et fonction des participants √† la sous-commission.

Ce qui me semble important c'est de d√©cider au pr√©alable des outils qu'on va utiliser, pour quoi faire et de la d√©marche; surtout ne pas en changer en court de route, ou sinon √™tre s√Ľr que chacun ma√ģtrise l'outil.

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Outils conviviaux

Auteur de la fiche : Laurent Marseault
Licence de la fiche : Creative Commons BY-SA
Description : Mais quel outil utiliser ? Quel est l'outil id√©al ? Avez-vous des mod√®les de cahiers des charges d'outils coop√©ratifs parfaits ?
Ces questions nous sont très souvent posées.
Il nous semble que la notion d'outils conviviaux nous aide à penser un peu plus la question fondamentale de l'outil.

Cette notion est proposée par Ivan Illich, penseur de l'écologie politique. Pour lui, les outils (compris au sens large, incluant moyens techniques, institutions) aliènent les individus et les privent d'autonomie. Leurs utilisations généralisées pouvant aller jusqu'à la contre-productivité.

3 conditions pour des outils conviviaux

Illich propose alors un cahier des charges simple et clair à ce qu'il nomme outil-convivial :
  • Il doit √™tre g√©n√©rateur d'efficience sans d√©grader l'autonomie personnelle.
  • Il ne doit susciter ni esclaves ni ma√ģtres.
  • Il doit √©largir le rayon d'action personnel.

Ces trois conditions appliquées aux organisations et aux moyens techniques redonnent place aux individus, leurs permettent d'être acteurs dans des systèmes sur lesquels ils ont prise. Les humains en ont besoin, l'humanité en a besoin.

La bibliothèque anxiogène

Dans une bibliothèque du Sud de la France, les salariés ont maintenant comme poste de travail un "client léger", il s'agit d'un terminal, connecté à un serveur central. Toutes les nuits, l'ordinateur est remis à neuf, seuls sont sauvegardés les dossiers personnels. Les logiciels installés par les utilisateurs (quand cela est possible) sont effacés dans la nuit, toutes personnalisations sont effacées... Ce système estimé très efficace par la direction des services informatiques est vécu comme insupportable par les bibliothécaires, générant une souffrance psychique palpable. Les tentatives d'évolution vers plus de convivialité ont été systématiquement rejetées provoquant la dés-implication de ceux qui, sans compter, amélioraient leur institution pour le bien des usagers.

La carte qui donne des idées

Freeplane est un petit logiciel de carte mentale ou carte heuristique. Utilisé devant un groupe pour l'aider à synthétiser la richesse de ses échanges, il permet de rendre visible les idées et leurs complémentarités. Il donne assez systématiquement des envies et idées d'utilisations auprès des personnes qui en ont vécu l'expérience. Logiciel libre facile à prendre en main, il est simple de se l'approprier et de le détourner pour de nouveaux usages. Il est proche de l'outil convivial par excellence.

Coopération, réseaux et convivialité

Un réseau, un groupe qui coopère s'inscrit dans un processus qui devra s'outiller et faire évoluer son outillage en fonction des étapes de son processus. Garder en tête les conditions des outils conviviaux lors de l'élaboration organisations et outils pour les servir permettra d'élaborer un système vivant, évolutif et apprenant. Le réseau, groupe coopératif ou collaboratif deviendront des lieux d'apprentissages, d'innovations et d'émancipations.
N.B. Les outils libres ne sont pas forcément conviviaux

Pour aller plus loin :

Illich Ivan, La convivialit√© [en ligne], Points (Paris), ISSN 0768-0481 ; 65 Points. Civilisation, Paris, √Čd. du Seuil, 1990
¬ę¬†Outil convivial¬†¬Ľ [en ligne], Wikip√©dia, disponible sur¬†<http://fr.wikipedia.org/wiki/Outil_convivial>, (consult√© le 3 f√©vrier 2014).

Crédits photos : outils en chocolat JanneM sur Flickr - CC-BY-SA

Ce que nous avons appris de Cooptic


Les formations hybrides, liant les "enseignements" en présence et à distance, sont d'excellents outils de développement professionnel tout au long de la vie.

Cependant, plusieurs conditions sont nécessaires pour que ce type de dispositifs de formation devienne un réel écosystème d'apprentissage.
L'expérience de Cooptic a renforcé nos convictions sur quelques conditions de réussite des formations à l'ère numérique.

La formation n'est plus une transmission pyramidale des savoirs, o√Ļ celui qui sait passe l'information √† celui qui apprend. C'est une co-construction des connaissances √† partir de la mise en r√©seaux des informations disponibles, s√©lectionn√©es par le formateurs, des connaissances et des exp√©riences individuelles enrichies collectivement par les √©changes r√©flexifs. Le processus formatif est explicit√© par le formateur pour que la formation permette d'apprendre √† apprendre.

La personne est au centre de l'apprentissage. Mais cette personne est facilement connect√©e au monde et aux autres, gr√Ęce √† des nouvelles technologies disponibles.
Dans la formation Cooptic et Animacoop, son équivalent français, nous expérimentons la construction des communautés apprenantes dont le fonctionnement est proche des communautés épistémiques (cf. supra). Les stagiaires publient des articles, créent des parcours de formation en devenant progressivement des "amateurs -experts" actifs. Cette nouvelle qualité des personnes en formation conjugue d'authentiques ambitions intellectuelles, pédagogiques, voire démocratiques, et ouvre largement la place au plaisir d'apprendre.

Le travail de formateur change car il assure plusieurs fonctions en parallèle :

Ces nouvelles "fonctions" assurées par un ou plusieurs formateurs nécessitent des changement profonds :

Les éléments d'innovation et ses effets sur le dispositif de formation et l'apprentissage de la coopération

Ce que Cooptic innove L'effet sur la formation L'effet sur l'apprentissage de la coopération.
Le choix d'un wiki comme plate-forme de formation Dispositif technique très facile d'utilisation avec une ergonomie intuitive, un graphisme soigné. Le formateur veille à diminuer les éventuelles contraintes techniques. Diminue la contrainte de participation. Met en confiance face aux outils. Crée le sentiment de plaisir. Incite à publier sur le Net.
Un espace collectif et des espaces individuels La plate-forme wiki/ permet de créer des espaces personnels liés facilement aux supports collectifs. L'appartenance au groupe apprenant est naturelle (espaces communs). L'apprentissage individualisé est possible (espace personnel).
Contenus ouverts Les cours sont mis en ligne et accessibles à tous et au-delà de la formation. Liberté de revenir sur les cours à tout moment. Plus de disponibilité pour les activités et les échanges.
Contenus d'apprentissage plus larges que les cours La mise en ligne des cours "libère" du temps pour l'accompagnement dans l'acquisition des compétences. Acquisition des savoirs-faire : "apprendre à apprendre" et "apprendre à faire avec les autres".
Structure modulaire Des contenus sont divisés en unités (granularisation). Le parcours global est prédéfini, mais il peut être modifié pendant la formation. La construction d'un parcours plus personnel est possible.
Approche syst√©mique Les contenus sont choisis pour correspondre √† l'ensemble de l'activit√©, du r√©seau collaboratif et aux diff√©rents niveaux (individu, groupe, environnement). Acquisition de grilles de lecture globale. √Čtude relativement compl√®te des processus collaboratifs.
Pluralité des parcours structurés Parcours modulaires des cours (vie d'un réseau). Parcours activité de groupes (communauté apprenante). Parcours "projet professionnel" (environnement collaboratif). Multiples occasions de traiter les questions de coopération et de collaboration ; les pratiquer, les animer. Analyse du process collaboratif.
Changement progressif des tailles des groupes de travail Les activit√©s sont programm√©es sur la logique de progression : exercice individuel, en bin√īme, en groupe de 4-8 Pratique des communaut√©s √©pist√©miques. L'exercice de groupes √©ph√©m√®res (changement d'√©chelle).
Mise en réseaux et échange des pratiques L'activité est pensée comme un agrégateur de savoir. Le formateur est garant de la méthodologie. Valorisation de ses expériences comme une source de connaissance (praticien réflexif). Forme particulière de professionnalisation (à partir des expériences des autres). Renforcement de l'estime de soi.
Coproduction des contenus Une plate-forme évolutive : l'ajout de pages, de rubriques est possible par tous. Le formateur accompagne le processus, il est garant de sa cohérence. Posture active face au savoir. Sentiment de créer un "bien commun".
Notion de "présence" à distance Une articulation affinée des temps présence-distance. L'effort d'accompagnement est mis sur les interactions entre les participants. L'accompagnement "à distance" est systématisé (points fixes avec le formateur). L'effet de distance est diminué voir transformé. Se dégagent les méthodes de proximité de projets, de cultures.



Pour en savoir plus : les communautés épistémiques


Les communaut√©s √©pist√©miques peuvent √™tre d√©finies comme un [petit] groupe de repr√©sentants partageant un objectif cognitif commun de cr√©ation de connaissance et une structure commune permettant une compr√©hension partag√©e. C'est un groupe h√©t√©rog√®ne. Par cons√©quent, l'une des premi√®res t√Ęches de ses membres consiste √† cr√©er un codebook, une sorte de "code de conduite", qui d√©finit les objectifs de la communaut√© et les moyens de les atteindre ainsi que les r√®gles de comportements collectifs. Donc ce qui caract√©rise une communaut√© √©pist√©mique est avant tout l'autorit√© proc√©durale, qui est garante du progr√®s vers le but fix√© tout en laissant aux participants une certaine autonomie.
La production de la connaissance s'est réalise à partir des synergies des particularités individuelles. Cela nécessite que la connaissance qui circule au sein de la communauté soit explicitée. Cette explicitation se fait par la conversion de connaissances tacites individuelles en connaissances explicites et collectives : les membres de la communauté épistémique sont unis par leurs responsabilités à mettre en valeur un ensemble particulier de connaissances. L'objet de l'évaluation concerne donc la contribution individuelle à l'effort vers le but collectif à atteindre, et la validation de l'activité cognitive (production de la connaissance) de chaque membre se fait par les pairs selon les critères fixés par l'autorité procédurale. Il en est de même avec le recrutement de nouveaux membres dans ce type de groupes : il se fait par des pairs, selon des règles préétablies relatives au potentiel d'un membre à réaliser le but de la communauté.

Bibliographie
Cohendet, P., Cr√©plet, F. et Dupou√ęt, O., (2003), Innovation organisationnelle, communaut√©s de pratique et communaut√©s √©pist√©miques : le cas de Linux.
Revue fran√ßaise de gestion, n¬į 146, 99-121.


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